‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 1 sur 242 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il a été rendu compte de mon premier volume, en 1912, notamment dans le numéro du 26 janvier de la Semaine religieuse du diocèse de Nice, par M. l'abbé Henri Levrot dans celui de mars du Nice historique, par « Le liseur » dans celui du \[\ mai de YEclaireur de Nice, par M. Batcave dans la Revue des questions historiques, par M. Th. Malley dans celui de juillet-août de la Revue d'histoire de l'Eglise de France, par dom P. de Monsabert dans la Revue Mahillon, et brièvement par M. Gustave Rudler dans le numéro du i5 novembre de la Revue universitaire l . Et en 1913, par M. Hauser dans la Revue historique de mai-juin.

L'un m'a reproché d'avoir parlé du « pont d'or fait aux ministres qui voulurent abjurer » : j'avais indiqué nettement que je citais un mot de M. le vicomte d'Àvenel. Un autre, d'avoir vu un peu trop les imperfections de la thèse de M. l'abbé Gognet : je crois avoir loyalement signalé d'autre part ce qu'elle a de bon et ce qu'elle apporta d'inédit. Un autre, d'avoir présenté une histoire de la jeunesse de Godeau

1. M. Rudler me demande : « Que resta-t-il à Godeau de son protestantisme ? » La réponse est des plus faciles. Personne n'avait dit, avant le critique de la Revue universitaire, que Godeau ait été protestant. Sa « conversion », dont j'ai parlé, fut de quitter pour la vie ecclésiastique l'existence mondaine où il était fort lancé et dont il se défit peu à peu. Il s'agit simplement d'un réveil à la foi, comme dit M. Batcave.

qui est un peu décousue et sommaire et nous laisse au dépourvu pour la psychologie du poète : j'avoue que c'est sur son œuvre d'évêque que j'ai porté mes principales recherches, et qu'au sujet de ses trente premières années je n'avais guère de documents inédits à faire valoir.

Mon second volume était en cours d'impression, lorsque M. Emile Magne, de qui j'ai cité le Voiture et les origines de l'Hôtel de Rambouillet, publia son Voiture et les années de gloire de l'Hôtel *. Dans ce nouveau livre, le brillant écrivain parle plus dune fois de notre évêque.

Il insiste sur ce que, avant sa conversion, il était « arrivé à la puérilité. Mlle Paulet fut obligée de le tancer pour qu'il cessât de fréquenter l'alcôve de Marion de Lorme, où il espérait supplanter Pierre-Isaac Arnauld, sieur de Corbeville, et des Barreaux. La lionne craignait que la courtisane ne lui ravît l'adulation de ce galant sempiternel. Elle parvint à grand'peine à l'arracher à cette caverne de perdition » 2. Et M. Magne de citer le rondeau, inédit jusqu'à son Ninon de Lenclos, où Godeau reproche à Arnauld de Corbeville de dédaigner la belle courtisane. Plus loin, il s'arrête sur la journée où Mme du Vigean s'installa dans un des hôtels de la rue Saint-Thomas du Louvre, o Elle y trouva, au bas de l'escalier, Godeau travesti qui lui offrit des vers, puis, au seuil de sa chambre, une nymphe demi-nue qui, lui présentant une urne pleine d'eau de senteur, la flatta d'un madrigal plus séduisant encore, qui était de Godeau » 3. Tout cela, avant qu'il fût d'Eglise. Je me demande si j'ai eu tort

i. Paris, Mercure de France, 1912.

3. P. 24, d'après Biblioth. de l'Arsenal, Man. Conrart, t. XXII, des in-4°, p. 857 : ces vers, dit M. Magne, sont inédits.

d'employer le mot de « conversion », dont M. Batrave m'a aimablement reproché de m'être servi.

J'avoue que Godeau, devenu prêtre et évêque, je le prends plus au sérieux que M. Magne. Qu'il écrive que, du jour où il est parti pour Grasse, « avec lui a disparu une grosse fractio/i de la gaieté parisienne », que, à Grasse, « il admire la splendeur de la région et la décrit lyriquement, pour se consoler d'en avoir perdu d'autres, moins parfumées, mais davantage chéries, entretient avec l'Hôtel de Rambouillet une correspondance suivie où il se tue à prendre le ton pastoral, mais n'y réussit guère, avec M11' de Clermont, un commerce épistolaire d'une futilité extrême J, retombe dans la puérilité des épistoles et rimes mondaines, revendique son ancienne appellation de nain de la princesse, se mêle, de son exil, aux divertissements et aux querelles de l'Hôtel » 2, je n'y contredis qu'à demi. Mais je ne vais pas jusqu'à penser, avec M. Magne, que Godeau « fût incertain de sa vocation, portant encore, dans la poche de sa soutane violette, sa houlette de berger galant », ni que les premiers temps de son séjour en Provence fussent « un martyre de toutes les heures », ni que, « allant à califourchon sur sa mule, de Grasse à Vence, traçant les rimes qu'on lui demande pour la Guirlande de Julie, il médite sur le cas de conscience qui se présente et se détermine, dût-il brûler aux enfers, à les envoyer » 3. Quand M. Magne admet que Godeau fut consulté sur Polyeucte et condamna l'auteur assez audacieux pour porter au théâtre une matière sacrée, que Corneille aurait pu « s'enquérir depuis combien d'heures l'évêque a

i . La lettre du perroquet.

3. P. 262 . M. Magne admet qu'il a fait deux des pièces de la Guirlande- Lesquelles ? Il ne le dit pas.

renoncé à la houlette de berger » 4, non seulement il me parait ne pas prendre Godeau au sérieux, mais encore il se rallie à une tradition dont on verra ce que nous pensons.

Assurément, M. Magne signale justement que Ménagea eu raison de dire 2 que Godeau, évêque, ne cessa point d'écrire a des vers de galanterie », et Tallemant, tort d'affirmer qu^ils furent brûlés ; que les manuscrits de Gonrart les ont conservés. Mais convient-il de dire que, le jour où Chapelain, admirateur des Suppositi de l'Arioste, veut que les amis de l'Hôtel se prononcent pour son opinion ou pour celle de Voiture qui était tout opposée, Godeau, « craignant de s'attirer des nasardes, se tire d'affaire par quelques singeries de plume P » 3. Et encore, que le jour où Godeau bénit, le 4 juillet i645, le mariage de Montausier et de Julie d'Angennes à Rueil, il était venu de Grasse pour cela, alors qu'il fut député à l'Assemblée du clergé qui s'ouvrit le 29 mai i645 et qu'il se trouva à Paris dès avril ?

Et aussi que ce jour-là, « pour la première fois, on vit le nain trépidant et fol. revêtu de la robe violette, coiffé de la mitre, portant la crosse d'or » 4, alors que c'est la troisième fois qu'il revenait de Provence à Paris?

G'est pousser un peu loin la caricature de notre évêque qui, s'il n'a pas rompu ses relations mondaines avec Paris, ne me paraît avoir au surplus rien d'un fou ni d'un singe. J'aime mieux, dans ce second livre de M. Magne, quelques traits relatifs à certains personnages dont j'ai eu à parler soit dans mon premier volume, soit dans le deuxième : par exemple, son portrait du comte de Guiche, depuis 16^1 le

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