Autrement dit M"1' de Brienne
2. Ch. de Ribbe, Soc. provenç. à la fin du Moyen-Age, Paris, Perrin, 1898, p. 175.
Le chanoine Tisserand compare Godeau s'installant à Grasse et Arnauld d'Andilly : « Il était orthodoxe sans outrer le gallicanisme et fut ami de Port-Royal sans accepter le jansénisme ». Nous ne sommes pas encore à l'époque des Provinciales et du Formulaire : d'ailleurs, l'élégie à Arnauld d'Andilly, qui est aussi en vers alexandrins, n'a rien de particulièrement curieux. Les stances « pour un pénitent » se composent de quatorze strophes formées de six octosyllabiques, de deux alexandrins, d'un octosyllabique et d'un alexandrin ; je citerai la première :
Père immortel de la lumière,
Toi qui, sans jamais être las,
Achèves d'un si juste pas
Ton oblique et vaste carrière,
Roi des astres, puissant flambeau
Par qui tout vit et tout est beau.
De grâce, ne sors point du moite sein de l'onde ; Ou, s'il faut obéir à l'immuable loi*
D'éclairer tous les jours le monde, Luis sur notre horizon, mais ne luis point sur moi.
Godeau met en sept tableaux de dix vers octosyllabiques les Eléments de la religion chrétienne, où il décrit la création du monde, celle de l'homme, Adam en l'état d'innocence, Adam après le péché, l'homme sous la loi de la nature, de Moïse et de l'Evangile, la naissance du Christ, sa mort; les Sacrements, en tête desquels il décrit Jésus percé d'un coup de lance et les sacrements sortant de son côté ; les Vertus théologales, foi, espérance, charité ; les cardinales, justice, force, tempérance, prudence ; les sept péchés mortels, à la suite desquels il décrit ce qu'est le péché mortel et ce qu'est le véniel : les quatre fins dernières de V homme, la mort, le jugement, le paradis, l'enfer.
Il compose 8 stances de 10 vers alexandrins sur Y Oraison dominicale. 11 termine par l'Institution du Prince, « pour Louis XIV, roi de France et de Navarre » ; ce sont 1 34 quatrains de vers alexandrins qui avaient paru à part en i644- Il y donne au jeune roi toute sorte de conseils et l'engage notamment à chasser les athées de la Cour, à mériter le
titre de juste que, dit-il, Louis XIII a préféré « aux grands noms d'invincible et d'auguste ». à sévir contre les voleurs des finances, les duellistes, à imiter le soleil « qui ne se lasse jamais dans sa carrière » et à être « le soleil de son état », à commander à ses passions, à ne point commettre d'adultère, à ne point aimer trop le jeu, à éviter la mélancolie.
L'achevé d'imprimer de ces Poésies chrétiennes, — que nous avons longuement analysées — est du 3i mars 1 646 '. Avec M. Faguet, nous dirons que Godeau fut un poète sachant très bien son métier, un lyrique encore « admirable » ou plutôt « digne d'être admiré » après Malherbe, et que, chaque fois que le premier académicien est un peu personnel, il ne pâlit pas trop à côté du plus grand poète religieux de nos temps modernes, Lamartine.
J'emprunte ce qui suit au tome IV de Y Histoire de ta littérature française qui parut sous la direction de Petit de Julleville 2. « Godeau a manqué seulement de goût ; faute de quoi il a fait trop de vers, et beaucoup de mauvais. Mais il était poète et il lui arrive de le montrer. Nous n'avons pas tant de poètes religieux ; à ce titre, Godeau, l'un des meilleurs, mérite d'être plus estimé ou plus connu. Ses débuts mondains firent du tort à sa réputation de lyrique sacré... » 3. Petit de Julleville ajoutait que, devenu évêque, Godeau resta homme de lettres, en prose et en vers. « Il travaillait trop vite. Tallemant lui a reproché de n'avoir ni assez de savoir ni assez de force, l'a raillé de ressembler à un homme condamné à faire un ouvrage de temps en temps, mais lui a reconnu du génie. Saint-Evremond lui a
i. Une édition des Poésies de Godeau parut chez I*. Le Petit, en i66o-i663, en 3 vol. (l'est celle-là qu'il faudrait avoir. Nous avons dit qu'en 1 644 il avait permis à la veuve de Jean Camusat et à Pierre Le Petit de les publier : ce Camusat avait été le libraire de l'Académie et, si nous en croyons Y Histoire de l'Académie, de Pellisson, c'était un des plus habites. Je crois que l'édition de i663, en 3 vol. in- 12, a pour titre Poésies chrét. et morales : M. Bourgoin d'après elle cite une Epître à Conrart où le caractère du secrétaire perpétuel de l'Académie est loué.