Elle fut prise le 28 oct
8. Il chanta la Sorbonne dans un poème qui fut publié à Paris, chez P. Le Petit, en i653.
le sous-diaconat en mai 1 635, la prêlrise le 7 mai i636, que le brevet d'évêque de Grasse fut signé pour lui le 21 juin, que ses bulles lui furent délivrées le 27 septembre et que la consécration épiscopale lui fut donnée le \[\ décembre, on comprend qu'il constate les progrès du catholicisme, qu'il parle du siège de La Rochelle et du mal qu'il avait coûté en 1627 et 1628, qu'il admire la magnificence avec laquelle Richelieu a rebâti la Sorbonne. C'est là que le cardinal était appelé à avoir, lorsque les Poésies chrétiennes du premier académicien furent rééditées en 1646, son tombeau. La phrase précieuse sur la terre et l'or mérite d'être tout particulièrement remarquée. Dans la célèbre lettre que Balzac, retiré au fond de son Angoumois, envoya le 17 janvier i643 à Corneille qui lui avait fait parvenir un « paquet », où se trouvait un exemplaire de Cinna [, le célèbre critique félicite le poète d'avoir si bien compris Rome. « Vous nous la faites voir telle qu'elle peut être à Paris, et ne l'avez point brisée en la remuant... C'est une Rome de Tite-Live"2, et aussi pompeuse qu'elle était au temps des premiers Césars. Vous avez même trouvé ce qu'elle avait perdu dans les ruines de la République, la noble et magnanime fierté... Vous êtes le vrai et fidèle interprète de son esprit et de son courage..., et souvent son pédagogue. Vous l'avertissez de la bienséance quand elle ne s'en souvient pas. Vous êtes le réformateur du vieux temps, s'il a besoin d'embellissement ou d'appui ». Et voici la phrase qui mérite d'être comparée à celle de Godeau sur la Sorbonne de Richelieu : « Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebâtissez de marbre ; quand vous trouvez du vide, vous le remplissez d'un chef-d'œuvre », allusion à Horace, tiré de Tite-Live, et à
1. Cinna avait été joué, non pas en 1639, comme on l'a cru longtemps, mais à la fin de i64o, ainsi que la critique l'a établi de nos jours. Le privilège d'imprimer est du i'r août 16/12, et l'achevé du 18 janvier i643. Gomment Balzac écrivait-il la veille qu'il avait reçu un exemplaire de Cinna, et cela « depuis quinze jours ».
2. Allusion à Horace, joué au début de la même année i64o et édité dès la mi-janvier de i64i.
Cinna, tiré de Sénèque et de Dion Cassius. Balzac connaissait la dédicace des Poésies de Godeau au Cardinal. L'illustre épistolier, qui fut inscrit sur la première liste des Académiciens, a dérobé un trait à celui qui y avait été porté le premier. Que ce soit une simple réminiscence ou un vrai plagiat, je n'y insiste pas. Nous avons vu plus haut quelle admiration Chapelain avait, à la fin de juin i64o, pour cette cpître dédicatoire de la seconde partie des Œuvres chrétiennes de Godeau. « Nous lûmes cette lettre hier », écrit-il à Balzac le 28 juin, « avec attention et esprit de censure. Elle n'est pas longue, mais pleine de ces beautés graves qui sentent bien la dignité qu'il porte... Je n'ai rien vu encore de lui si judicieux et si plein ». Balzac a écrit à Corneille, deux ans après la publication du livre de Godeau, en termes qui prouvent qu'il avait lu la préface de notre évoque. Suit les « Discours sur les ouvrages contenus en ce volume » ou, comme le dit le titre inscrit en tête de chaque page, « sur la poésie chrétienne1 ». Ce n'est pas la réimpression de celui qu'il avait composé en 1 633, étant avocat et n'étant pas encore d'Eglise. Il dit que les Muses françaises ne furent jamais « si modestes » que de son temps ; qu'elles seront « bientôt toutes chrétiennes » ; que le théâtre se purifie ; que la scène pourra se prendre bientôt sur les bords du Jourdain de même que sur les bords du Tibre et du Tage ; que le sang des martyrs la rougira ; que la virginité y fera éclater ses triomphes ». L'allusion au Tibre, c'est-à-dire à l'antiquité classique romaine, et au Tage, c'est-à-dire au théâtre espagnol2, nous rappelle qu'en i64o, — c'est le 3o novembre que la seconde partie de ces Œuvres chrétiennes fut imprimée, — Corneille a fait jouer Horace vers mars et Cinna à la fin de l'année. Godeau dit ensuite qu'il a employé à composer les œuvres que contient cette