C, d'ap. Godeau, Letl., p
Godeau II 10
peur aux léopards et aux lions », dit cette fois l'évêque de Grasse, — accorde qu'il y a de grandes différences dans l'exécution des oraisons funèbres de Godeau et de Bossuet. D'ailleurs, il ne cache ni les beautés de l'éloge funèbre de Louis XIII en particulier1, ni les mérites généraux de l'éloquence de l'académicien qui, dans l'une des premières séances de l'Académie, avait, on Fa vu, prononcé un Discours contre l'Eloquence 2. Godeau composa d'autres oraisons funèbres, et nous parlerons en leur temps et lieu de celle d'un évêque de Bazas en i645, de celle d'un ancien évêque de Belley en i653, de celle d'un garde des sceaux de France en i656, de celle d'un roi de Portugal en 1657, et de celles d'un premier président au Parlement de Paris en 1607 aussi.
L'oraison funèbre de Louis XIII 3 est dédiée à sa veuve. Godeau y parle du fils « que Dieu vous a donné d'une façon si extraordinaire : il deviendra un roi miraculeux... Nous croyons voir bientôt, par vos soins et par votre piété, descendre en cette terre cette fille du ciel, la paix... Le crayon des vertus du grand roi que nous avons perdu... je l'eusse laissé enseveli dans les montagnes où il a été formé, si je n'eusse appréhendé de paraître ingrat à la mémoire d'un prince qui m'a fait ce que je suis » 4.
Le texte choisi est : Per me reges régnant, Proverb. 8. L'orateur dit qu'il monte toujours dans la chaire de sa cathédrale « avec la joie et l'assurance sur le visage : mais maintenant je suis triste et étonné... parlerai-je ou garderai-je le silence?... Je parlerai des vertus du roi... avec un style
1 . Antithèse de la mort du méchant et de celle du juste ; peinture des dernières heures de Louis XIII.
2 . Chose curieuse : l'oraison funèbre de Louis XIII par l'évêque de Grasse fut rééditée en 1824, à Paris, par Boulard, l'année où Louis XVIII mourut et où les caveaux de Saint-Denis reçurent le corps du dernier roi qui y ait été porté.
3. Vignette : la Toison d'Or pendue à un arbre, au pied de celui-ci le Dragon, à côté Thésée, coiffé d'un casque et armé d'une épée. Devise : « fugit et, quos tangit, inaurat ». Le privilège, signé Conrart, est du 29 octobre i643.