CHAPITRE III
GODEFROI 1)E BOUILLON DUC DE BASSE -LORRAINE. PRÉPARATIFS DE LA CROISADE
Les cinq ou tàx années qui suivirent sa réintégration dans les titres et dignités de ses aïeiDt, Gôdefrôl semble les avoir passées au milieu des soins paisibles d'une sage adminlstratiop. Tout occupé à réparer les maux dô la guerre, il restituait ôit faisait rendre aux églises les biens qui leur avaient été enlevés dans Tanarcbie des derniers temps, et les défen* dait Contre les entreprises dés barons pillards du voisinage. Il était le protecteur des clercs et des pauvres, et le ferme justicier de tous dans ses domaines. En même temps il remplis^ Sait avec prudence et dévouement les fonctions d'avoué du monastère de Saint-Hubert, siégeait dans les conseils de Tévèque de Liége^ et lui servait d'arbitre pour régler plusieursl différends épineux ^
C'était chose rare à cette époque qu'un puissant {teignenf
1 Histoire du monastère de Saint -Hubert, ap. D. Bouquet, XIII, 588-590.
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ainsi appliqué à faire le bonheur de ses vassaux. Grâce aux grands troubles politiques et religieux dont on vient d^esquisser le tableau, il y avait alors partout une sorte de recrudescence des désordres et des crimes quiavaient signalé l'établissement de la féodalité. Les barons de tout rang exerçaient sans obstacle et sans scrupule le plus aSréux brigandage. « Avec eux, dit un ancien historien, personne n'était assuré de la jouissance tranquille de ses biens. Il suffisait qu'on parût posséder quelque chose pour être jeté dans les cachots et mis à la torture. Les églises et les monastères n'échappaient pas à cette fureur de dévastation universelle. Les sanctuaires étaient partout pillés, et les vases sacrés devenaient la proie des voleurs. On ne respectait plus môme le droit d'asile, et ceux qui cherchaient un refuge au pied des autels s'en voyaient impitoyablement arrachés pour être livrés à la mort. Larrons et assassins infestaient les routes et assaillaieut les passants, sans épargner les pèlerins ni les religieux. L'enceinte même des bonnes villes n'offrait guère plus de sécurité, et jusque dans les rues et sur les places, les gens de bien couraient risque d'être détroussés et occis ^ . »
Telles étaient les funestes conséquences du droit de guerre, privilège incontesté et légal de tous les hommes nobles. Aces mœurs brutales l'Église avait cependant, depuis près d^un siècle, opposé une digue salutaire dans l'institution de justice appelée successivement lajoaio^ de Dieu , puis la trêve de Dieu, et dont Godefroi de Bouillon jura et fit observer les règlements dans son duché.
lOi paiœ deDieUf proclamée à l'approche de Tan 1000,quand la crainte de la fin du monde ramena momentanément les chrétiens à la pratique plus étroite des préceptes divins, n'avait eu, l'heure du péril passée, presque aucune influence. En supprimant pour toujours et pour tous le droit de guerre privée et ^n attribuant à des tribunaux réguliers la décision
1 Giullaume de Tyr, 1. 1, ch. rv.