Ev. de Gr., G. 39, fol. 636, verso
L'évêque de Grasse avait dû apprendre le décès du roi, survenu le \!\ mai, jour de l'Ascension ', au cours des visites pastorales dont nous venons de parler. Il n'avait pas loué en public son illustre ministre, le cardinal de Richelieu, quelques mois auparavant. Cette fois, il ne put se taire, et c'est à la date du i5 juin i6A3, — le 12, Louis XIII avait été enseveli à Saint-Denis, — qu'il prononça dans sa cathédrale de Grasse Y Oraison Junèbre de Louis le Juste -, qu'il publia à Paris, chez la veuve Gamusat, dès i644 3. A ce propos, M. l'abbé Cognet montre, par des citations heureusement choisies, que l'évêque académicien concevait les oraisons funèbres comme Bossuet, répugnait à n'en faire soit qu'une satire, soit qu'un panégyrique officiel, à n'y mettre que des railleries inconvenantes ou des éloges exagérés, et voulait qu'elles fussent un sermon. « On est obligé d'y prendre », écrit-il à Balzac, « un texte de l'Evangile, et la fin principale en est l'instruction des fidèles plutôt que la louange du mort » *. M. l'abbé Gognet, tout en reproduisant une page brillante que Godeau consacra à l'un des événements les plus considérables du règne du roi défunt, la prise de La Rochelle — nous nous souvenons qu'il l'avait chantée dans une ode publiée dix ans auparavant : « le coq a fait
1. « Exempt de vices personnels, il [Louis XIII] s'était plutôt laissé gouverner par un ministre que d'agir en souverain » (Hermant, I, p. 205). Il était mort soit d'une phtisie galopante (Dr Corlieu, Mort des rois de France, Paris, 1892), soit d'une péritonite aiguë par perforation, qui résulta des ulcérations tuberculeuses des intestins (Dr Guillon, Mort de Louis XIII, 1897), soit des végétations adénoïdes (Lacour-Gayet, Rev. crit. du 28 mars 1898).
2. Bouche, l'auteur de YHist. de Provence, raconte (p. 929) que, étant à Senez après la mort du roi, il fut prié de prononcer son oraison funèbre ; qu'il prit pour texte un verset du IIe livre des Paralipomènes, '< Mortuus est Josias et sepultus in mausoleo, 23.25 » — lire : 35. 20 — qu'il fit paraître à Aix son Mausolée royal ; que, d'autre part, il avait rédigé Tépitaphe en latin pour la belle chapelle ardente que Msr L. du Chaîne et le chapitre de Senez élevèrent à cette occasion.
3. On la trouve aussi dans le premier volume de ses OEuvres chrétiennes et morales en prose publiées en i658 (p. i3i à 191).