‹ Godefroi de BouillonChapitre 97 sur 141 · CHAPITRE X U · texte numérisé non relu

CHAPITRE X U

grandes herbes desséchées qui couvraient la plaine. Une épaisse fumée enveloppe aussitôt les chrétiens et les aveugle, sans arrêter leur élan. Ils poursuivent quand même leurs ennemis débandés I et les repoussent jusque sur le gros des forces turques, dont ils augmentent encore la confusion. De ce moment la victoire fut complète. Les fuyards essayèrent vainement de se rallier sur un tertre, derrière le lit d'un torrent. Les croisés les en délogèrent et les chassèrent devant eux, la lance dans les reins, l'espace de plus d'une lieue.

Le fier Kerbogha n'avait pas attendu la fin de l'action pour se mettre en sûreté. Dès qu'il avait vu les siens mollir et battre en retraite, il avait déserté l&chement le champ de bataille. Il courut ventre à terre jusqu'à l'Euphrate, le franchit dans une barque , et arrivé dans le Khoraçan il se crut à peine hors d'atteinte, u Ainsi, dit Guillaume de Tyr, un peuple pauvre et afTamé triompha avec l'aide de Dieu d'une immense multitude d'hommes vaillants, et, malgré toutes les probabilités, l'Étemel confondit en une seule bataille tout l'Orient soulevé contre ses serviteurs ^ >

Si l'on en croit quelques historiens, les pertes des infidèles s'élevèrent à cent mille hommes ! D^ côté des chrétiens on compta quatre mille morts.

Le camp de Kerbogha tomba tout entier aux mains du vainqueur. Il regorgeait d'or, d'étoffes précieuses, de chevaux, de bétail et d'approvisionnements de toutes sortes. Les quinze mille chameaux qui s'y trouvaient transportèrent, durant plusieurs journées, dans l'intérieur de la ville le reste du butin. La plus curieuse des dépouilles fut latente del'émir deMossoul. « Elle estoit faite, raconte un chroniqueur, en la forme d'une cité ; tours y avoit et créneaux de diverses couleurs, ouvrés de bonne soie. Du maître-palais mouvoient (rayonnaient) allées es autres tentes, faites comme rues en

1 GnUlaume de Tyr, 1. VI, ch. zxi.

une grande ville; plus de deux mille hommes eussent pu seoir dans la grande salle K i>

Le soir même de la défaite de Kerbogha , la citadelle d'Antiocbe capitula. Sa vaillante garnison avait tenu durant huit mois contre les chrétiens. On lui accorda la liberté de s'en aller en paix avec armes et bagages. Mais si grand était alors le prestige des guerriers occidentaux , que trois cents de ces musulmans , frappés des merveilles accomplies par les soldats de la croix y et peut-être aussi épouvantés à la pensée d'avoir à lutter encore contre de tels ennemis , demandèrent le baptême et embrassèrent la foi des vainqueurs.

Boémond prit alors, du consentement de ses collègues, le titre de prince d'Antioche. Le comte de Toulouse, seul, continua à lui disputer la souveraineté de la ville et retint obstinément, pendant plusieurs mois, comme sa part de conquête, la porte du Pont et les tours voisines qu'il avait eu à défendre pendant le second siège. Godefroi et les autres princes de la France septentrionale qui s'inspiraient ordinairement de sa conduite et de ses avis demeurèrent étrangers à cette querelle'. Dans cette circonstance ni dans aucune autre , le duc de Lorraine n'eût voulu manquer au serment qu'il avait fait à Alexis Gomnènedene pas usurper les anciens domaines de Tempire ; mais il laissait à Tempereur lui-même le soin de faire respecter, s'il le jugeait à propos, ses droits par le Sicilien.

On s* occupa en grande pompe de restaurer les églises d' Antioche, et de rétablir le culte de Jésus-Christ dans la vieille cité où il avait été inauguré. Ensuite les princes envoyèrent des messagers en Europe pour faire part de leur triomphe au pape et à l'empereur de Constantinople. Le message adressé à Alexis avait pour objet de lui rappeler ses engagements , et

1 VEstoire d'Eracles, liv. VI, ch. xxii.

2 Albert d»Aix, liv. V.

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