CHAPITRE II
a gens de moyenDe condition , rois, comtes, prélats , nobles a dames mêlées aux femmes pauvres , tous s'y rendaient en c foule. 3>
L'Église consacra alors la vertu expiatoire que les fidèles avaient attachée à ces lointains et périlleux voyages : elle remplaça les pénitences canoniques en vigueur dans les dix premiers siècles par les pèlerinages.
Des exemples récents et mémorables avaient pu indiquer à Godefroi cette voie de salut. Moins de dix ans auparavant, le préfet de Rome, Censio, complice lui aussi de Henri IV, ayant soulevé contre Grégoire VU une émeute populaire, avait même osé arracher le pape à Tautel au milieu de Tofiice de Noël (1075), le traîner par les cheveux dans l'église Sainte 'Marie -Majeure et le jeter dans un cachot. C'est un pèlerinage aux lieux saints qui lui fut imposé pour* obtenir l'absolution de cet attentat.
Il avait aussi entendu raconter qu'environ un demi-siècle plus tôt, deux célèbres criminels, vassaux de la couronne de France, Robert le Diable, duc de Normandie, qui avait empoisonné son frère ^ et le comte d'Anjou , Foulques Né^a, assassin de sa femme, touchés de repentir, avaient mérité, en visitant le saint sépulcre, de rentrer dans la communion chrétienne. Enfin, dans le temps même où il fit son vœu, un puissant feudataire de son voisinage, ce Robert le Frison dont on a déjà parlé, expia par le même moyen des usurpations de biens ecclésiastiques.
Ainsi le pèlerinage était la réparation suprême infligée aux plus grands coupables. Godefroi l'embrassa spontanément, et de ce jour , sa conscience ayant retrouvé le calme, il sentit diminuer le mal qui le dévorait. Bientôt il fut hors de danger; mais il n'arriva à une guérison complète que douze ans plus tard, quand il entreprit l'accomplissement de son vœu.
En attendant, le repentir sincère qu'il éprouvait d'avoir envahi le domaine du saint-siége ne le détacha pas du service
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de Henri IV, à qui il demeura toujours eoumis oomme à «on suzerain. Cependant, depuis l'expédition d'Italie, il ne semble pas lui avoir prêté un concours bien actif. On ne le trouve mêlé à aucun des événements remarquables de la guerre contre Hermann de Luxembourg, que les seigneurs de la ligue saxonne avaient proclamé roi après la mort de Rodolphe, Au contraire , il était à cette époque fort occupé à batailler pour son propre compte , et pour la défense ou l'extension de ses droits seigneuriaux.
Le comte de Namur avait profité des quatre ou cinq années d'absence presque continuelle de Godefroi, pour guerroyer contre le fief de Bouillon. Mais ce domaine, privé de son cbâ« telain , était protégé avec zèle par Henri de Liège. L'évéque avait môme, dans l'intérêt de son jeune voisin, acheté, en 1089, de la comtesse Richilde de Hainaut la terre de Mirwart; il eq avait restauré et fortifié à grands frais le donjon , d'oii ses gens d'armes gênaient fort, depuis ee moment, les entreprises du comte Alberto
Celui-ci, cependant, tenta en 1086 une nouvelle attaque. Il réunit à ses propres vassaux ceux de l'évêché de Verdun , et s'avança jusqu'à Bouillon , dont il Commença le siège, Godefroi s'y trouvait alors. On sait que cette citadelle passait pour inexpugnable. La ceinture de collines qui l'environnait lui faisait une formidable défense et rendait Tassant impossible. En outre^ d'épaisses forêts, couvrant les versants de ces collines jusqu'à une distance d'au moins une lieue , empê* chaient l'investissement régulier de la place ^ GodeiVoi pouvait donc, tranquille derrière ses remparts , braver l'ennemi et le laisser se consumer dans des travaux stériles. Mais une semblable tactique ne convenait pas èi l'humeur impétueuse du jeune chevalier. Il fit, à la tête de sa garnison, une vigou-
1 Laurent de Liège, Histoire des évêques de Verdun , ap, D. Bouquet, Xni, 628.
9 Ghapeauville , Histoire des évêques de Liège, t. Il , p. 578.