Godeau, Lett., p. i3i
science à cette époque l. Chose curieuse : celui-ci, qui était le second supérieur de l'Oratoire, venait de détourner Olier (qui allait jeter un tel éclat sur les débuts de Saint-Sulpice) d'accepter la mitre de Châlons. C'est lui qui exhorta, après quelques jours de réflexion, notre Godeau, prêtre depuis si peu de temps, à ne refuser point celle de Grasse - qui lui était offerte alors — et il le savait mieux que personne — qu'il n'était prêtre que depuis si peu de jours.
Je note que M. l'abbé Cognet ne croit guère que Richelieu, en la donnant à Godeau, ait obéi, comme certains l'ont affirmé, seulement au vulgaire plaisir de faire un jeu de mots3. L'anecdote est d'ailleurs, dit-il, contestée, et le calembour, attribué par le Menagiana '* à Guillaume de Bautru, comte de Serrant, d'abord chancelier de Gaston d'Orléans, puis introducteur des ambassadeurs chez Louis XIII depuis i63i, conseiller d'Etat, poète, académicien'', dont l'esprit satirique et vif amusait Richelieu et plut aussi à Mazarin. M. Faguet prêtait volontiers le calembour6 au cardinal et ne le croyait pas invraisemblable M. Cognet, par contre, y a renoncé. On le retrouve néanmoins dans le Grasse de M. Sénequier 7.
i. Richelieu avait été évêque à 21 ans, mais après avoir présenté au Pape l'acte de baptême de son frère... Le Concordat de François I" et de Léon \ exigeait, ainsi que l'ordonnance de Blois, 27 ans commencés pour qu'un prêtre devint évêque; le Concile de Trente en termes vagues, un âge mûr. | Vbbé Sicard. Inc. clergé de France, tome I, 1893, p. 5oi.) (iodeau avait accompli sa 3o" année le a\ septembre iG35,s'il n'était prêtre que depuis, scmble-t-il, le 7 mai i636
2. C. d'ap. Cloyseault, Vie du P. de Condren, publiée par le P. Ingold dans sa Biblioth. oratorienne. Paris, Poussielgue, 1880. Condren mourut en i64i. En i643, son premier biographe. Amelote, dit en parlant de lui que c'était un homme d'une oraison continuelle.
3. hf-nedicite et (îràces (Grasse) : voir plus haut. 'j. Menagianai Amsterdam, 1 7 1 3-0, & vol. in- 1 a.
5. Bautru de Serrant avait le n 12 d'ap. l'abbé Fabre, le n* 27 d'ap. A.dh. Leclerc.
6. C. renvoie à Joly, Remarques sur le Dictioun. de Baylc (mot Balzac) et an Dictionn. <ir Bonnegarde (mol Godeau).
7. Sénequier, drassr. .;• édil . 190a, p. 5i. De même dans le discours prononcé par M. Gay, professeur au Collège de (irasse, lors de la distribution des prix de [906.
Est-ce par estime de son talent oratoire en particulier que Richelieu lui proposa Grasse P On l'a dit1. M. Cognet pense judicieusement que « ces prédications auraient eu un succès bien rapide, puisqu'il n'était prêtre que depuis huit jours quand le cardinal songea à lui ».
Mais ce débutant du sacerdoce se recommandait par beaucoup de qualités. Il n'était pas inconnu au chef de l'Eglise, et M. Cognet fait allusion à une lettre 2 que Chapelain écrivit de Paris, le 20 octobre 1 636, à Godeau. Elle prouve qu'Urbain VIII Barberini, qui régnait depuis le 6 août 1623 3, avait entendu parler du jeune prêtre. «M. Bouchard4 me remercie », dit Chapelain à Godeau, « de l'occasion que je lui ai donnée de vous servir. Il me demande votre bienveillance et me fait souvenir qu'il avait, d'office et de son chef, dès il y a huit mois », — donc en février ou mars, à une époque où l'on ne pensait pas à donner un évêché à Godeau, qui n'était encore que diacre, — « fait valoir vos ouvrages 5 auprès de Sa Sainteté par la seule estime qu'il faisait de votre mérite... Vous pourrez rescrire à M. Bouchard ». Urbain VIII ne s'est pas contenté de rendre obligatoire, par la bulle Divinam psalmodiam du 25 janvier i63i, l'Hymnaire revu par quatre Jésuites ; il avait fait des vers latins 6 et italiens 7, et Godeau a cité de lui dans son Histoire de l Eglise, une ode où le pape semble admettre, malgré la sentence prononcée contre Galilée, le mouvement de
1.. Perrault, Elog. des homm. illast., 1698; Dupin, Biblioth. ecclés. du XVIIe s., 17 19 ; Moréri, Dict. histor., édit. de 1759, cités par Cognet.