Publiées par Tamizey de Larroque, Docum. inéd
4- P. 758. « C'est son honneur que je cherche, non le mien ».
5. P. 763. « Je m'assure que son bon parent, notre cher ami, en demeurera d'accord avec vous » : il s'agit de Gonrart.
6. Voir plus haut, p. 99, note 1 ; j'aurais dû ne citer ces vers qu'ici.
Godeau II 17
foi » *, revoir la cour et ses amis « célèbres
Dont le nom glorieux ne craint point les ténèbres, Aminte, Palémon, Ergaste, Licidor, ...Arténice, Angélique, Julie*2.
Il fait allusion à la célèbre Guirlande. Un berger, dit-il, et c'est de Montausier qu'il s'agit, brûle-t-il d'un chaste feu pour l'objet de ses désirs :
Alors des riches fleurs dont un livre se pare 11 fait d'un docte choix quelque Guirlande rare, Afin d'en couronner la gloire et la vertu... La Rose lui présente un éclat lumineux Que relève l'horreur de son trône épineux... Il voit dans les Œillets et dans les Hyacinthes Des plus vives couleurs les richesses dépeintes ; La Tulipe l'arrête en son brillant émail... A la fleur des Jasmins il joint la fleur d'Orange.
Enfin le berger glorifie Louis XIII, « ce prince merveilleux », le grand Pan qui est, chacun le sait, l'un des termes par lesquels on désignait Richelieu, la capitulation de La Rochelle, la libération de Casai,
Le Piémont délivré d'une injuste puissance Et Perpignan remis 3 au doux joug de la France : Il faut, pour bien chanter un triomphe si beau, La trompette d'Ariste et non mon chalumeau.
i. D'après une lettre en latin que Godeau écrivit au comte d'Alais, le i3 août i64a, — voir plus haut, — il s'agit du cardinal de la Valette. « Je vous envoie, disait l'évêque au gouverneur général, une èglogue (pastorale cannen) qui vous causera à la fois du plaisir et du chagrin : elle déplore la perte prématurée d'une Eminence... qui n'aurait jamais dû mettre un casque à la place du chapeau rouge qui faisait de lui l'égal des rois... »
2. « Et l'esprit d' Arténice », dit-il. Quant à Angélique et Julie, ce sont les filles de Mmt de Rambouillet.
3. 9 sept. 1642. quelques semaines avant la mort de Richelieu. Remis : car cette ville nous avait appartenu de i^5 à i A93.
L'Eglogue XV est donc écrite postérieurement au 22 mai i64i (car Godeau y parle, on va le voir, de la Guirlande de Julie offerte à cette date) et même au 9 septembre 1642 (car il y mentionne la capitulation de Perpignan qui eut lieu ce jour-là), mais antérieurement au 4 décembre de cette même année (car ce jour là mourut Richelieu, et il n'est pas parlé de ce grave événement).
Viennent alors de nombreuses paraphrases Les unes se trouvaient déjà dans la première partie, publiée en i633, de ses Œuvres chrétiennes : ainsi les deux cantiques de Moïse, la plainte de David sur la mort de Saûl et de Jonathas, les cantiques de Judith, d'Ezéchias, des trois enfants dans la fournaise, de Zacharie, de la Très Sainte Vierge, le cantique attribué aux saints Ambroise et Augustin, autrement dit le Te Deum.
Le livre de i633 contenait, en outre, six psaumes ; la seconde partie, publiée en i64i, en donna dix-sept autres ; Y Institution du Prince chrétien, éditée en i644, en contenait cinq. Par contre, les Poésies chrétiennes, publiées en 1646, renferment quelques psaumes de moins : aussi n'en trouvons-nous que seize dans les rééditions de 1 654 et de 1660, les psaumes iv, xix. xx, xxvi, xxx, lxx. lxxi, lxxxj, xciv, c, cm, cxn, cxxx, cxxxviii, cxlv et cxlviii. M. Faguet juge que ces paraphrases sont assez belles.
A noter que le xixe, Exaudiat te Dominus, Godeau déclare l'avoir « accommodé à la personne du roi régnant » ; aussi parle-t-il de « l'Empire français », delà France, « du merveilleux enfant que pour roi tu nous donnes » : ce qui semble indiquer que la paraphrase est postérieure à la mort de Louis XIII. Même adaptation pour le xxe, Domine in virtute tua ; aussi le poète parle-t-il de « ce roi dont l'illustre naissance — nous montre si bien la puissance » du Seigneur, et dit qu'un juste coup de foudre « va mettre cet état en poudre — dont l'orgueil est monté jusques au firmament », sans doute encore une allusion aux hostilités de Louis XIII et de Philippe IV et à la guerre qui durait lors de la régence d'Anne d'Autriche et de la minorité de Louis XIV.
N'insistons pas davantage. En vertu d'un privilège spécial,
daté de mars i64/». comme celui dont nous avons parlé, Godeau fit imprimer tout le Psautier en i648. Contentonsnous de rappeler que Corneille a traduit cinquante des psaumes, ainsi que les cantiques des Trois Enfants (Benedicite omnia opéra Domini), de la Sainte Vierge (Magnificat), de Zacharie (Benedictus Dominus), de Siméon (Nunc dimittis). Godeau et Corneille, comme auteurs de poésies religieuses, furent plus tard rapprochés dans une circonstance qui n'est pas banale : je parle de la préface que La Bruyère, voyant les critiques s'acharner après le beau discours qu'il avait prononcé à l'Académie le jour où il y fut reçu (i5 juin i6g3), composa et imprima en 169/4 dans la huitième édition de ses Caractères. S'adressant à quelques-uns de ses ennemis, il dit que ce sont des poètes : « Mais quels poètes? des auteurs d'hymnes sacrées ou des traducteurs de Psaumes? Des Godeaux ou des Corneilles? Non, mais des faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de beaux esprits... »
Le volume des Poésies chrétiennes se termine par le cantique « Lumineuses troupes des anges », imprimé en 1637 et réimprimé en i64o, — les stances sur « les larmes de saint Jean » (i633), — l'élégie sur « les larmes de sainte Marie- Madeleine » (i633), — une poésie sur le baptême du Christ, en alexandrins, — une élégie en alexandrins qui débute par ces jolis vers :
La courrière des mois au visage changeant Eclairait l'univers dessus son char d'argent. Et de l'humide nuit les longs et riches voiles Faisaient étinceler l'or brillant des étoiles. Le paisible sommeil faisant le tour des cieux Semait dans l'univers ses pavots gracieux.
Cette pièce est du ton des Eglogues. Elle met en scène un certain Lysis, « dégoûté des pompes de la terre », qui vit dans un rocher et se refuse à dormir pour décrire la beauté de la nuit,
Voûtes de l'univers, campagnes fortunées Qui ne verrez jamais, par la loi des années,
2ÔI —
Flétrir ces belles fleurs qui, d'un éclat si pur, Relèvent la splendeur de votre riche azur. Clair flambeau de la nuit, inconstante planète Qui montres sans nuage une face si nette,
et pour prier Dieu.
Puis vingt-un sonnets religieux. Trois sont consacrés à la naissance du Christ. Les autres le sont au nom de Jésus imposé à Notre-Seigneur en sa circoncision, à l'adoration des trois Rois Mages, à la fuite en Egypte, à l'oblation de Notre- Seigneur au Temple, à la Purification de la Sainte Vierge, au baptême de Notre-Seigneur, à la Tentation au désert, à ses miracles, au sacrifice de la Croix, aux miracles arrivés à la mort de Notre-Seigneur, à sa résurrection, à son ascension, à la mission du Saint Esprit, au sacrifice d'Abraham, à la conversion de saint Paul, à celle de saint Augustin, au combat de David et de Goliath, à la résurrection des hommes.
On peut y remarquer quelques vers bien frappés. A propos de Bethléem, il dit à Dieu :
Mais vois-tu dans le Ciel, trouves-tu dans le Temple, Ce que sur une crèche aujourd'hui je contemple, Pour ton esclave, un fils, pour ta victime, un Dieu ?
Au sujet de l'adoration des Mages,
L'Enfant qui la reçoit, est l'astre de leur foi.
La conversion de saint Paul lui fait dire à la Grâce : 11 est vaincu par toi, mais tu vivras par lui.
Enfin, au sujet de la résurrection des hommes, il compare les justes à de grands arbres qui, à l'automne, semblent morts et qui revivent au premier souffle du zéphir :
Et ces arbres divins en ce jour solennel
Où leurs troncs recevront la gloire avec la vie
Trouveront dans les deux un printemps éternel.
Deux autres sonnets sont dépourvus d'un titre particu-
lier ; l'un commence par « Je ne suis plus captif », l'autre par « Quel conseil dois-je prendre ». Cinq autres ont pour objet la douceur extraordinaire d'un hiver, les adieux du poète à Paris, le luxe des enterrements des grands personnages, les longues veilles, la comédie. Notons encore une longue poésie sur la Sainte-Baume : « On nomme ainsi », dit une note de l'auteur, « un rocher en Provence où l'on croit par tradition que sainte Magdelaine a vécu en pénitence l'espace de trente ans », — une élégie à Arnauld d'Andilly sur ses Œuvres chrétiennes, — des stances * « pour un pénitent » qu'il n'a pas nommé. On sait qu'Arnauld d'Andilly, le frère aîné du grand Arnauld, un des hôtes les plus qualifiés de l'Hôtel de Rambouillet durant sa première période, avait composé aussi des Œuvres chrétiennes en vers et s'était, à 55 ans, en i644, retiré à Port-Royal, où il devait vivre une trentaine d'années.
Des sept sonnets, je dirai peu de chose. Celui sur l'hiver semble écrit à Paris, car il est dit que chacun craint que la douceur de la mauvaise saison
Ne laisse pour l'été des semences de peste
Qui peut du grand Paris ne faire qu'un tombeau.
Celui où Godeau fait ses adieux à la grande ville qu'il nomme « la merveille des cités », se termine par ce beau tercet :
Je te quitte pourtant, agréable séjour,
Pour le séjour sauvage où mon devoir m'appelle.
Paris a mon estime et Grasse a mon amour.
Celui sur les enterrements trop luxueux, par ce tercet :
L'orateur qui, pour eux, fait un si grand effort,
Pour se faire louer avec grâce les loue
Et leur pompe funèbre est celle de la mort.
Celui sur le théâtre rappelle ce que le poète dit dans sa préface.
i. Outre celles dont j'ai parlé dans mon premier volume, p. 3a.
Du long poème sur la Sainte-Baume, écrit en alexandrins, je ne veux retenir que les descriptions du début,
Agréables ruisseaux dont la course rapide Dessus un sable d'or roule un argent liquide. Rivages tapissés d'un riche émail de fleurs Que mille saules verts défendent des chaleurs, Grands bassins de porphyre où l'onde fugitive, Montant et retombant, se plaint d'être captive, Superbes promenoirs où la nature et l'art Mêlent si richement les beautés et le fard, Ronds, parterres, berceaux, labyrinthes, allées, Grotte où l'ombre se mêle aux pierres congelées, Arbres où l'émeraude en la feuille reluit, Ses perles dans les fleurs, et l'or dessus le fruit, Enfin, aimables lieux où mon âme ravie A goûté les plaisirs d'une si douce vie.
Le poète conclut que le pays de Grasse rnérite d'être oublié à la vue de la Sainte-Baume : il aime
à voir tomber de ces voûtes liquides Des globes de cristal et des perles limpides.
à y rencontrer des cerfs en liberté, des ours qui broutent avec les daims, « de saintes fougères » où les paysans ne viennent point danser, des arbres toujours verts, à y évoquer surtout l'édifiant souvenir de la Magdaléenne. On a déjà signalé, parmi les personnes avec qui il continua à entretenir de Grasse un commerce épistolaire, Mme de Ville-aux- Clercs l à qui « il avait décrit spirituellement, le \k septembre 1637, un pèlerinage à la Sainte-Baume » ; et l'on sait que la Sainte Baume était le centre d'un culte tout national pour les Provençaux dès le moyen âge 2. Ce serait la date approximative des vers dont nous avons parlé.