CHAPITRE II
reuse sortie^ repoussa les assiégeants , les mit en déroute , et rentra dans le château avec beaucoup de prisonniers.
De ce nombre était Henri ^ comte de Grandpré , espèce de chef de partisans à la solde de TéTèque de Verdun. Pour obtenir sa liberté sans rançon , Henri embrassa le parti du vainqueur, et se mit à brigander désormais sur les terres de ses auf'iens alliés ^ Ses expéditions nocturnes, conduites avec une prodigieuse audace et habilement dissimulées, portaient souvent la terreur et lamine jusqu'aux portes deVerdun^ sans que les troupes épiscopales pussent jamais connaître à temps les marches du terrible ravageur.
Godefroi ne se borna pas à lancer contre ses ennemis cet auxiliaire d'aventure. Il prit lui-même Toffensive, et^ pour punir Tévèque Thierri d^avoir appuyé Tagression du comte de Namur, il construisit aux confins du Yerdunois, dans sa terre de Stenai*, un château fort, d*où ses bandes de soudoyers ^ firent aussi des chevauchées , à la façon des gens de Grandpré, sur le territoire ennemi.
Thierri et son vicomte se mirent en campagne avec tout le vasselage des comtés de Verdun et de Namur, et vinrent assiéger Stenai. Le seigneur de Bouillon, accouru à la défense delà place, y arriva en môme temps qu'eux , et soutint en plaine une bataille longue et sanglante* La fatigue seule y mit un terme : mais ni Tune ni l'autre des deux armées en présence n'avait reculé. Godefroi entra dans Stenai, tandis que les gens de Verdun dressaient leurs tentes sur le champ de bataille , et commençaient Tinvestissement.
Godefroi réussit néanmoins à envoyer des courriers à ses frères Eustache et Baudouin, qui recrutèrent à la hâte chacun
1 Art de vérifier les dates, chronologie des comtes de Grandpré, Notice de Henri I®*".
3 Laurent de liége, Hist&tre des évêques de Verdun, ap. D. Bonqaet,XIII, 628.
3 Soudoyer ou soldat, signifie propremeut le coxabattaot qui reçtnt une solde en argent.
une troupe , le premier en France, dans le comté de Boulogne, le second en Germanie.
L'approche de ces renforts fit lever le siège de Stenai. Peu après y en 1088, la paix fat enfin conclue, grâce à Tintervention de Tévèque de Liège, ami commun des belligérants. Avant d*ètre élevé à Tépiscopat par le crédit de Godefroi le Bossu, son parent, Henri avait été archidiacre de Verdun, sous Tévèque Thierri. Il avait même encore dans le camp de ce prélat son frère Ferri de Toul, dont les deux fils, Renaut et Pierre, également attachés alors au parti verdunois, s'illustrèrent plus tard à la première croisade, sous les ordres de Godefroi de Bouillon.
Thierri, après douze ans de lattes pour conquérir et garder le gouvernement temporel de son évèché, y renonça, par lassitude ou par persuasion, au profit de son infatigable rival. Il céda à Godefroi le titre et les droits de comte de Verdun , et Albert de Namur expia ses entreprises contre Bouillon par la perte de sa vicomte.
Godefroi commençait enfin à triompher de la mauvaise fortune. Il vit lui revenir presque tout d'un coup Théritage entier de la maison d'Ardennes. Voici dans quelles circonstances : Hermann de Luxembourg étant mort dans ce temps-là, les villes lombardes offrirent à Conrad, fils de Henri IV, la couronne que la diète de Tribur avait, dix ans plus tôt, enlevée à son père excommunié. Conrad accepta, et Henri, demeuré le maître en Allemagne , le punit de sa révolte en le dépouillant de tous ses biens. On se rappelle que c'était sur la tète de Conrad qu'il avait mis le duché de Basse-Lorraine, lorsqu'en 1076 il en refusa l'investiture à l'héritier de Godefroi le Bossu. Les événements venaient de lui prouver l'imprudence de cette politique , car il n'avait pas eu d'auxiliaire plus dévoué et plus utile que le jeune vassal disgracié. Il voulut alors réparer envers Godefroi de Bouillon ^ sa longue injustice en
1 C'est à partir de cette époque seulement qu'on peut lui donner ce