CHAPITRE XII
•liOE ET PRISB DE JÉRUSALEM
Jain-juiUet 1099.
La ville de Jérusalem , que les chrétiens d'Occident venaient disputer à Tislamisine, ne conservait de l'antique capitale du royaume de Juda que le nom. Depuis que le sang du Messie y avait coulé, la vengeance divine n'avait pas cessé de la poursuivre , et moins de dix ans après ce grand forfait y Titus » accomplissant à son insu la menace des prophètes y l'avait prise et rasée du sol.
Au commencement du second siècle, Tempereur Adrien ( M\uxs Adrianus) déblaya ses ruines et la rebâtit ; mais ce fut pour mieux effacer le souvenir de son passé. Il en fit une ville païenne oii il éleva des temples aux divinités de l'Olympe , et qu'il appela jElia Capitolina. Dans le monde entier la gloire de la cité de David fut dès lors si complètement oubliée y qu'au concile de Nicée son patriarche était qualifié évèque d'iËlia * • Mais Constantin fit disparaître les traces de
1 Concile de Nicée : Episcopus AUliœ ah omnibus honoretur»
cette longue profanatioa et restaura magnifiquement la foi chrétienne aux lieux où elle avait pris- naissance. Malheureusement ses successeurs furent impuissants à défendre ce dépôt sacré. En 636 , le calife Omar conquit Jérusalem et la détacha pour jamais de Tempire grec. Depuis quatre siècles et demi , elle avait subi tour à tour le joug de toutes les dynasties arabes et turques; les califats de Bagdad et du Caire se l'étaient plusieurs fois arrachée l'un à Tautre comme une proie sanglante, et elle avait supporté presque sans relâche les maux de la guerre et ceux de la persécution. Iftikar- Eddaula la gouvefnait alors pour le compte du calife Mostaali.
Complètement transfigurée par ses divers maîtres païens ou barbares, elle n'occupait plus même son emplacement primitif sur les deu^ sommets de Sion et de Moriah , dont , au temps de la nationalité juive, le premier était couronné par le palais des rois et le second par le temple de Salomon. La nouvelle enceinte, celle d'Adrien » était tracée plus au nord; Sion en était exclue, et par contre elle renfermait le Golgotha, situé hors des murs à Tépoque de la Passion. Mystérieuse destinée! le Golgotha, où fut cimentée la nouvelle alliance, substitué à Sion, qui personnifiait en quelque sorte les traditions de Tancienne loi !
« La ville , dit un explorateur moderne de la Terre-Sainte, formait alors comme aujourd'hui un carré plus long que large, d'une lieue de circuit. Elle renfermait dans son étendue quatre collines : à Torient le Moriah, où la mosquée d'Omar avait été bâtie à la place du temple de Salomon ; au midi et au couchant VAcra, qui occupait toute la largeur de la ville; au septentrion le fieze/Aa^ ou la Villeneuve; au nordouest le Golgotha, ou le Calvaire, que les Grecs regardaient comme le centre du monde , et sur lequel s'élevait l'église de la Résurrection ^ »
1 Michaud, Histoire des croisades, t. I, liv. IV, p. 4l>7.