‹ Godefroi de BouillonChapitre 96 sur 141 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

y étaient accouras pour assister de loin au combat. Des pré-» très en aubes et en é tôles, des clercs en surplis , s'y tenaient aussi debout, en oraison, recommandant au Seigneur les champions de sa cause.

Une pluie fine et légère tomba alors d'un ciel longtemps embrasé : les combattants, pénétrés d'une vigueur nouvelle, crurent que c'était la gr&ce du Saint-Esprit qui se répandait sur eux sous une forme visible ^

Kerbogba, après la déroute de ses deux mille archers, né fit aucun autre efibrt pour empêcher la sortie. Il resta tranquillement à jouer aux échecs dans sa tente. Sur le rappôrl^ de transfuges, il croyait ses ennemis beaucoup moins nom-^ breux qu'ils n'étaient ; il les croyait surtout plus accablés par les privations , et incapables de supporter une lutte sérieuse en rase campagne. Il chargea le sultan de Jérusalem, Souk* man-ibn-Ortok, de les tourner du côté de la mer avec «ne forte troupe et de leur couper la retraite vers la ville , pen-^' dant que le gros des forces musulmanes les repousserait daniir la même direction. Il cherchait, dit une chnmique, à iei broyer entre deux meules ; mais cette illusion fut courte.

Ses coureurs vinrent lui annoncer que les bataillons cfaré^ tiens se succédaient sans cesse dans la plaine, et présentaient un aspect inquiétant. Les bannières des hauts barons, les pennons armoriés et les banderoles flottant aux lances des chevaliers, coupaient en lignes parallèles, jusqu'à une grande pro« fondeur, les masses sombres des gens de trait et des homineâ d'armes à pied. L'émir devint soucieux. Il monta^sur une colline pour embrasser le champ de bataille, fit amener quel* ques captifs chrétiens et leur demanda de qui étaient tous ces étendards. En entendant énumérer les vasselages de France , de Flandre, de Normandie, de Provence, de Lorraine et d'Italie, il fut saisi de crainte. Il ne s'était pas attendu à avoir

t Guillaume de Tyr, 1. VI, ch. xix.

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sur les bras des troupes à peu près aussi fortes que les siennes ; il n'était pas prêt. Il envoya alors ofifrir aux chefis le combat singulier d'un certain nombre de Turcs contre autant de chrétiens ; mais il n'était plus temps : son inquiétude ne faisait que redoubler l'ardeur et l'espoir des croisés. Ce fut à leur tour de rejeter ses propositions et de demander l'engagement général.

Un instant après, les deux armées se rencontraient à portée de flèche. Malgré le tir bien nourri des musulmans, les Francs s'élancent tète baissée contre leurs lignes et les enfoncent. Les trois premiers corps s'y engouffrent à la fois. Le légat y pénètre après eux, presque immédiatement suivi par Godefroi et ses Lorrains, et la mêlée commence. Les clameurs des soldats, le son des trompettes, le cliquetis des épées, le choc des masses d'armes, s'unissent dans un vacarme indescriptible. Les hommes se martèlent dans une lutte corps à corps* Godefroi paraissait partout au plus épais des escadrons ennemis, les fauchant de sa terrible épée ^ Au bout d'une heure à peine, les infidèles étaient en pleine déroute. Soudain un courrier vient prévenir le duc de Lor-* raine que le corps de réserve, confié à Boémond, se trouve dans le plus grand péril.

Soukman , renforcé par les sultans de Damas et d'Alep » avait accompli son mouvement tournant avec autant d'habileté que de promptitude ^ Il avait gagné la rive de l'Oronte et était tombé brusquement sur Boémond, au moment où tous les autres princes chrétiens étaient aux prises avec les troupes de Kerbogha. Il le tenait cerné et Taccablait de flèches, quand le duc et Tancrède arrivent au galop, à la tête d'une vaillante cavalerie. Le sultan ne peut soutenir leur choc ; il recule, mais, pour protéger sa retraite, il met le feu aux

1 Guillaume de Tyr, iiv. VI, ch. xix.

2 Albert d'Aix, iiv. IV.

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