‹ Godefroi de BouillonChapitre 108 sur 141 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

C*est précisément en face de cette montagne sacrée , dans la valiée d'Ëphraïm, que Godefroi de Bouillon établit ses quartiera pour le siège. Cette position était sans doute la plus favorable pour diriger Tensemble des opérations militaires contre la place , car elle avait été également choisie par Titus lors de ses premières attaques *. D'ailleurs le rempart n'était guère accessible qu'au nord et au nord- ouest. Sur les autres côtés, la base rocheuse de la ville était entourée par deux profondes vallées, celle d'Annon, au midi, et, à Test, celle de Josaphat, où coulait le torrent de Cédron. A droite du duc de Lorraine , vis-à-vis de la porte de Jaffa , se plaça son frère Eustacbe; et après lui les Provençaux, formant l'aile droite de l'armée , s'étendirent jusque sur le sommet de Sion , devant les ruines de l'ancien palais des rois. A gauche le camp des Lorrains, décrivant une sorte de fer à cheval autour du Calvaire, s'arrêtait à peu près à la hauteur de la porte de Damas, sur la ligne septentrionale des murailles. Ensuite se succédaient , sans interruption , les Italo-Normands de Tancrède ; puis les troupes des deux Robert , faisant face , les premiers à la porte de Damas, les autres à la porte dHérode. Quatre portes, celle des Maugrabins au sud, la porte Dorée ^ celles de Cédar et de Saint-É tienne au levant, restaient ainsi en dehors des travaux d'investissement ^

L'armée chrétienne ne comptait plus, en tout, que vingt mille combattants à pied et quinze cents cavaliers. La garnison de Jérusalem, au contraire, se composait de quarante mille hommes, animés d'une ardeur farouche et prêts à mourir jusqu'au dernier pour conserver à l'islamisme cette ville, que les musulmans eux-mêmes appelaient la Sainte, El Cods. Depuis la prise d'Antioche, ils y avaient accumulé des provisions et des armes, et ils travaillaient avec une pro-

t Josèphe , Histoire, liv. V.

2 Alberld'Aix,fmduliv. Y.

digieuse activité à réparer et à renforcer tous les ouvrages de défense. Ils avaient d'abord résolu de détruire le saint sépulcre y afin d'enlever tout prétexte aux pèlerinages des Latins; mais, redoutant les représailles , ils n'osèrent pas exécuter ce dessein sacrilège , et ils se bornèrent à exercer sur les habitants chrétiens d'effroyables vexations. Enfin, après les avoir dépouillés de tout, ils les expulsèrent en masse, à Texception des femmes, des vieillards et des enfants, retenus en otages ^ Les malheureux exilés, traqués depuis lors dans les montagnes voisines, au milieu d'une population hostile, s'étaient précipités dans les bras des croisés , dont leurs récits excitaient le zèle et la colère.

Au bout de cinq jours employés à organiser le campement, il ne fut plus possible de contenir la jbugue impatiente des assiégeants, et les chefs durent les conduire à l'assaut, sans machines et sans échelles, dans le même appareil où ils auraient livré bataille en rase campagne. Néanmoins la confiance et l'ardeur étaient si grandes, que rien ne résista à leur premier élan : ils renversèrent l'avant-mur et , malgré les projectiles , tentèrent durant plus de cinq heures l'escalade des remparts. S'ils avaient été aidés des engins ordinaires, nul doute que ce jour-là même ils n'eussent achevé leur conquête '; mais leur audace, qui jeta la consternation dans les rangs ennemis, se brisa impuissante contre des murailles infranchissables, et force leur fut de rentrer sous les tentes pour s*y livrer aux préparatifs lents et laborieux d'un assaut en règle.

La contrée environnante, aride et rocailleuse, ne paraissait pas pouvoir fournir le bois nécessaire à la construction des tours roulantes et des mangonneaux. Heureusement un Syrien indiqua, à une distance de deux lieues environ, une

1 GuiUaume de Tyr, liv. VII, ch. xxiii.

2/d.,liv. VIII,ch. VI.

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