AUTOUR DU PAUL
' inauvais. » Sa portée philosophique est done tout autre que celle de Méphisto. L'un est l'Esprit du mal, l’autre PEsprit du
réel, et du. réel tout entier; l’un est celui qui nie, l'autre serait
. plutôt celui qui affirme ; céder à Méphisto, c’est brûler les
étapes de la vie, céder à VEsprit, C est les conquérir ; d’un côté, il s’agit de connaître, de jouir, de rêver; de l’autre. il faut : agir. e
- Mais si la valeur symbolique est dre son attitude est la
même. Comme Méphisto, il est tour à tour cynique, éloquent, ironique, il accompagne partout le héros du poème, il sait inter-
venir au bon moment. Il s’est échappé de l'Allemagne médiévale pour s ’aventurer dans la Venise moderne, il à perdu en route sa personnalité, aiguë, sa figure s’est estompée, mais il a conservé Sa virtuosité, ses ressources, sa force persuasive et tentatrice.
Au début, Dipsychus est, ainsi que Faust, le tableau du scepti-
cisme et du découragement. Tandis que le docteur est sauvé de da mort par le chant d’allégresse : « Christ est ressuscité », Dip-
sychus reste attristé par les vulgaires réjouissances de Pâques
en Italie. N’a-t-il pas vu à Naples, pendant là Semaine Sainte, le peuple abandonné aux plaisirs les plus bas? Et maintenant
encore, à Venise, son hymne de ‘désespoir lui revient à F esprit : « Christ i is not risen. » Non, pour aboutir à ces parodies, le
Christ ne s’est pas élevé du lombeau. La légende s’est trompée.
Aux couplets du chœur angélique : « Christ ist erstanden », répondici le vers sacrilège de Dipsychus : « Christ is not risen! » - C’est naturellement, pour l’Esprit qui guette, le moment
favorable. Il parle au nom du sens commun (et pour Dipsychus
Je sens commun est le péché) : « La vie se justifie par elle-même. » Pourquoi rattacher cette joie du Grand-Canal, plein de gondoles et fleuri d’oriflammes, au gibet de Palestine et au sépulcre vide? Mais Dipsychus ne peut encore se soumettre. Contre le téntateur, il iplore la nature purifiante :
\ « Glaires étoiles là-haut, toi, ciel rosé du couchant, Accueillez mon être dans le vôtre... baignez mon cerveau Dans votre essentielle pureté... »
Prière qui pourrait être d'inspiration gæthéenne et qui se termine comme l’invocation de Faust à l’Esprit-de la terre :
« Grand Dieu, | pourquoi donc: ai-je un jour, ne ft-ce qu’ Fe Ha bref moment, parlé à ce Bélial abject ? »
Mais, dès la scène suivante, l'Esprit a retrouvé son empire, et ï ue . emmène Dipsychus « dans la bonne société ». Les expériences et.
lés réflexions s ’accumulent. Après l'épisode de Vamour, voici l'épisode de honneur; l'Esprit voudrait Re au bo Dipsy- %
chus offensé par un Croate.
La seconde partie du poème n ’offre plus aucune ressemblance avec Faust. L'Esprit se contente de faire une allusion à Gœthe :
« Crois-moi, j'ai lu ton Sage allemand
Avec plus d'intention que u n’en eus jamais ; È = Dans sa page la plus sage, tu trouveras ceûi :
: Celui qui trompe Dieu, est nes trompé. »
Deux fois Dipsychus soupçonne son origine germanique et le nomme Méphistophélès.
La philosophie de Dipsychus est la philosophie de l’action. Le
. conflit qui s’y révèle est le conflit entre l'intellectualisme et ce
qu'on a appelé plus tard le pragmatisme. Grâce aux exhortations de l'Esprit, Dipsychus est peu à peu amené à s'adapter à la vie active. Déjà, dans son monologue de la place Saint- Mare, il abandonne le rêve : « L’action, c’est ce qu’il faut avoir, ceci est clair. » L'Esprit achève la conversion. Que Dipsychus voie enfin les choses telles qu’elles sont, qu’il ne cherche pas, en plein midi, l'étoile invisible.
« Aucune vague inspiration Ne prévaut contre le simple bon sens qui dit : « Soumets-toi, soumets-toi. ».
. Or, cette soumission et cette action, c’est bien ce que Carlyle prêchait aux hommes de son temps, choisissant comme texte la parole du Faust : « Entsagen sollst du? soll’st entsagen! » « Ce n’est pas à une abstraction, dit M. Guyot, qu'il nous faut nous soumettre, mais à une série de réalités complexes et nuancées qui s’offrent une à une... il n’y a pas d'action essentielle, c’est en détail, invisiblement, que nous devons céder. » La pensée de
Clough, c’est celle qu’exprimait Gœthe, lorsqu'il parlait de
cAurour Du » FAUST ca :
È nus À: jour, du devoir. le plus proche. L’ Esprit fait faire par Dipsychus « son second apprentissage »; il lui enseigne, en
É reprenant le terme dé Carlyle et de Gæthe, « la seconde révé-
rence ». Qu'il contemple la nature bien en face, qu ‘il prenne le Fe vie comme elle LR RAR RS ANT RES Ce GRR 2 2
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