‹ Godefroi de BouillonChapitre 99 sur 141 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

EXPLOITS DE GODEFROI DE BOUILLON EN STRIE. — lURGHE SUR JÉRUSALEM

Juillet 1098. — Juin 1099

Après quelques jours de repos à Antioche, le peuple de* manda à grands cris à reprendre sa route vers Jérusalem. Le moment, en effet, semblait favorable , et il fallait en profiter pour porter un coup décisif. « Les villes des Sarrasins , a écrit un des croisés» étaient si consternées^ que si les Francs fussent alors montés à cheval y pas une de ces villes , jusqu'à la cité de Jérusalem , n'eût osé lancer contre nous une seule pierre ^ > Après les désastres successifs de Eilidj-Arslan et de Kerbogha , la puissance des Seldjoukides était détruite ; ils n'avaient plus d'armées sur pied. De son côté , le calife du Caire n'avait pas encore eu le temps de ressaisir ses anciennes possessions de Syrie. La prudence conseillait de le devancer ; mais la discorde causée par les revendications intempestives du comte de Toulouse empêcha de prendre ce sage parti.

1 RAÎmond d'ilgilers.

i5S GODEPROI DE BOUILLON

L'oisiyeté à laquelle od condainDait les pèlerins dans Antioche leur fut plus funeste que la plus périlleuse campagne. Passant subitement de rextrème disette à une abondance mal réglée, la plupart s'étaient jetés sans précaution sur les approvisionnements du camp des Turcs. Bientôt une terrible épidémie» fruit de leur intempérance , se déclara et fit d'effroyables ravages. Elle sévit sans trêve pendant trois mois , et emporta plus de cinquante mille personnes des deux sexes. De ce nombre fut l'évèque du Pay, qui succomba nobfement, en prodiguant ses soins aux autres victimes du fléau (l""' août 1098). Sa haute sagesse, non moins que le titre de légat apostolique dont il était revêtu , avait fait de lui Toracle da conseil : il y servait de lien et y maintenait l'équilibre entre tous ces chefs de guerre, agités de tant de passions et d'intérêts opposés. Il personnifiait, en un mot, l'unité de la société chrétienne réunie pour une œuvre commune de prosélytisme. Lui venant à manquer, cette unité devait se dissoudre, et le reste de l'expédition n'ofirit plus que tiraillements et querelles entre les princes.

Celui qui était le plus propre à continuer Adhémar, c'était Godefroi de Bouillon. Pendant que les uns abandonnaient lâchement l'entreprise , que d'autres ne paraissaient préoccupés que de se tailler des fiefs en Asie, lui, presque seul, demeurait fidèle à l'esprit désintéressé de la croisade , et se montrait en même temps capable , par ses talents militaires, de la diriger avec succès. Néanmoins il n'eut pas assez d'autorité ou pas assez de prévoyance pour arracher l'armée aux influences pernicieuses du séjour d'Antioche. L'avis qui l'emporta au conseil fut d'ajourner le départ jusqu'à la Saint- Remi(l*' octobre).

En attendant cette époque , les seigneurs se répandirent dans les villes et les châteaux du voisinage et y vécurent en liesse, laissant périr les pauvres gens qui ne pouvaient s'éloigner du foyer de la contagion. Quant au duc de Lorraine, son

Page 1