CHAPITRE Vil
Premier séjour de Godeau dans son diocèse (1638, jusqu'à juin).
Le comte d'Alais arriva à \\\ en janvier i638, fut reçu par une délégation du Parlement, notamment par le conseiller de Thomassin, de qui nous reparlerons dans la suite, et passa l'été à Brignoles avec sa femme '.
La campagne de i638 fut insignifiante du coté de la Provence, si elle causa la mort de Créqui et si Les Espagnols prirent Verceil. Il suffit de rappeler que les opérations les plus importantes eurent lieu sur le Rhin. D'autre part, étant donné que le cardinal Louis de La Valette était l'un des protecteurs de Godeau, il n'est pas inutile d'ajouter que son frère, le duc Bernard de La Valette, fut battu en septembre près de Fonlarabic, accusé par Richelieu d'intelligence avec les Espagnols, déféré à une commission que Louis XIII voulut, malgré les représentations des magistrats, présider lui-même, qu'il fui condamné à mort et qu'il avait eu la prudence de s'enfuir en Angleterre. Victorieuse en plusieurs endroits, l'I spagne restait menaçante, et nous verrons Godeau la craindre, d'autan! plus que la duchesse mère de Savoie, l'inconstante et passionnée Christine de France, sœur de
i. Jauberl et Reboul, Brignoles Marseille, 1897, p. 549
Louis XIII, veuve de Victor- A médée Ie' depuis le 7 octobre 1637 l> allait être aux prises avec des intrigues espagnoles 2.
Le iei janvier i638, Chapelain avertit l'évêque de Grasse du prochain passage d'un provençal, nommé M. de Beauregard : « il ira vous faire une visite et pourra lever dans votre diocèse, pour sa compagnie, quelques soldats, après votre bénédiction ». Le 8, il lui dit qu'il attend « le psaume que vous avez paraphrasé 3 », lui parle de celui du P. Vignier 4 et d'un « de M. Esprit5 », affirme que ce dernier est « une imitation assez heureuse de vos deux Benedicite et de votre Cantique ». Le 28, il lui promet de voir « soigneusement vos vers de la Madeleine » et ajoute : « la croyance de la grossesse de la reine continue » 6. Le 12 février, nouvelle mention du prochain passage de Beauregard : « il a dessein de faire un voyage à Grasse seulement pour l'amour de vous ; car pour les coquins de votre métropole, il ne les enrôlera jamais que pour vous faire plaisir, ne manquant pas de canailles dans le voisinage de ses maisons et de son Orange » 7... Nous vous dirons », écrit-il le 18 février, « nos sentiments sur vos vers avec la même liberté que nous8 avons fait de votre élégie de