‹ Goethe en AngleterreChapitre 45 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

: \ x L'INFLUENCE DE GOETHE SUR LA PENSÉE DE CARLYLE

Sartor resartus. — La métaphysique de Carlyle, compromis inconscient entre l’idéalisme de Fichte et le panthéisme naturaliste de Gæthe; les deux notions principales, l’idée divine du monde, luniversel devenir. — La religion de Carlyle. Optimisme gœthéen et calvinisme puritain. Passé et Présent. — La morale; la leçon d’ascétisme et l’évangile de l’action. — La conception de l’histoire (la distinction gæthéenne entre Îles époques positives et les époques négatives. le Culte des héros, l'abandon de Gœæthe). — L'interprétation morale dans la critique. — Conclusion : la transformation de Gœthe dans l'esprit de Carlyle.

« And knowest thou no prophet, even in the vesture, environment and dialect of this age? None to whom the Godlike - had revealed itself, through all the meanest and highest forms of the Common... I know him and name him, Gœthe, >

(Sanrtor resartus. The Edimburgh Edition, p, 475.)

Après avoir suivi Carlyle pas à pas dans ses études allemandes, après avoir indiqué chaque fois ses acquisitions nou- velles, il nous reste à nous demander quelles sont les grandes idées qu’il a découvertes (ou qu'il a cru découvrir) en Gœthe. Il n’est pas nécessaire de revenir ici sur l'influence psychologique de Gœthe, nous avons vu ailleurs le rôle que joua sa pensée dans là formation profonde, dans la « conversion morale » de Carlyle. Et il ne s’agit pas davantage de résumer les résultats déjà fixés. Il faut regarder sans doute vers le passé, mais surtout scruter l’avenir. |

Sans oublier les Essais, les travaux de critique littéraire qui donnent aux Années d'apprentissage leur rythme particulier, leur allure impatiente et pourtant soumise encore, abordons main-

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tenant dos années d’apostolat personnel, gardons le souvenir, Pécho des prédications 8 gœthéennes, mais cherchons à retrouver la voix de Gœthe dans les nouvelles affirmations. Il faut exa- miner, de ce point de vue, la métaphysique de Carlyle, sa religion, Sa morale, sa conception de l’histoire et de la critique.

Sartor resartus (1736), son autobiographie fumeuse et tour-.

. mentée, est un évangile de pensée et d'action, et c’est là que se

dégagent le plus nettement, sous l'incohérence de l’exposé, les

. obligations intellectuelles- de Carlyle. Ajoutons encore à l’essai

‘intitulé : Caractéristiques, le Culte des Heros (1840) et Passé et APM ésent “ns

- La métaphysique de Carlyle et sa conception de l’histoire

sont inséparables : au premier abord, elles semblent se ratta-

cher uniquement aux doctrines de Kant et de Fichte. « Ce vaste décor du temps et de l’espace dont Kant avait montré l’irréalité, dit M. Cazamian, la présence cachée de l’émanation divine vint

- le soutenir dans l’abîme vide et sans cesse le renouveler ; le monde sensible, tout pénétré d’un rayonnement surnaturel, prit

une valeur d’emblème; en formules toujours changeantes, les

. âges de l'humanité s’efforcèrent d'interpréter le sens caché des

choses, et les grands hommes, prêtres, penseurs, écrivains,

eurent pour tâche de leur expliquer ce mystère. » Tout Carlyle

est là, et c’est précisément aussi la doctrine de Fichte (1), telle qu’elle apparaît résumée dans l'essai sur l’État de la littérature allemande. Dès lors où est apport de Gœthe ? La métaphysique de Carlyle repose sur deux conceptions germaniques : le panthéisme idéaliste et la théorie de l’universel devenir. Gœthe aida Carlyle à imaginer la première, il lui en fournit l'expression, la forme. Il lui apporta d’autre part la confirmation de la seconde, il lui en montra l’application dans les sciences et dans la poésie.

« Il n’y a pas d’espace ni de temps, dit Teufelsdrôckh, au se ; pitre VII de Sartor resartus : «le Monde débarrassé de ses vête-

() Daber die Bestimmung des Gelehrten (1794). Den das Wesen des ne RU

ments. » Nous sommes, nous ne savons quoi, des étincelles de

lumière flottant dans l’éther de la Déité. De sorte que ce monde

qui semble si solide, après tout ne serait qu’une image aérienne, - que notre Moi serait la seule réalité, et que la nature, avec sa

multiforme production et destruction, ne serait que le réflexe de

notre force intérieure, « la fantaisie de notre rêve » ou ce que VEsprit de la Terre dans Faust appelle la robe vivante et visible de

la Divinité :

cn ton tates im PhtenStU en Wall'ich auf und ab, ï 2 Webe hin und her!

seburt und Grab, Ein ewiges Meer, x Ein. wechselnd Weben, :

Ein glühend Leben, So schañff’ich am sausenden Webstuhl der Fe Und vwirke der Gottheit lebendiges Kleid. »

« c. Dans les flots de [a vie, dans l’orage de l'action, 1 Je monte et je descends, Je flotte ici et là, Naissance et tombeau, | ; Mer éternelle, na 2 N Tissu changeant, Vie ardente, Ainsi je travaille sur le bruyant métier du Temps Et tisse le manteau vivant de la Divinité. »

Fichte avait parlé de « l'idée divine du Monde », de la réalité

suprême qui vit au fond des apparences. Mais qu’était-ce pour.

Carlyle, sinon une abstraction ? Il réclame autre chose. Gæœthe déroule devant lui la grande vision attendue, Kant avait, dit : le Moi organise le monde, il le fait rentrer dans ses catégories, dans les cadres illusoires du Temps et de l'Espace. Fichte va plus loin et dit : le Moi, en s’affirmant, se limite et crée le monde. Il n’y a qu’une souveraineté absolue en nous et au dehors de nous, celle de l'esprit. Et c’est bien là aussi l’affirmation de Carlyle : l’homme n’est pas un rouage sans âme dans le mécanismé de la nécessité, il est l'expression même de l’idée divine, le miroir qui la reflète, l’activité qui l’affirme; son esprit forme de la pensée éternelle, participe à son auguste

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Huile Il n’y a en nous comme au fond des choses qu’une réalité : celle de TIdée. Et cette idée, cette raison, cette loi des

kantiens, c’est pour Carlyle le Dieu de Gœthe, l’activité vivante sous le tissu éternel et mouvant des phénomènes. Son panthéisme idéaliste s’exprime dans la merveilleuse image du Faust et cette image devient le symbole fondamental de Sartor sesartus. Carlyle ne peut admettre « le dieu absent, assis pares-

seusement depuis le dernier Sabbat, à l'extérieur de l’univers

et le regardant aller ». Il sé souvient des vers de Gœthe dans

son recueil : Dieu et Monde :

« Que serait un Dieu qui donnerait PARA l'impulsion du dehors, qui ferait tourner l’univers en cercle autour de son doigt? Il lui sied de mouvoir le monde de l’intérieur, de porter la nature en lui, de résider lui-même dans la nature, si bien

que cê qui vit et opère et existe en lui n’est jamais dépourvu

de sa force, de son esprit. » Pour Carlyle aussi la matière est la

manifestation de l’idée. La chose visible, qu’est-elle donc, sinon. un habit, un vêtement de l’Invisible, un emblème. Le langage,

la poésie, les arts, l’Église ne sont que des symboles, « la société

- fait voile à travers l'infini, portée sur un vêtement comme sur . un manteau de Faust ». Gœæthe fournit à Carlyle l'expression,

l'image, infidèle d’ailleurs, de son panthéisme fichtéen. Il l'aide à formuler sa philosophie.

La nature n'est-elle pas pour le poète un empire harmonieux dé forces qui s'expriment sous des formes, sous des apparences

‘variées, une échelle infinie que gravissent et que descendent

éternellement, en portant les seaux d’or de la vie, les esprits mélodieux? Gœthe réconcilie dans une adoration panthéiste Pesprit et la matière. Mais, et c’est là qu’il se sépare de Fichte, il ne détruit pas la matière; elle n’est pas seulement une pure apparence, une illusion, elle est la vie même de la divinité.

Matière et pensée sont pour lui, comme pour Spinoza, deux.

aspects de l'Infini. L'esprit et la nature sont un seul et même …. Dieu, conçu sous deux formes différentes, ici dans l’unité de son essence intelligible, là dans la multiplicité de ses déterminations.

L'esprit n’est que la nature vue du côté des idées, la nature n’est que l’esprit vu du côté de la réalité. Elle n’est que le

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développement nécessaire de la vie divine, elle n est pas, comme la philosophie de Fichte, une illusion, une fiction jaillie du a M.

créée par lui, dès qu’il se « pose ». À

L'image gœæthéenne, dont Carlyle s'empare férieusemient, ne

correspond donc pas exactement à l’idée de Fichte : elle implique un Dieu-nature, un panthéisme où le monde ne s’éva-

nouit pas dans l'insoutenable lumière de l’esprit, mais au con-

traire subsiste à côté de l'esprit, l'exprime et le prolonge. Fichte développe ane. métaphysique strictement idéaliste qui

surgit du moi au lieu de descendre de la divinité. Gœthe,

comme Spinoza, replonge l'esprit humain dans le sein de la

substance dont la nee et la pensée ne sont que les attributs.

L'un découvre, eh même temps, au fond de lPesprit et des

choses, l’idée divine du monde, la réalité suprême, mais c’est

en déchirant, d’un geste irrité, le voile mensonger de la nature.

L'autre qui est un poète sent toute la beauté des apparences,

ne se résigne pas à n’y voir que des magnificences fallacieuses,

des sortilèges méprisables; la nature lui paraît sacrée, elle est l'expression, la manifestation même de Dieu ; et son panthéisme naturaliste, dilaté par une joie saine, par un grand amour de la

vie, ne se plie pas à l’idéalisme rigide des doctrines de Fichte.

Mais Carlyle n’est pas un métaphysicien : il ne se rend pas compte que, si la philosophie de Gæœthe est plus colorée, plus poétique que celle de Fichte, c’est précisément parce qu’elle embrasse en une indulgente effusion tous les royaumes de la

‘ matière, au lieu de s’isoler sur les cimes, sous le vent purifica-

teur de l’idée. IL voit tout simplement en Fichte et en Gœthe deux prophètes d’une même religion : leurs panthéismes si différents lui semblent deux formes, l’une abstraite, l’autre imaginative, de la même pensée, et c’est pourquoi son esprit, avide de symboles et assoiffé de certitudes, met l'expression gæœthéenne au service de la métaphysique idéaliste.

N’avoir pas fait cette distinction n’entraîne d’ailleurs aucune incohérence dans le reste de la doctrine. Quelle ‘que soit l’essence même de Dieu, qu’ik soit l’Idée victorieuse des apparences ou la vie profonde de la nature et de l'esprit, la pensée pure qui exclut la matière ou la substance spinoziste qui réconcilie

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en elle Fe és et la pensée, il se manifeste sans cesse à travers le monde, et c’est là l'important. Il s exprime, non seulement dans un riche et merveilleux univers, mais aussi dans l'humanité et les événements de l’histoire. Gœæthe l’admet aussi bien que Fichte, et c’est là l'essentiel de la philosophie de Car- lyle. Dieu dans la nature, däns l’homme et dans le tenfps, c’est

___le but de sa recherche passionnée. Lorsqu'il le découvrira, il

emploiera, pour le révéler, le langage poétique du voyant. Lui qui admire tant « l'intelligence emblématique » de Gœthe, sa tendance à douer « de forme, de vie, l'opinion, le sentiment qui Poccupent », en un mot, sa puissante faculté poétique, intuition lucide et Midio pittoresque, il écrit la symbolique philosophie des vêtements. « Son originalité philosophique, dit M. Cazamian, consiste dans la transposition imaginative, non dans la découverte des idées. [l'a pris mieux conscience de ce besoin et de ce don en ne chez Gœthe. »

Il trouva également dans l’œuvre de Gœthe, exprimé sous une forme précise, ce sentiment du devenir universel qui était au fond de toute la pensée allemande. De Herder il avait appris . les grands mouvements de l'humanité en marche; il connaissait le rythme métaphysique mis par Fichte à l’origine des choses,

et indirectement la dialectique de Hegel, son déroulement de

thèses et d’antithèses à travers le monde de la pensée et de -Phistoire. Gæœthe affirmait le progrès des formes et des êtres, la. transformation nécessaire des espèces vivantes et la métamorphose des plantes. Il savait que derrière les apparences changeantes subsistent les formes éternelles. Tantôt il insistait sur Pécoulement, la fluctuation incessante des choses, comme dans cette poésie de son recueil : Dieu et Monde. « Pour se retrouver. dans l'infini, l'individu s’évanouit volontiers. Il faut que tout être se meuve, qu’il glisse en créant, qu’il se forme d’abord, puis se transforme; s’il semble se reposer un moment, ce n’est. qu’une apparence. L’essence éternelle se meut sans cesse én toutes choses, car tout doit tomber dans le néant, s’il veut persévérer dans l’être. » Tantôt, comme au début de sa poésie : Testament, il affirme au contraire, en face de cette existence pas-

Cr

sagère, la durée du principe suprême, l’éternité de Pactivité

divine : « Aucun être ne peut tomber dans le néant, l'essence éternelle ne cesse de se mouvoir en tous, attachez-vous à lexis- de

tence avec bonheur. L'existence est éternelle, car des lois conservent les trésors vivants dont l'univers a fait sa parure. Gœthe anime l’abstraction spinoziste, il applique à la ue

l'idée du développement, il considère le monde, selon les expressions de Taine, « comme une échelle de formes et comme …

une suite d'états ayant en eux-mêmes la raison de leur succession et de leur être, enfermant dans leur nature la nécessité de leur caducité et de leur limitation, composant par leur ensemble. un tout indivisible qui, se suffisant à lui- même, épuisant tous les possibles et reliant toutes choses depuis le temps et l’espace jusqu’à la vie et la pensée, ressemble par son harmonie et sa magnificence à quelque Dieu tout-puissant et immortel (1) ». . Cette même idée, il l’applique à l’homme dont il décrivit dans Faust et dans Wilhelm Meister le développement moral, l’évolution à la fois individuelle et générale, et il la vérifia par ses

travaux scientifiques, ramenant tous les os du squelette à une

vertèbre unique, tous les Jr des plantes à un type primitif etidéal. ;

Carlyle reprit l'idée de l’universel Devenir, ‘et l’énigme du

- temps hanta sa pensée inquiète. Il eut l’effroi de l’éphémère,

l’hallucination des existences trop brèves, météores engloutis dans la nuit éternelle. Et pourtant il savait que les apparences doivent mourir, que les grandeurs et les événements du siècle n’ont de valeur que par la souveraine réalité de l’Idée, que les étoffes tissées par l’homme s'usent, se déchirent et tombent en poussière, que les croyances, les gouvernements, les Églises

sont emportées dans le grand tourbillon, le long de la spire

vertigineuse où se réalise en sens inverse l'éternel Devenir, l’ascension de la vie. En même temps qu’il concevait ce changement incessant, il savait que de ce passé, toujours quelque chose subsiste, II le dit dans ses Caractéristiques en termes qui rappellent ceux de Gœthe :« Le vrai passé ne passe pas. Rien

(1) Histoire de la littérature anglaise, v, 213-4,

L'INFLUENCE DE GOTHE A TERRE CE de ce qui avait une valeur dans le passé ne res Ni vérité ni bien réalisés par l’homme ne périssent, ne peuvent périr, mais = . tout est toujours là, et reconnu ou non, vitet agit à travers des AE 2 changements sans fin. Si toutes les choses, pour parler le jargon allemand, sont discernées par nous et existent pour nous dans un élément de temps, par conséquent de mort et de muta- --bilité, le temps lui-même repose sur l'Éternité; ce qui est vraiment grand et ‘transcendental a sa base et substance dans TVÉternité, nous est révélé comme Éternité sous le vêtement du temps. . et le présent est la somme vivante du passé tout

- “entier. » Tout se meut et se meurt, mais au fond rien ne change.

L'univers peut rouler dans l’éther sous la pluie des étoiles défuntes, et toujours à l’horizon jailliront des étoiles nouvelles. . La philosophie du perpétuel écoulement est souvent assombrie par la terreur de l'inconnu et du mystère où s’engouffrent les êtres, et Carlyle n’a pas échappé à ce sentiment d’angoisse. Mais elle est aussi la philosophie du Devenir, de la réalisation divine, et chaque fois que Carlyle, à l’exemple de Gœthe, l’a ‘conçue sous cette forme, il a triomphé comme lui du pes- simisme en regardant l'avenir. « Devant nous est le temps sans bornes avec ses continents et ses eldorados encore incréés et inconquis, que nous avons, oui, nous-mêmes, à conquérir et à créer, et du fond de l’Éternité luisent pour nous guider de célestes’ étoiles. » Et Carlyle cite ces vers du Divan : « Comme mon héritage est magnifique et vaste! Le sie est mon héritage; mon champ, c’est le temps (4). »

Le panthéisme de Carlyle n’est pas une croyance onde c’est une attitude philosophique. Concevoir Dieu comme lactivité interne ou l’Idée profonde du monde, la nature comme son expression visible, son manteau vivant, l’homme comme son reflet, sa révélation, c’est là une philosophie qui attire et retient Es Carlyle, qui satisfait à la fois sa raison et sa sensibilité, ses revendications intellectuelles et ses exigences mystiques.

Pourtant ce n’est qu’une philosophie et nous savons le mépris de Carlyle pour l'idéologie. Sans doute l'intuition est pos-

(4) Jubil. Ausg., V, p. 55.

sible pour les héros, la raison transcendante peut franchir les

bornes qui limitent l’entendement, mais Phumanité tout entière a

aura-t-elle, comme un Gœthe ou un Fichte, la révélation directe de Dieu? Non, la métaphysique est insuffisante : elle n° a qu'une valeur négative. Elle a tué l’ironie sceptique et anéanti le matérialisme, elle rend possible l'avènement de la croyance. Là où la philosophie s'arrête commence la religion. Carlyle n’est panthéiste qu’à demi : son âpre besoin de soutien moral, de discipline, l’entraîne à chaque instant, des hauteurs où il bâtissait

orgueilleusement son temple, vers l’église coréenne de la :N3 >

plaine où avaient prié ses ancêtres. Gœthe écrivait à Jacobi en 4843 : « Je ne puis, avec les multiples besoins de mon être, me contenter d’une seule façon de penser. Comme artiste et comme poète, je suis polythéiste; panthéiste au contraire en tant que naturaliste. Ma personnalité d'homme moral exige-

t-elle un Dieu? Je donne encore satisfaction à ce nouveau

besoin. » Carlyle obéit au même instinct profond. La philoso- phie ne lui suffit plus : il ouvre la Bible. Mais là encore il n’ou- … blie pas Gœthe; si paradoxal que cela puisse sembler, son christianisme s’appuie plus d’une fois sur l’autorité du poète.

Dans son essai sur Voltaire, Carlyle apprécie la valeur du christianisme. Il est sûr, dit-il, de ne pas risquer une assertion . nouvelle, mais « de reporter simplement ce qui est déjà la conviction du plus Grand de notre époque », en affirmant que la religion chrétienne ne pourra plus passer, qu’elle durera à travers tous les temps sous une forme ou autre, qu’il-est écrit, dans le cœur de l’homme comme dans l’Écriture : « Les portes | de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Si cette foi s’obscurcit dans la mémoire des hommes, sous la nuit des passions et des illusions, elle « trouvera toujours, dans re âme pure, dans chaque Sage, un nouveau missionnaire, jusqu’ à ce que le grand livre de l’histoire universelle soit fermé, jusqu’à ce que les destinées de l’homme soient accomplies sur cette terre ». Carlyle ne fait que développer ici un passage du Divan dans

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