Ibid., p. 58i
7. Lors de la fondation de l'Académie, il fut choisi comme libraire de cette compagnie, qui, selon quelques-uns, se réunit plusieurs fois chez lui. Il avait édité l'Ode au roi de Godeau.
8. Grâce à M. l'abbé Mali ver, curé de Châteauneuf-de-Grasse, qui trouva un exemplaire de la seconde édition (également datée de i633), je les ai lues à mon aise. La Bibliothèque de Nice ne les possède point. Tisserand en donne une analyse : God., p. 347.
de Godeau », un frontispice où l'on lit en bas : « Rabel in(venit) — Mich(ael) van Lochom fe(cit). » En haut, deux anges nus et ailés, tenant chacun une palme. Au-dessus du titre, un chérubin à six ailes. En bas, deux anges vêtus, ailés, les bras croisés.
L'ouvrage commence par une Dédicace, selon l'usage du temps *. Elle est faite « à \I*r l'éminentissime cardinal duc de Richelieu ». Godeau lui dit : « Depuis que j'ai l'honneur d'être connu de vous, j'ai reçu tant de témoignages de votre bienveillance que toutes les productions de mon esprit sont désormais des tributs que je vous dois rendre... La France non plus que moi ne peut s'acquitter de ce qu'elle vous doit, et il n'y a que le Ciel qui ait des récompenses proportionnées à votre vertu.. , à la grandeur de votre courage, la sincérité de vos intentions et l'innocence de votre vie ». Puis il fait une allusion habile aux circonstances dans lesquelles Richelieu a su « ne pas quitter le timon durant les tempêtes qui se sont élevées contre vous "J, en sacrifier votre repos à la gloire du roi... Le même esprit qui animait les martyrs à défendre la cause de Dieu », a inspiré le ministre. « La pourpre que vous portez est moins éclatante que vos actions ». Godeau ajoute qu'il avait résolu de ne travailler « que suides matières saintes » : or, la profession de Richelieu et sa vertu le mettent, selon lui, « au rang des choses sacrées. Je sais que des mains plus savantes que les miennes travaillent tous les jours à votre statue, mais j'ose dire qu'elles ne peuvent être plus respectueuses ».
Suit un c Discours de la poésie chrétienne » 3. Godeau
a. Richelieu, entré au Conseil le m» avril i6a4< « jour heureui pour Le roi el le royaume ». disait Fontenay-Mareuil, avait été vite qualifié de « pape des huguenots » el do <• patriarche des athées ». Rappelons le complot ni le supplice de Chalaisen août i6a6, les menées dos nobles, la révolte des protestants, la guerre déclarée par l'Angleterre, la journée des Dupes en novembre i63o, la fuite de Marie de Médicis, le supplice de Marillac en mai [63a el d<- Montmorency en octobre, la Fuite de Gaston
d < il Ira us.
avoue qu'autrefois il avait cru « que les Muses cessent d'être civiles aussitôt qu'elles deviennent dévotes, qu'il faut qu'elles soient fardées pour être agréables, et qu'il est impossible d'assortir les lauriers profanes du Parnasse avec les palmes sacrées du Liban ». Il acbangé d'avis. « L'Hélicon n'est point ennemi du Calvaire, et la Palestine cache des trésors dont la Grèce, toute superbe et menteuse qu'elle est, n'oserait se vanter. Si les vers de dévotion ne plaisent pas, c'est la faute de l'ouvrier, et non pas de la matière ». Il expose ce à quoi la poésie servit dans l'antiquité, en Grèce, où « Laïs auprès d'elle eut de la retenue et de la pudeur ». à Rome où les Muses « vécurent avec impudence » jusqu'aux jours où les Goths les en chassèrent, puis « sur les rivages de l'Ame et du Tibre, d'où Ronsard les amena en France, et il semblait que sous sa discipline elles eussent repris leur première sévérité ». Mais aussitôt le mal a reparu : « elles ont fait résonner l'impiété sur la scène » entre autres défauts. Ne peut-il pas y avoir un autre genre de poésie? « un excellent esprit » ne doit pas rester muet, et « j'ose dire qu'il est criminel », s'il ne chante ni son roi ni les ministres de celui-ci *. « Si j'eusse été plus soigneux de ma réputation que du profit de mon prochain, je n'eusse pas exposé ces ouvrages à la censure publique... » Mais le merveilleux chrétien est si beau! « Trouverons-nous le nom de Jupiter plus auguste que celui de Jésus ? et les adultères de l'un nous fourniront-ils de plus belles pensées que la sainteté et les miracles de l'autre ? » Sans doute, plus d'une personne estime « qu'il n'y a point de sujets agréables dans l'Ecriture ». C'est qu'on ne la connaît point : u la manne dégoûta les Israélites aussitôt qu'ils cessèrent d'être fidèles à Dieu ». Aussi Godeau indique-t-il ce qu'il a voulu faire.
« J'ai mis les Eglogues sacrées devant les Cantiques particuliers, parce que leur argument est tiré du livre qui, par excellence, est appelé Cantique des Cantiques2... comme
i. On comprend qu'il s'agit de Louis XIII et de Richelieu. 2. Autrement dit « le Cantique par excellence ».
Dieu est qualifié le roi des rois, comme saint Denys nomme l'Eucharistie le mystère des mystères, comme saintGrégoire de Nazianze dit que Pâques est la fête des fêtes... » Or, ce cantique traite du mystère de l'Incarnation qui est, dit Godeau, relativement moins inintelligible que les autres mystères. « Le sens mystique y tient lieu de sens littéral », ajoute t-il. On sait que le sens purement littéral, proposé par Théodore de Mopsueste. fut rejeté en 553 par le cinquième concile œcuménique, le second concile de Gonstantinople. La tradition catholique n'en a jamais voulu. L'antiquité judaïque a fait de même. C'est dans le protestantisme de date postérieure — car celui de la Réforme ne le supportait pas — qu'il a grandi, si bien que les uns voient dans le Cantique un simple recueil de chants d'amour qui n'ont aucun rapport entre eux, et que d'autres y trouvent, — par exemple Renan, — un poème unique dont le sujet est l'histoire d'une jeune bergère, sollicitée par Salomon, assez sage pour le repousser et rester fidèle au pâtre qu'elle aime. L'interprétation mystique n'est pas bien probable : c'est l'allégorique qui est adoptée par l'Eglise J, pour qui l'œuvre est du genre de tant d'autres poèmes populaires en Orient2.
« Car il ne faut pas », dit Godeau, « s'imaginer qu'il ait été composé par Salomon pour représenter ses amours avec la fille du roi Pharaon... ou avec la Sulamite ». On sait que le titre hébraïque l'attribue à Salomon ; la tradition de la Synagogue accepte cette façon de voir ; de même celle de l'Eglise catholique qui le classe parmi les livres didactiques et sapientiaux qu'elle met à son compte. Certains l'ont cru postérieur.
« Il raconte, d'après saint Augustin », ajoute Godeau. « non ce qui s'est fait, mais ce qui devait se Faire en l'union du Verbe avec la nature humaine... Il ne faut L'entendre ni
i. Ermoni. art. Cant. det oant. <lans h» Met. de th. cath, de Vacanl el Mangenot.
a. Vigouroux, Liv. saints et rrii. rational . i. iv, 1890, parii, Roger el ' ihernoviz.
à la lettre ni à la lettre et en plus selon L'allégorie : c'est seulement selon le sens mystique qu'il convient de le comprendre ». Godeau veut donc qu'on y trouve le tableau inspiré de l'union de Dieu avec sa nation : Israël dans l'Ancien Testament, le peuple chrétien dans le Nouveau. La vieille tradition juive a toujours admis l'interprétation symbolique. Tels passages du Cantique, si on les interprète littéralement, n'ont point de sens. Les écrivains hébreux et les peuples de l'Orient font de tels symboles un usage fréquent. D'où le système auquel Godeau se rallie, mais non Bossuet ensuite.
« En effet », ajoute Godeau, « si on ne s'arrête qu'à l'écorce des paroles, on y trouve des sujets de scandale, et sa lecture était pour cette raison, chez les Hébreux, comme celle des trois premiers chapitres de la Genèse, du commencement et de la fin des Prophéties d'Ezéchiel, défendue aux jeunes gens... » Godeau n'a voulu faire ni une paraphrase ni une version. Il a usé d'un style « naïf, sans afféterie », qui ne fût celui « ni du cabinet ni de la guerre ».
Pour ses autres Cantiques et pour les Psaumes qu'il a paraphrasés, u le style en est un peu plus fort ». Il a consulté ses amis. « Ma maxime est de ne rien mettre au jour » sans l'avis de ceux qu'il a, et ils sont « si habiles et si fidèles que je ne crains nullement d'en être trompé ».
Dans ses Prières et Méditations, les pensées ne sont « ni subtiles ni extraordinaires » : il a suivi les mouvements de son cœur. Quand on s'adresse à Jésus-Christ, l'intelligence doit agir moins que la volonté. « La dévotion n'est belle que quand elle suit les traces de l'ancienne. »
Ce discours de Godeau fut moins reproduit que développé dans les éditions de i64i et i646. M. l'abbé Gognet insiste sur la théorie d'après laquelle, chez les chrétiens, la poésie n'entre dans sa vraie voie que le jour où elle prend ses sujets dans les Livres Saints, d'après laquelle les sujets intéressants ne manquent pas dans ces derniers, et d'après laquelle le merveilleux païen — qu'il défend avant Desmarets de Saint-Sorlin — peut, au point de vue littéraire, se placer en face du païen et le défier.
Le livre de Godeau contient, après ce Discours, des Poésies chrétiennes i.
D'abord huit Eglogues sacrées, dont l'auteur avertit que l'argument est « tiré du Cantique des Cantiques ». Nous y entendons dialoguer l'Epoux, l'Epouse, les compagnes de celle-ci. Le vers employé est l'alexandrin. M. Faguet ne les goûte pas-, déclare que le prélat-poète3 s'est lourdement trompé, compare ce continuel mélange de ton et de style aux déclarations du bon M. Tartuffe. Nous sommes un peu de son avis. Le savant critique de la Sorbonne aurait pu ajouter que Rémi Belleau avait, dès le xvr siècle, paraphrasé avec un certain mérite le Cantique des Cantiques et que ce poète, lun des plus aimables de la Pléiade, était originaire de Nogent-le-Rotrou et presque le compatriote de Godeau. Nous avons vu dans la Préface de notre auteur qu'il voulait que le poème hébreu fût lu « selon le seul sens mystique », non pas à la lettre et selon l'allégorie, alors que Bossuet estimera plus tard que les deux acceptions de cette œuvre curieuse, la mystique et la naturelle, ont leur réalité et doivent être toutes deux maintenues. Le poème que Benan demandait au baron de Bunsen, en avril 1860, de relire « au printemps sous les orangers de Cannes » ', pour mieux comprendre « que la science est une chose jeune, qu'elle suppose la fraîcheur de lame et que, si elle remplit la vie, elle empêche de vieilli r », est affadi dans les Eglogues de Godeau. Yy cherchons pas tout ce qui fait le charme de l'œuvre hébraïque. Mais la rose qui brille au milieu des épines, le cerf qui court sur les montagnes, La description des jardins où il y ;i nombre de grenadiers et de pommiers ainsi que du baume et de la myrrhe, les apostrophes aux collines plantées