‹ Goethe en AngleterreChapitre 12 sur 93 · FULL · texte numérisé non relu

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I love you! [ dote on that face so divine !

T'must, and will have you, and force makes you mine. — My father! my father! Oh! hold me now fast!

He pulls mel he hurts, and will have ime at last.

(4) La version de Waller Scott se tioure dans les éditions ordinaires de ses Œuvres poetiques. Aussi me Suis-je borné à reproduire ici celle de : M. G. Lewis, moins connue ét moins aisée à consulter.

LES He HISTORIQUES ET LÉGENDAIRES " 35

, The father, he trembled! he doblel his speed! ie

0’er hills and through forests he spurr’d his black steed : But when he arrived at his own castle-door, | AeNAROODETE in the sweet baby” S bosom no more!» :

Élus. encore que les poésies lyriques, Re mérite ui retenir jei notre attention. Lewis a lu le drame de Gœthe pendant son séjour en Allemagne, au cours de l'hiver 1792-1793. IL écrit le - Moine un an après et dès le. premier chapitre surgissent des > figurestqui nous rappellent Faust. Entrons dans la cathédrale de Madrid à l'heure du prêche. Cette jeune fille à l'air modeste, dont le voile est baissé, cette innocente Antonia qui rougit aux — questions de Don Lorenzo et qui est d'avance une sacrifiée, une : victime, ne nous fait-elle pas songer à Marguerite sortant de l’église? Mais elle est accompagnée de Leonella, et Bon Chris-

toval accapare cette autre dame Martha pour faciliter l’entre-

tien de son ami. La señora Leonella sait donner, comme l’en-

- tremetteuse de Faust, des conseils de galanterie. Elle-même ne

se croit pas sans charmes, connaît la vie et ce qui « fait la diffé- £ rence entre l'homme et la femme ». Enfin ne s’imagine-t-elle pas avoir trouvé, en la personne de ce Don Christoval qui lui fait ironiquement la cour, un soupirant pour le présent et un . époux pour l’avenir? Ceci rappelle évidemment la promenade sentimentale de Martha et de Méphisto. Plus loin, l’ensorcelante . Matilda, le mauvais génie du moine Ambrosio, allume en - lui les feux de la nie. en lui montrant dans un miroir . magique la forme nue d’Antonia. Sans -doute la jeune bourgeoise prend l'aspect voluptueux et reposé d'une Vénus qui descend au bain, tandis que Marguerite apparaît à Faust endormie. Mais cette vision de Faust sera bientôt réalité pour Ambrosio. Si Méphisto conduit le docteur amoureux dans la chambre vide de Marguerite, la sorcière Matilda fait pénétrer le moine dans la retraite où sommeille Antonia, énervée par la nuit tiède. Comme dans Faust, la mère et la fille sont sacrifiées aux désirs du séducteur. Tandis que Marguerite empoisonne sa mère par mégarde, en lui donnant l’élixir de Méphisto, le moine, surpris par Elvira dans la chambre d’Antonia, étouffe sous les oreillers ce témoin inopportun. Enfin le diable apparaît une

36 * au rie 2ù ANGLETERRE

‘fois, chez 1e comme chez Gathes précédé d’un “hour invi-

sible et enveloppé d'ondes mélodieuses. Tel Méphisto, il fait, appel au chant des esprits infernaux. À la fin du roman, il y 8,

entre la créature et le Malin, un irrémédiable contrat signé *

avec du sang sur un mystérieux parchemin. Ici comme dans le:

premier Faust, la puissance diabolique est victorieuse. C’est ve

Lucifer seul qui a conduit de haut une pathétique destinée : le

moine et le docteur ont été ses jouets. C’est lui qui a mis en présence Valentin et Faust, c’est lui aussi qui a poussé Elvira

‘ dans la chambre de sa fille, et dans les deux cas, ce fut pour

‘amener un nouveau crime. Dans les deux œuvres, l’amoureuse

innocente est victime et le coupable est damné (1). + Celui qu’on appelle bientôt Monk Lewis s’est ainsi classé, en

4795, lé plus populaire écrivain de l'Angleterre, et plus d’un jeune rêveur, tourmenté par la Muse, envie à l'élégant secré-

‘taire d’ambassade sa rapide réputation. Walter Scott, alors âgé de vingt- quatre ans, fut sans doute un de ceux-là. Déjà

Mackenzie lui avait fait entrevoir les romantiques exploits de Gœtz de Berlichingen et la tragique aventure de Beaumarchais.

Le romantisme de Gæthe et de Schiller l’attirait : un cours d’al- ;

lemand, ouvert à Édimbourg en 4799, était suivi assidument par Scott, William Erskine et leurs amis. Si Erskine ne prétait pas plus que Scott une grande attention aux explications grammaticales du brave docteur Willich, s’il baïllait aux lectures qu’on faisait de Gessner, il sut en revanche orienter les études germaniques de son ami. Walter Scott risquait de s’enthousiasmer pour les extravagances de pensée et de forme qui se donnaient libre cours dans les mauvais drames du Sturm und Drang. Erskine modéra l’admiration de Scott et dirigea ses lectures. Nul doute qu'il ne l’ait aidé à mieux comprendre Gœthe. Les classes d'allemand reprirent l’année suivante (1793-1794) et

(1) Monk Lewis ne connaissait que le premier Faust, tel qu'il 1790 : Faust, ein Fragment. Il a subi également, à un de ee l'influence de Musæus, de Burger, de FOeEUe et de Veit Weber.

de

ta

2 d MOT que parurent, dans Ze Moine, les ballades du Roi des

aulnes et du Roi de la mer. En même temps, Walter Scott se révéla soudain, et pour la première fois, poète, par sa traduction de Lénore. Ses études allemandes, poursuivies en 1797,

bien l'allemand et avait vécu en Saxe, À cette époque, il traduisit

Fe ‘trois poèmes de Gœthe : la Complainte de la femme d'Asan Aga

De What yonder glimmers so white on the mountain? »), le chant du pillard dans Claudine de Villabella (Frederick et Alice) et de Roi des aulmes. I subit surtout l'attrait de la chevauchée romantique que d’autres versions de Lénore (1), en 1796,

venaient de rendre populaire et qui lui rappelaient aussi la tradition écossaise de Tam O° Shanter, ressuscitée par Burns. L'année suivante, Erskine rencontra Monk Lewis à Londres

æt lui parla de son ami. Lewis, qui cherchait des collaborateurs pour ses Tales of Wonder and Terror, fut frappé par le . Roi des aulmes de Scott. Il entra en relations avec lui et c’est à son re que. nous devons le Roi du feu et Frederick et Alice.

. Comme son devancier, Walter Scott a donné, dans son Roi des aulnes, une évocation plus précise, plus fantastique, mais ‘aussi moins naïve que celle de l'original. Chez Gœthe, la simplicité concise et tragique, la vague obscurité de la notation augmentent l'intensité des impressions de nature; chez Lewis et chez Scott qui lancent la chevauchée < à travers la forêt » ou pare monts et par vaux », tandis que les arbres s ’agitent et

dansent avec un bruit étrange, dans une nuit pluvieuse, il y à

plus un dessin littéraire qu’une émotion primitive. Scott se montre en général plus fidèle, plus peintre et plus poète que Lewis, dont le poème abonde en paraphrases; par contre, Lewis Connaissait l'Allemagne et poRar sourire de l’ignorance géo-

@) Mrs Barbauld avait déjà lu, en 4794, chez Dugald Stewart) devant Walter Scott, qui en avait été très frappé, la traduction de Lénore par William Taylor.

furent approuvées et secondées par sa cousine Mrs Hugh Scott

de Harden, la fille du comte Brühl, ancien ambassadeur saxon à la cour de Saint-James. Il fut sans doute aidé et conseillé - aussi par son fidèle ami Skene de Rubislaw qui connaissait très

graphique de Scott qui place, dans une note, la forêt Noire € en Thuringe. Le finale du poète écossais est simple et rapide :

« Sore tr enibled the father: he spurr’d through the \ wild Claspingto his bosom his shuddering child;

He-reaches his dwelling in doubt and in dread,

But-clasp' d to his bosom, the infant was dead. »

La modification « in doubt and in dread » introduit, avant le dénouement, une note mystérieuse et redoutable que ne renfermait pe l'allemand « in Müh und Not ». :

Fhederich: et Alice, qui est une longue et libre imitation de la “ballade : Der untreue Knabe, reprend encore un motif de che-. vauchée. Walter Scott transforme le garnement de Gœthe en un soldat ambitieux et inconstant :

« Joying in his prancing steed … Keen to prove his’‘untried blade, 2 Hope’s gay dreams the soldier lead - Over mountain, moor and glade (4). » h

La coïncidence exacte, mathématique, qui le fait mourir à la même minute que l’abandonnée, la répétition lugubre des heures : accentuent l'impression d’une pitoyable fatalité :

« Hark! for now a solemn knell (2) Four times on the still night broke Four times, at its deaden’d swell Echoes from the ruins spoke. »

La description du banquet des morts est beaucoup plus détaillée que chez Gœthe. Autre finale d’un romantisme lugubre qui, tel un glas de danse macabre, met en mouvement les trépassés! Les convives, me dans l'original, ici s’agitent et parlent.

(2): Ravi de son fringant palefroi Brülant de mettre à l’épreuve sa lame neuve, Le soldat se laisse mener par les rêves joyeux de l'espoir À travers monts, landes et vaux.

(2) Silence, car voici qu un glas solennel Quatre fois interrompit là nuit calme. Ex Quatre fois sa vibration sourde Fit jaillir l’écho du fond des ruines.

« Coffins for the seats extend ();

A with black the board was de Girt by parent, brother, friend,

- Long silence number” d with the end

Alice, in her grave- “clothes bound @),

: Ghastly smiling, points a seat; EE, AIl arose, with thundering sound ; - es AIl the expected rRnueE greet.

£ rs High their meagre arms they wave (3), 0 Wild their notes of welcome swell; « Welcome, traitor, to the Loi \ « Perjured, bid the light farewell.

- Tout ceci. déadte assez l'influence ta qui relut et modifia le poème avant de le publier en 1801 dans les Tales se - Wonder.

‘Il y ajouta sa libre traduction du Phoèur de Gœthe. Le jeune homme, que l’ondine entraîne pour toujours dans les profondeurs du fleuve, lui rappelle peut-être le héros de la vieille ballade écossaise, Clerk Covil, qui tomba dans les pièges d’une

-perfide fille de la mer (4). En tout cas, il retrouve dans la poésie gœæthéenne l’éternelle lutte entre la nature dévorante et la pauvre humanité. Conime dans le Roi des aulnes, comme dans la légende danoise le Roi de l’eau (The Water-King) qu'il connaissait aussi, une tragique fatalité s’enveloppe d’apparences | séduisantes, et dans l’obscur au delà des brumes ou des eaux disparaissent les victimes. Le tempérament romanesque de Lewis aime cette atmosphère à la fois attirante et terrible; il se . (1) Les cercueils comme sièges s'offrent,

: Tout de noir la table est tendue. j

Parents l’encerclent, amis et frères, ” à Parmi les morts longtemps comptés.

Te (2) Vêtue de son linceul. Alice Avec un sourire lugubre montre un siège, Tous se dressent, roulement de tonnerre, . Pour Saluer l'étranger attendu.

(3) Ils agitent haut leurs maigres bras, Leur-rumeur de bienvenue s’enfle tumultueuse, « Sois le bienvenu, traître, dans la tombe, Dis adieu au jour, parjure. à jamais ! »

(&) Notes de Lewis dans le Moïne, éd. Gibbins (1906), IFF, 44-

En

plonge : a Aie dans les abimes bleus | pour y suivre un roi

de la mer qui emporte au galop sa fiancée vers de chimériques RCE palais, ou la nymphe qui, de ses bras ponte” sue et cas entraîne Je DER dans la mort glacée.

DE LR UT The water nehes, the water swelled, Art LUE Pre fisherman sat nigh;

With wishful glance the. flood beheld !

And longed the wave to try.

To him she said, to him she sung

The river s guileful queen :

Half in he fell, half in he sprung And never more Was seen. »

ou ‘à Walter Scott, il à. été, lui aussi, ne a la bal-

. lade germanique et il garde le souvenir du Roi des aulnes. En

1799, il fait paraître son Roi du feu, ses traductions de Bürger : et de Gæthe dans son Apology for tales of terror, publiée à douze

exemplaires par James Ballantyne. L'année suivante, il enrôle

au service de Monk Lewis le poète écossais John Leyden, et ce nouveau collaborateur enrichit le thème légendaire d’une nouvelle variation : le Roi des elfes. Plus tard encore, dans le Lai du dernier ménestrel (4804), Scott se rappellera la troublante mythologie du Rhin et évoquera au cours du poème « l'esprit du . fleuve » et « l'esprit de la montaëne ». Ken

L’auteur d’Ivanhoë raconta un jour à Allan Cunningham l'émotion qu’il ressentit lorsque Monk Lewis l’invita, pour la première fois, à diner avec lui. Cette entrevue eut en effet son importance. Non seulement Lewis.s’adjoignit Scott comme collaborateur, mais il l’encouragea dans sa traduction de Gætz de Berlichingen et il lui trouva un éditeur. Il se chargea du manuscrit et l’offrit au libraire Bell pour vingt-cinq guinées. Le drame allemand n'eut, nous l’avons vu, aucun succès, mais sil n ’attira à son traducteur aucune célébrité, il lui révéla sa voie : le roman historique. Gæœthe éveilla l'enthousiasme de Walter Scott

A) Je moyen “eee Il lui montra, le premier, comment on

out exploiter cette mine de trésors cachés, et c’est à à lui que revient ainsi l'honneur d’avoir, indirectement, provoqué le mouvement romantique anglais. Selon le mot de Carlyle, Gœtz de Berlichingen est une semence qui tomba dans la bonne TR | terre, et cette semence ést devenue‘un grand arbre oo: a orour les nations de ses fruits. RS

Walter Scott doit à Gœthe non eine cette orientation.

1 générale, mais encore de nombreux « motifs » qui reviennent,

‘au cours .de sa carrière, attester le souvenir vivace de Gœtz.

Déjà dans son drame de jeunesse : {4 Maison d'Aspen (4800), il décrit la vie aventureuse des combats et l’existence domestique des chevaliers allemands. Le baron Roderic d’Aspen, « le vieux. Roderic à la main de fer », doit rester dans son château, par. suite d’une chute de cheval, 7” se laisser soigner par les femmes.

Comme Adélaïde, son épouse Isabelle est condamnée par la Sainte-Vehme pour avoir empoisonné son PRÉAISE mari. Comme

dans Gaz, la séance du Tribunal secret-s’ouvre par la procla-

mation menaçanté du président : « Membres de l’invisible Tribunal qui jugez en;secret et vengez en secret, ainsi que la Divi-

- nité, vos cœurs sont-ils purs de toute malice et vos mains pures :

de, sang ? Élevez vos voix et dites avec moi : « ‘Malheur, « malheur aux criminels. »

Le Lai du dernier ménestrel (1805) accueille çà et là des ré-

miniscences de Gætz. Le chevalier Deloraine ne peut prendre part à la bataille, et force lui est de rester inactif à cause

de ses blessures. A la tête des défenseurs du château se tient

la châtelaine, une figure grave et noble qui rappelle Élisabeth.

Son fils ressemble au petit Georges; il s’occupe de chevaux et

d’armures, il joue avec les épées, et il est le favori des vieux

soudards qui lui prédisent la gloire des armes. Et la fille de

Deloraine est, ainsi que Maria, éprise de l’ennemi;-elle se déclare prête, telle la sœur de Gœtz, à tendre la main à l’assiégeant, pour réconcilier les partis et inaugurer une ère d’amitié.

Plus tard, en 1808, l’infidèle Marmion qui se meurt à Flodden, hanté par le spectre de l’abandonnée, rappelle à la fois Weïslingen et Selbitz. Il délire, soigné par Claire, une seconde Maria,

de LES THÈMES HISTORIQUES Br LÉGENDAIRES Se

PE

etil assiste encore au triomphe de son parti, il io monter, comme sPPLDIPE à sur le champ de bataille, le long cri de victoire : :

« The war, that for a space did fail = Now trebly thundering swell’d the gale, And «Stanley » was the y; A light on Marmion’s visage > spread And fired his glazing eye; re With dying hand, above his head He shook the fragment of his blade And shouted « Victory! »

DE EI ES lutte, un instant affaiblie, Décuplée, maintenant tonne, enflée par de prises Et le cri élait « Stanley ».

Une lumière se répandit sur le visage de Marmion Et alluma l'éclat figé de ses yeux;

D'une main mourante, par-dessus sa {ête,

Il agita le tronçon de son épée

Et cria : « Victoire! »

: Quant à l'assaut du château du Front-de-Bœuf, dans Zvanhoë

(1820), il est directement inspiré de la bataille, au troisième acte de Gœtz de Berlichingen. Rébecca, appuyée à une fenêtre, . décrit à. Ivanhoë blessé les progrès de l'attaque, et reprend le rôle du valet d’armes qui, épiant la lutte du haut de la tour, répond aux questions de Selbitz. Sans doute, Walter Scott est aussi attiré par d’autres héros gœthéens. Son Waverley est un parent de Werther. Peu adapté à la carrière choisie. lancé dans l'action avec un tempérament de rêveur, il a l’idéalisme du poète, la susceptibilité de l'imaginatif, la mélancolie du solitaire. Son fastueux Leicester, qui, en arrivant chez la douce Amy Robsart, laisse tomber son manteau et paraît en costume de cour, avec la Toison d’or, n’est qu’un Egmont moins noble en face d’une Claire moins naïve. Gæthe lui-même avait noté, au cours des Entretiens avec Eckermann, l’analogie des deux . scènes et il appréciait cet emprunt de Keni/worth. Par contre,

à propos de Fenella dans Peveril of the peak, il blâmait le romancier anglais d’avoir maladroitement transformé sa Mignon. Annot Lyle, l'enfant trouvée de la Légende de Montrose, rappelle encore, par son nostalgique amour pour Menteith, la

ur 2 LES THÈMES HISTORIQUES. ET LÉGENDAIRES É 43

petite danseuse de Wilhelm: Meister. Ho Dis fort que ces. réminiscences, le souvenir de Gætz de Berlichingen accompagne Walter Scott j jusqu’ au bout de sa carrière. Dans Anne de Geierslein, le marchand Philipson, suspecté d’avoir médit du Tribunal secret, est descendu, par une obscure machinerie, dans les | caveaux où vont l’examiner, à la lueur des Re les juges

ce masqués de la Sainte-Vehme. ARS \

C’est ainsi que Gaz de Berlichingen participe, avec la ballade de Gœthe, à la formation du romantisme. La légende populaire et l’histoire médiévale retrouvent un regain de faveur. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : ce qui intéresse Walter Scott, ce n’est pas l’histoire de la rébellion, c’est l’histoire tout court. Entre le moyen âge — qui est le passé, la tradition — et la . Révolution française, il n’hésite pas. S'il a l’esprit romantique,

il n’a pas l’esprit révolutionnaire, et le traducteur de Gætz à ‘ déjà les tendances conservatrices de celui qui sera plus tard le seigneur d’Abbotsford. À une époque sociale troublée, Walter

Scott évoque le bon vieux temps avec une secrète complai-

sance, et il préfère au choc des armes dans la rue la paisible ordonnance des panoplies et des armures. Seuls quelques rares . jeunes gens saluent en Gwtz une pièce révolutionnaire: En 1794,

Robert Southey écrit son drame Wa Tyler où il attaque les taxes de William Pitt, dont il devait bientôt admettre la -politique. 11 connaissait Gœtz de Berlichingen d’après l'édition française de Friedel et Bonneville et ce n’est pas par hasard qu'il choisit pour sujet la révolte populaire de 1381. Wat Tyler, qui combat pour « la liberté sacrée, inaliénable » et « les droits depuis longtemps oubliés », est un chef noble et humain. Comme Gœtz il est épris de justice et défend le pillage.

« Justice shall be our guide : let no man dure To plunder in the tumult... »

« La justice sera notre guide : qu'aucun homme ne souffre Le pillage dans le tumulte...»

Comme lui, il lutte contre un prince de l’Église (ici l’archevêque de Canterbury) et il succombe à la fin.

4 Hi (GŒTHE EN ANGLETERRE

En dehors des œuvres de Walter Scott, c’est lee ner

trace d’uneinfluence de Gætz. Les drames des jeunes romantiques

anglais : The Borderers de Wordsworth, Osorio de Coleridge . (4795 et 1797) s’inspirent davantage des Brigands de Schiller. Il n’est pas possible d'associer, comme en France, Gætz de Ber-

lichingen à une réforme dramatique : ‘il a simplement fourni des

‘ thèmes à Monk Lewis, à Walter Scott et probablement à

Southey. Avec Werther, le règne ‘de Gæthe sur le grand public

! est terminé. Son prestige. ne durera plus guère que parmi l'élite,

son génie aîtirera les natures exceptionnelles. Pour le moment,

si les dramaturges français, en quête de doctrines libératrices,

vont seulement s'initier au théâtre allemand, héritier des

hardiesses shakespeariennés, les Anglais FRAMeERe contre « l'invasion des barbares ».

Seul Thomas Lovell Beddoes, l'étrange lyrique, amoureux

de poésie nocturne, de fantômes et de tombeaux (4), le troublant et mélodieux sonneur des Glas (2), construira laborieu-

sement plus tard son extraordinaire Tragédie du fou (The Death’s Jest-book), HUREE de Gœtz de ne des Brigands

et d’Hamlet.

La scène de conspiration désinde en horreur funèbre la séance du Tribunal secret; les conjurés se réunissent à minuit dans le cloïtre de la cathédrale et la danse macabre, s’échappant des murailles, se répand autour d’eux. Et lorsque le duc de Münsterberg, Athulf, veut s’empoisonner après avoir tué

son frère, il Sue l’assemblée imposante des morts en termes

qui rappellent Frederick et Alice et le Postillon Kronos.

« Oh! you dead, come near, Why see L. you not yet? Come; crowd about me, , Under the arch of this triumphal hour Welcome me. » :

« O vous morts, approchez, Pourquoi vous vois-je pas encore? Venez, pressez-vous autour de moi, Sous l'arche de cette heure triomphale, Dites-moi la bienvenue. »

(1) The Ghosls Moonshine; The Phantom-Wooer; Dial Thoughts, etc. (2) Dirge: Dirge for Wolfram:; Threnody.

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Re. Fes ae pu The rte %# *.

… Pois le He l'hostilité à Gæthe reste DURE À propos

de la mauvaise traduction de Hermann et Dorothée par Holcroft

en 1801, la presse anglaise est si âpre qu ’elle provoque, du

ne fond de l’Allemagne, les protestations du jeune H. C. Robinson.

| William Taylor lui- même attaque violemment Faust, en 1810,

dans le Monthly Magazine. Comment le Gæthe, qui, en écrivant

Iphigénie et le. Tasse, s’est révélé le digne émule de Sophocle,

a-t-il donc pu produire un drame aussi misérable? Les absur-

dités, les obscénités de cette pièce extravagante sont si nom-°

breuses qu’on ne peut souhaiter la voir traduite.

- Ainsi le critique le plus autorisé en matière de littérature étrangère prononce contre Gæœthe l’ostracisme. Ne nous éton- nons pas. C’est un jugement auquel aurait souscrit, après lecture, tout Anglais de l'époque. Faust sera admiré en son temps par quelques révoltés, un Byron, un Shelley, mais il BUED à vaincre une longue et sourde résistance. Les mêmes préjugés s’acharnent contre l’œuvre et l’auteur, les grandes :

revues nouvelles seront hostiles à Gœthe, et la libérale Revue d'Édimbourg attaquera, dans ses fameux'articles de 1813, 1816 et 1817, le vaniteux conteur de Poésie et Vérité et du Voyage en

Italie, cet homme suffisant et prolixe qui nous assomme de

détails insignifiants (significatifs pour lui seul) et qui, tel un parvenu de la littérature, « porte toujours à sa boutonnière ses lettres de noblesse »! De plus en plus, c’est à l’homme qu’on

- en veut, à cet auteur qu’on ne connaît pas, mais qui est, dit-on,

pétri d'orgueil et qui mène une vie scandaleuse. Il est temps de suivre maintenant en Allemagne les voyageurs anglais curieux de voir « le baron Gœthe», ce qui reste avant tout « le célèbre auteur de Werther ».

Re f CHAPITRE IV

|, LE CONSEILLER DE GOETHE ET LES ANGLAIS A WEIMAR Ke ; Ro

RENE es érede Monk Lewis et William Taylor. Les voyageurs ordi- | Ft naires; pas d'enquête’ littéraire; curieux de passage ou habitués. — La colonie anglaise de Weimar et le « Geheimrat » au début du siècle.

Mellish, Lawrence, les Gore, H. C. Robinson, Osborne, Sir Brooke

.Boothby. les Hare-Naylor. — Les récits des voyageurs après 1815.

Lockhart, J. Russell, Gillies, Granville, les deux Mürray. Les étudiants

anglais et le jeune Thackeray. Gœthe, conseiller de Weimar, devient . l’auteur du Faust. $

< Before the door of his study was marked ia mosaic : Sazve. > (H. C. Ro- Fe BINSON, Diary, éd. 1872, 1, p. 59.)

/-! Au commencement du dix-neuvième siècle, les voyageurs anglais négligent un peu la France : la Révolution les a effrayés, le Consulat ne les rassure pas, et la police napoléonienne va bientôt les surveiller de près. Aussi se hasardent-ils de préférence en Allemagne.

Quelques écrivains isolés y avaient déjà séjourné. A l’âge de dix-sept ans, William Taylor y était allé en 1781, pour apprendre l’allemand et s'initier au commerce international. Il avait passé un an à Detmold, chez le pasteur Rœderer, et celuici lui avait donné une lettre d'introduction pour Gœæthe Le jeune homme n’osa s’en servir. Son ami n’avait-il pas oublié sur l’adresse le titre de « Geheimer Rath » ?

Matthew Grego:y Lewis avait eu plus de courage et de décision. Lé 27 juillet 1792, il était arrivé à à Weimar, la bourse bien garnie et des projets plein la tête. Le duc était à ‘Coblence, le petite ville lui parut ennuyeuse et délaissée. N'importe, il avait pris immédiatement des leçons d’allemand et trois jours

SARA ds AN CUE CONSEILLER DE GOETHE GTA

après, il Ducs avoir vu | Gœthe. « Parmi les dub personnes

auxquelles j'ai été présenté, écrivait-il à sa mère, je note. M. de Gœthe, le fameux auteur de Werther, en sorte que vous

ne vous étonnerez pas: si je me suicide un de ces beaux jours. »

1l avait profité de son séjour pour étudier aux sources mêmes

la bonne littérature du temps, mais tout le génie d’un Gœthe ne - parvint pas à lui faire oublier les manières frustes de. la pate

cour. Sil ya selon lui « trop d'Excellences à Berlin », il n’y à pas assez de raffinement à Weimar. Après les services, les cou-

teaux et les fourchettes ne sont jamais changés, même à la - table ducale, et Les dames Do sur le parquet « de la manière

la plus dégoûtante. »

Enfin, en 1798, Wordsworth et Golétdeel dans à Hambourg, étaient allés voir Klopstock. Ils avaient été très déçus.

=. Ce vieillard décrépit aux jambes enflées, à la perruque mal poudrée, était-il le père de la poésie allemande ? Pourtant ses

- jugements firent i impression sur eux et Coleridge les retint dans ses Satyrane’s Letters. Klopstock plaça Wieland au-dessus de ‘ Gœthe dont il n’aimait pas les drames, et trouva Schiller extravagant. Cette opinion du patriarche influença peut-être nos

voyageurs, car Wordsworth alla se terrer dans le-Harz et

Coleridge préféra l’université de Gættingue à la cité des Muses. D’ailleurs ne nous trompons pas : les Anglais qui, dans la

suite, viennent à Weimar, n'ont pas tous l’importance littéraire ou la curiosité désintéressée de ces devanciers. Ils n’ont ni la

pénétration ni l'influence d’une baronne de Staël et d'un Benjamin Constant. Ils pérégrinent, comme tant de leurs compatriotes, moins pour se cultiver véritablément que pour « avoir été là » où « avoir vu ceci »; et ils n’ont pas tous l’intention (ni le talent) de révéler à leur pays les découvertes qu'ils

peuvent faire. Certains sont des étudiants ou des diplomates,

d’autres des officiers ou même des marchands qui s’en vont à la foire de Leipzig et qui placent le « business » au-dessus des belles-lettres. Tous d’ailleurs sont d’abord plus ou moins désappointés. L’Anglais a le sens très net et très sûr des réalités matérielles. Il est habitué à un solide confort, et Weimar apparaît au Londonien un gros village peu civilisé. Il ne comprend

TUE EME Gore EN ANGLETERRE

pas d'autre part : ce: de pompeuse étiquette et de “il Je

gaire sans-gêne, de culture littéraire et de bourgeoise simplicité. Ces Allemands, dont l'esprit s’est affiné au contact d’un

Gæœthe, sont restés soldats où paysans dans leurs manières et | leur vie privée. Ils n’ont pas l’élégante correction de leurs visi-

. teurs britanniques, ets ils sont GEAUSGANE, ils pe sont pas toujours € gentlemen LEE Ki 3 Or, l'Anglais peut rester indifférent s sur le terrain des lettres ; :

il ne l’est jamais quand il s’agit d’usages et de savoir-vivre. IL attache plus d'importance à à l’éducation d’un homme qu’à la

culture de son esprit. Aussi, à à part quelques exceptions, la

société qu’il observe à Weimar, avec une curiosité mélée de

Me dédain, l’absorbe plus que la littérature. Rien d’étonnant si

Gœthe l'intéresse, non poses comme purs mais comme homme.

‘ En même temps que le voyageur de passage, Weimar attire

des amis plus fidèles. L'institut du Belvédère qu’avait fondé

l'ancien constituant Mounier, précepteur de lord Hawke,

devient une pépinière de jeunes Anglais. C’est là origine de

la colonie britannique, si appréciée de Gœæthe. Comme en témoignent ses Conversations avec Eckermann et les nombreux

portraits de ses visiteurs par Schmeller, le poète préfère les Anglais aux autres étrangers. Ils ne sont pas mécontents,

toujours en quête d’expédients, comme bien des émigrés, ils sont indépendants, satisfaits, réservés, mais cordiaux. À la cour, on les traite en gentilshommes, et maint aristocrate rural prend évidemment, auprès de ces citadins distingués, des leçons de maintien et de bienséance. Malheureusement, ces « habitués » sont peu intéressants au point de vue littéraire! On peut les passer en revue. Exception faite pour Henry Crabb Robinson, ils restent isolés en oi inconnus en Angleterre.

Charles Mellish vécut à Weimar de 1795 à 1802. C’était un

homme cultivé et d’une grande érudition. 11 était rebelle à la

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