Voir Bellamy, l. c
sitant deux des villages de son diocèse en septembre, Biot le 5 et Cabris le 17, il avait demandé que le vœu de Louis XIII fût peint sur le tableau ou le retable du maître-autel.
Le poème L'Assomption de la Vierge comprend trois livres divisés en 2o5 strophes dont chacune comprend 10 alexandrins. M. Faguet, qui a consacré quelques leçons de son cours de la Sorbonneà la littérature sous Louis XIII1, signale dans ce long poème de 2.o5o vers plus d'une chute fort belle et dit que cette œuvre trop ignorée fait le plus grand honneur à Godeau et au xvne siècle. Elle m'a paru longue et traînante. Toutefois, l'évêque de Grasse espérait, on l'a vu, que ce morceau contribuerait à la conversion de quelques protestants et il y avait semé ce que dans son Discours de i633 il nommait « d'agréables épisodes », ce que Boileau, homme d'une religion plus grave, qualifie (sans doute à propos d'autre chose que V Assomption de Godeau) d'« ornements égayés » et incapables, selon l'auteur de Y Art Poétique, de s'allier avec 0 les mystères terribles de la foi d'un chrétien ». J'ai cherché les chutes de strophes que peut admirer un critique aussi fin que M. Faguet. En voici quelques unes, je suppose. Godeau prie la Vierge de l'inspirer, afin qu'il écrive
Non pour ma vanité, mais bien pour ta grandeur.
Marie pense à Jésus après l'Ascension, et dit :
Pour moi le plus beau jour est une nuit obscure ; La terre, ma prison ; mon corps, ma sépulture ; Et le plus doux sommeil, une plus rude mort.
Godeau parle de la puissance de l'Enfant Jésus
D'un enfant qui vient rendre un autre enfant prophète Et d'un captif qui tire un captif de prison.
1. Je ne le connais que par le résumé plus ou moins fidèle qu'en a donné la Revue des Cours et Conférences de 1896.
Puis il montre la Vierge au Calvaire :
Cette mère, l'espoir et la gloire du monde, Reçoit Jean pour Jésus, l'esclave pour le roi.
Je remarque davantage ce qu'il dit des religieuses de la Visitation fondées par François de Sales et qui, selon le poète,
Vivent sur notre terre ainsi qu'on vit aux cieux.
Plus tard, dans son Eloge historique du bienheureux François de Sales *, dédié précisément à ces mêmes religieuses, il rappellera qu'il avait dans le diocèse de Grasse une de leurs maisons et qu'il n'y trouvait que « consolation et édification » ; que, grâce au saint prélat dont il parle, à Thonon « où il ne croissait que des joncs, on vit croître des épis et des pâturages, où les Satyres et les Lamies dansaient en liberté, commencèrent à habiter les saints Anges ». Parmi les comparaisons que Godeau a multipliées dans son poème, qu'on nous permette de citer au moins celle-ci. Le poète veut montrer que son œuvre est cette fois plus difficile à traiter que tout ce qu'il avait écrit jusque-là :
Ainsi, quand sur un fleuve à la course rapide
Quelqu'un a sans péril gouverné des vaisseaux,
S'il veut se signaler sur l'empire liquide.
11 tremble au seul aspect de ces abîmes d'eaux ;
Chaque flot dans son âme élève mille craintes ;
Cent morts devant ses yeux, au lieu d'une, sont peintes ;
Il est bientôt surpris des calmes ou du vent ;
Il trouve dans le ciel de nouvelles étoiles,
Et voit la différence, en l'usage des voiles,
D'un batelier habile ou d'un nocher savant.
Parmi les descriptions, voici celle de l'archange Gabriel
i . Privilège du i3 septembre i65i : j'ai eu sous les yeux un exemplaire imprimé à Aix, en i663, chez Roize.
envoyé par le Christ pour annoncer à la Vierge quelle va bientôt mourir :
Au gré des doux zéphyrs sa chevelure ondoie...
La fraîcheur de son teint passe celle des roses
Qu'on voit au point du jour sur les buissons écloses...
Sur ses ailes brillaient des couleurs inconnues..
Des fleurs, de qui l'éclat fait honte aux naturelles,
Se nuaient sur sa robe à l'envi de ses ailes ;
Les perles y mêlaient leurs pompeux ornements ;
Au bas un laurier d'or entrelaçait ses branches ;
Deux précieux rubis attachaient ses deux manches
Et sa riche ceinture était de diamants.
D'autre part, voici celle de David :
Ses cheveux de la neige effacent la blancheur ; Mais on voit dans ses yeux luire une flamme ardente, Et sur son teint paraître une jeune fraîcheur. De rubis flamboyants son diadème éclate ; L'argent sur son habit se mêle à l'écarlate ; L'aiguille industrieuse y fait briller des fleurs ; D'une main il soutient un grand sceptre d'ivoire Et de l'autre une harpe, où sur l'ébène noire Mille pierres de prix confondent leurs couleurs.
Godeau fait allusion à Nestorius dont l'une des hérésies, condamnées en 43 1 par le Concile d'Ephèse, était de refuser à Marie le titre de « Mère de Dieu » : le Concile fixa alors le dogme de la Maternité divine. Or, quelques théologiens jésuites avaient poussé jusqu'en Ethiopie et trouvé dans ces régions le nestorianisme devenu presque idolâtre ; et l'un des succès de la Société de Jésus, l'un de ceux dont on parlait sous Louis XIII, fut d'avoir rattaché à la Chaire de Saint Pierre' du moins pour quelque temps, les débris de cette ancienne secte. Godeau revient sur le rôle de François de Sales, évêque de Genève et fondateur des religieuses de la Visitation :
Au bord du lac Léman un berger mémorable Qui verra ses brebis dans un temps déplorable Contre lui se changer en des loups furieux ;
ceci rappelle que l'évêque de Genève, chassé de cette ville par la Réforme, résidait avec le chapitre à Annecy ; que François de Sales, prévôt du chapitre de Genève en i5o,3, coadjuteur de l'évêque en i5g8, devint évêque en 1602 ; que sa mission du Ghablais n'avait pas eu tout le succès qu'on en attendait; qu'en i5g6 il écrivait au duc de Savoie qu'il avait « semé entre les épines et les pierres » et ramené au catholicisme seulement deux notables de ce pays qui était protestant ; que deux de ses plus importants ouvrages de controverse l étaient sortis de cette mission, et que c'est justement en 164 1, — l'année où Godeau donna la seconde partie de ses Œuvres chrétiennes, — que les Sermons de François de Sales, mort en 1622, parurent pour la première fois, notamment par les soins de Mmr de Chantai. Depuis 162^, on s'occupait à Rome de lui rendre les plus grands honneurs, et Godeau devait apprendre sa béatification en 1661, sa canonisation dès i665. On sait que l'influence de l'auteur de V Introduction à la vie dévote fut considérable et prépondérante jusqu'au jour où celle du jansénisme y succéda. Godeau rappelle, avec une de ces pointes qu'il aimait :
Ayant le nom de Grasse, elle en a les effets 2,
que sa ville épiscopale se voua à la Vierge, quelques mois après son arrivée, le jour de l'Annonciation, en i638, un mois après le vœu de Louis XIII et cela avant la naissance du dauphin Louis, depuis Louis XIV, et il glorifie l'époux d'Anne d'Autriche.
Un roi dont la valeur, enchaînant la Victoire, Des princes oppressés un jour sera l'appui Et qui, par des combats qu'à peine on pourra croire, Verra les Léopards et les Aigles sous lui.
Pour comprendre l'importance de ce poème de Y Assomption dans l'ensemble de l'œuvre de Godeau, il convient de
1 . Les Controverses et la Défense de l'Etendard de la Sainte Croix.