‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 41 sur 242 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

fussent beaucoup moins bonnes que vous... Ma lettre vous trouvera du moins à Aix... et si elle tarde tant soit peu par les chemins, on vous la pourra rendre dans votre demeure épiscopale. Je vous plains de ce que vous y arriverez sans aumônier et que vous serez quelque temps privé d'une pièce si nécessaire. Vous trouverez enfin que celui dont vous vous êtes défait, quelque soldat qu'il fût, vous était du moins utile par sa santé qui le rendait inséparable de vous, et qu'il pouvait au moins payer de mine *... L'Histoire de l'Ammirato 2 et les trois volumes de Ramusio 3, que vous me dites que vous avez achetés, sont deux livres à orner une bibliothèque ». On voit que notre évêque continuait à cultiver la langue italienne.

« Vous avez tort de croire », écrit Chapelain à Godeau le 7 décembre i64o, — et c'est à Grasse même que la lettre est adressée, — « que je sois enchanté de Mrao de Saint-J., et qu'elle m'ait pris par les oreilles. C'est moi qui l'ai charmée. Elle n'est pas seulement mon amante, mais encore mon mépris... J'ai beaucoup de liberté, puisque j'ai la mienne et la sienne, et que je fais d'elle comme des choux de mon jardin... Cette fausse Vénus qu'on ne verra jamais que sous mes pieds... Je suis ravi que vous soyez "arrivé a Aix de si bonne •humeur, ce qui ne peut être qu'avec la santé parfaite. Nous en ferons une réjouissance publique à l'hôtel que vous savez » 4.

Ici s'arrête, pour quelques années, ce que nous avons

i . De cet aumônier, qui était moins un prêtre qu'un « soldat » et qui avait une si belle mine, je ne sais rien.

2. Scipio Ammirato, mort en 1601, avait écrit des Istorie florentine, dont la première partie avait paru en 1600 : la seconde, relative à la période qui va de i434 à 1574, ne fut éditée qu'en i64 1 - C'est « le Tite-Live moderne, selon les Italiens auxquels les éloges excessifs coûtent peu », dit Tamizey de Larroque.

3. J.-B. Ramusio, mort en :557, avait écrit délie navigationi e viaggi raccolti. L'ouvrage parut à Venise en 3 volumes, dont 2 publiés en i55o et le dernier après la mort de l'auteur, en i55g (Tamizey).

k. L'Hôtel de Rambouillet.

gardé de la précieuse correspondance de Chapelain. De i6/io à 1 65g, nous n'en avons que le souvenir *.

Godeau rentra dans son diocèse de Grasse en novembre 16/io-. Aussitôt il protesta, ainsi que plusieurs de ses collègues, contre l'énorme impôt dont Richelieu venait de frapper les biens et revenus du clergé pour couvrir une partie des frais des guerres. L'Assemblée du clergé donnait déjà, en dehors de cet impôt écrasant, des sommes considérables. Les évêques de Provence avaient songé à s'assembler afin de délibérer sur cette nouvelle contribution ; leur collègue de Senez, Louis du Ghaine, les dénonça au comte d'Alais, gouverneur de la province, et fit valoir qu'une telle réunion serait contraire aux ordres du roi ; ils ne s'entendirent que par lettres. Godeau se fit alors l'interprète de leurs doléances auprès de Richelieu3 et de l'un des secrétaires d'Etat, qu'il connaissait intimement, des Noyers 4. Le décret royal fut rapporté. M. Gognet a signalé la modération des termes dans lesquels l'évêque de Grasse, à propos de l'arrêt du Conseil qui saisissait les revenus « de la mense et du chapitre 5. a protesté auprès du cardinal-ministre. « Aujourd'hui que les nécessités croissent, tous ceux de notre ordre, particulièrement dans cetle province, quoique la plus pauvre », ne de

i . Le tome Ier, édité par les soins de Tamizey de Larroque, va de septembre 1682 à décembre i64o et contient, en appendice, la liste des lettres de Chapelain de janvier i (54 1 à décembre 1 658 dont l'existence a été signalée ; nulle ne concerne notre sujet. Ce tome 1er a la date de 1880 ; le 11e fut édite dès i883, et nous en parlerons plus loin.

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