‹ Godeau, évêque de Grasse et de Vence (1605-1672) (volume 2)Chapitre 9 sur 192 · Mme de Bruneau/ selon le second titre qu'on lui donnait · texte numérisé non relu

Mme de Bruneau/ selon le second titre qu'on lui donnait

correspondance qui dura jusque vers 1629. Non que Paris plût beaucoup à notre provincial. « Quand les rivages des fleuves », écrivait-il, — ces fleuves, puisqu'il emploie le pluriel, sont la Seine, la Marne et peut-être la Bièvre, — (( y seraient semés de perles, que les arbres y auraient des feuilles d'or, que Paris posséderait plus de raretés que les îles d'Urgande et d'Armide », — allusions intéressantes, M. l'abbé Cognel eut pu le noter, à la Jérusalem délivrée du Tasse, à l'enchanteresse qui séduit Renaud à sa beauté, à son palais magique, à ses fantastiques jardins, et à a son cabinet enchanté », comme disait Balzac en novembre iGo5, en parlant de M,,u des Loges1.

Ce n'est pas tout. « Quand l'air serait à Paris aussi pur qu'il était à la naissance du monde, quand, de toutes les saisons, on n'y connaîtrait que le printemps, rien ne saurait m'oter le souvenir de ce que j'ai perdu » °2, c'est-à-dire de Dreux et de l'inhumaine « bergère Bellinde ». Mmo des Loges ne devait donc pas être son Axmide. Pourtant il trouvait que les termes de « chef-d'œuvre, miracle, merveille », étaient « trop bas pour exprimer » ce qu'elle était, comme Balzac, écrivant à Ménage en août 16^/i, dit que « feue ma bonne amie Mma des Loges a été, durant sa vie, appelée plus d'une fois, et par plus d'un académicien, la céleste, la divine, la dixième muse, etc. . et estimée par les demi-dieux de notre siècle, MKM le duc d'Orléans, Le roi de Suède, le duc de VVeimar, etc.. » Les lettres de Godeau plaisaient à tel point que sept furent imprimées dans le Recueil Foret en 1627 : nous en avons parlé. M. Cognel a trouvé aussi des morceaux de cette correspondance dans les Recueils Conrart :t. Il a indiqué que Mmo des Loges, dont le fils combattait « parmi les

1. Balzac avait 11 ans déplus que Godeau. Ses lettres onl paru soi! en i665 dans ^<is Œuvres, soit en 1873 dans les « Documents Inédits où Tamizey de Larroque .1 donné dans le i<>m. I" des Mélanges histor., celles qu'il envoya à < Shapelain.

a. G., d'ap le Recueil Faret, p. 5ag

3. Notamment dans les tom. \ el MVdcscs Recueils In \ . 1 ' 38a el 385 d<* celui la. i <(.Vi de l'autre.

ennemis de Louis XIII », dut quitter Paris en 1628 et s'enfermer dans la solitude en 1629. Godeau en fut attristé.

Il quitta aussi Paris et revint chez lui.

Godeau est alors présenté au château de Mézières, voisin de sa ville natale, chez M",e de Clermont d'Entragues qui y passait avec ses filles une partie de l'été. Il y fait la connaissance d'Angélique Paulet, « la belle lionne » qui avait de si beaux cheveux roux qu'on avait créé pour eux le mot « un blond hardi » et qui dansait, chantait, touchait du luth à ravir1.

Elle avait f\o ans en i6322. Spirituelle, fort instruite, elle comptait beaucoup de « mourants » 3, provoquait des duels4, avait d'illustres amies5. Elle fut la Muse de ce petit homme, si laid, si passionné, alors du moins, pour la vie de luxe et de plaisir, si amusant et spirituel, « d'une gentillesse un peu épigrammatique dans le goût du temps » 6. Il s'éprit de celle dont les Précieuses devaient rendre le nom célèbre 7. Il admirait d'autre part les demoiselles de Clermont, « les belles druides, les aimables bergères druides », comme les appelait Chapelain. Celui-ci8 donnait à la mère le nom de Célidée, aux filles les vocables de Diane et de Philis. Allait-il à Dreux, et poussait il jusqu'à Mézières ? il s'amusait à exciter la jalousie de Godeau. Celui-ci revenait-il à Paris ? ses amis disaient qu'il n'était plus « druide ». Tamizey de Larroque a

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