CHAPITRE V
La seconde partie des « Œuvres chrétiennes de Godeau »
Nous avons montré ce que contenait le volume d'GEuvres chrétiennes « en vers et prose » que Godeau, qui n'était pas encore prêtre, avait publié en juin i633 et réédité dès la même année. La seconde partie parut en i64i, lorsqu'il était dans son diocèse. Elle n'eut pas le succès de la première. S'il en parle modestement, dans les lettres qu'il envoie à Georges de Scudéry et à sa sœur Madeleine, le 16 août i64i, rien ne l'autorisait à l'orgueil. Son livre nouveau n'est pas dénué d'intérêt. Les idées littéraires déjà esquissées dans la première partie y sont développées avec bien plus d'ampleur. La question du merveilleux chrétien y est discutée dans un discours préliminaire et, chose importante à noter, Godeau tient pour ce merveilleux avant Desmarets de Saint-Sorlin qui, s'il n'en a écrit que bien plus tard, amena Boileau à dire le contraire dans son Art Poétique1. Retenons en outre que, dans l'Epître dédicatoire de ces Œuvres chrétiennes de i6/ji, adressée à Richelieu, — Chapelain l'admi-
i L'édition de 1 646 des Poésies chrétiennes de Godeau — notons que le titre est changé et que ce qu'il y avait de prose dans le volume de i633 et dans celui de i64i disparaît alors — lui permit de donner encore plus d'étendue à ses théories.
rait sans réserve1 et nous allons en parler, — il se vante, avec une exagération évidente qui n'a pas échappé à la critique de M. l'abbé Gognet, d'avoir été le premier à faire des poésies morales et religieuses.
L'ouvrage commence par une nouvelle Epître à Richelieu-. Godeau signe : « E. de Grasse » 3. Il n'en résulte pas qu'elle soit antérieure au 20 décembre 1639, jour où Louis XIII l'avait nommé par surcroît évêque de Yence. Le Saint-Siège n'a pas encore ratifié cette union, quand il publie la « seconde partie » de ses Œuvres chrétiennes. Sur le frontispice, il est appelé de même « evesque de Grasse » tout court. Il dit qu'il offre à Richelieu « ses derniers ouvrages avec plus de zèle que les premiers ». S'agit-il de cette paraphrase du Benedicite en retour de laquelle, selon
une tradition douteuse4, — le cardinal, désireux de faire un trait d'esprit, lui aurait rendu Grâces ou, si l'on aime mieux, l'aurait fait désigner par le roi pour l'évêché de Grasse ? Ou plutôt des Œuvres chrétiennes publiées en i633 ? Godeau ajoute qu'il doit davantage à Richelieu, qu'il connaît mieux qu'autrefois « les merveilles de la vie » du ministre, qu'il ne sait d'ailleurs « si en cinq ou six années » il est devenu « plus savant5 ». Parmi tous les titres de gloire du cardinal, il cite « tant de temples remis en liberté6, les murailles de La Rochelle abattues7, la Sorbonne qu'ayant trouvée de terre, vous laisserez toute d'or8». La première partie des Œuvres chrétiennes de Godeau contenait déjà des vers et de la prose ; il dit qu'il a « mal mis en œuvre des diamants ». Quand on se souvient qu'il reçut