CHAPITRE VIII
QD angle très-aiga , ayant son sommet au point le plus occidental de la ville. A cet endroit même , où les eaux de TOronte baignaient presque la muraille» s^ouvrait la porte du Pont» qui communiquait» par un pont de pierre» avec la rive droite du fleuve et le littoral de la Méditerranée» distant de trois lieues environ. A la pointe nord -est de l'enceinte se trouvait la porte du Chien» devant laquelle un autre pont» également en pierre» traversait un profond marécage. Enfin» entre les deux portes du Pont et du Chien» mais un peu plus près de la dernière» il y en avait une autre» dont on ne connaît pas le nom antérieurement à la croisade » et qui fut appelée depuis porte du Duc» à cause du voisinage du camp de Godefroi de Bouillon.
C'est là» en eflet» que s'établit le corps franco-lorrain» formant l'aile droite de l'armée de siège. Le duc prit son quartier au lieu nommé aujourd'hui Seitunijeh S que les historiens du temps nous représentent comme une c ville riche » populeuse et abondante en vin '. » De là » jusqu'à la rive de l'Oronte» il échelonna les différentes troupes qui étaient commandées sous ses ordres par ses vassaux» Renaut de Toul, Pierre de Stenay» Conon de Montaigu» et les deux frères Godefroi et Henri de Hache. Il avait en face de lui la ville basse» contenant le palais des empereurs » le seul des anciens quartiers d'Antioche qui subsiste dans YÀntakié moderne. A la gauche de Godefroi» et dans la direction de la porte du Chien» venaient successivement : d'abord les Provençaux ; puis l'armée de la France royale» commandée par les comtes de Yermandois et de Blois; ensuite les Flamands et les Normands, derrière lesquels prit place » assez loin du rempart et hors d'atteinte des flèches ennemies» le prudent Tatice* Le cantonnement des deux Robert s'arrêtait vis-à-vis de la porte Saint-Paul. A partir de cette porte commençait la ville haute».
1 En latin Sedium, {RecueU des ki$tùriens des croUadei, t. III, 639, note.) ) Raoul de Gaen , ch. ux.
étagée vers le sud sur les trois collines où l'avait b&tie Séleucus Nicator. C'est là, au pied de la dernière colline, que se * placèrent Tancrède et Boémond avec leurs Italo -Normands, occupant rextrème gauche du campement général, lequel s'arrondissait ainsi en fer à cheval autour de l'angle septentrional de la ville. En somme, les princes, disposant de trois cent mille combattants, ne surent pas investir plus d'un tiers de la place.
Des postes détachés pouvaient encore surveiller la ligne orientale des murailles , régnant sur des hauteurs escarpées et difficilement praticables. Mais à l'ouest, faute de pont pour franchir TOronte, on se voyait dans la nécessité de laisser libres deux portes, celles du Pont et de Saint*Georges, admirablement situées pour permettre aux assiégés de faire des sorties et de recevoir des vivres et des secours ^
Dans ces conditions, les soldats de Godefroi de Bouillon occupaient le point le plus périlleux. Resserrés entre le fleuve et le rempart, ils se trouvaient, à l'extrême droite surtout, sous le tir direct et à portée de trait des murailles '; en même temps ils couraient le risque d'être les premiers pris dans un mouvement tournant de l'ennemi , sortant par ses issues du sud-ouest.
On n'eut pas tout d'abord , il est vrai , à souffrir de cet inconvénient. Soit tactique, soit terreur, Ântioche demeurait ensevelie dans une tranquillité sépulcrale; pas un visage humain ne se montrait sur les fortifications. On l'eût dite abandonnée de tous ses habitants , et ce silence sinistre contrastait étrangement avec le vacarme qui présidait à l'installation des chrétiens.
L'inaction apparente des Turcs, qui redoublaient néanmoins de zèle et d'habileté dans leur organisation , inspira aux croisés une sécurité funeste. Les jours, les semaines se passèrent
1 Guillaume de Tyr, lîv. IV, ch. x, xii, xni.
2 Albert d'Aix, lit. III.
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