‹ Goethe en AngleterreChapitre 66 sur 93 · AUTOUR DU « FAUST » FAR · texte numérisé non relu

AUTOUR DU « FAUST » FAR

+ out. -puissance. Lucifer le fait sacrer roi de toutes les nations, et c’est au milieu de son triomphe qu’arrive la fin du monde. Les peuples meurent. Seul et souverain, Festus attend la.

- mort. Alors, du fond de THadès, comme des nuages, les âmes

s’élèvent en foule pour venir au jugement dernier. Le fils de … - Dieu vient sauver tous les hommes, Festus est pardonné, le mal

M inhérent à à la création disparaît avec elle, Lucifer et les mauvais

anges rentrent dans le sein de Dieu; tous les êtres, sortis de f Punité suprême, sont absorbés dans sa plénitude solitaire, êt le

poème s’achève, comme il avait commencé, bien au-dessus d’une

Re . destinée humaine, par l'hymne des anges et l’extase de Dieu.

Bailey resta l’auteur de Festus : à vingt- trois ans, il se révé-

“hit un poète plein de promesses, à quatre-vingt-six ans, n'ayant

pas réalisé ces espérances, il vivait encore sur sa première

: renommée. On essaya de le ranger dans différents groupes litté-

raires. Pour le critique Robert Chambers, il formait avec

(4 Browning et Richard H. Horne, la trinité des poètes philoso-

phiques. D'autre part, les poètes qu’on a appelés les « spasmo- diques » et que W. E. Aytoun à tournés en ridicule dans son Firmilian, se réclamèrent de Bailey et prirent son Festus pour

. modèle. C’ est alors que parurent d'immenses poèmes semi-dra-

matiques, assez prétentieux et incohérents : /e Drame d’une vie, Alexandre Smith (1853); Balder, de Sydney Dobell te la Nuit et l'âme, de J. S. Bigg (1854).

AR. Saintsbury rapproche, non sans raison, A. H. Clough de l’école « spasmodique ». Dipsychus (1850) est un poème pure-.

ment philosophique, sans action, sans structure apparente.

Mais l’esprit de Clough est plus subtil, plus nuancé que celui de Bailey, et son œuvre est beaucoup moins touffue. I y a plus de richesse dans la pensée, moins de grandiloquence, de monotonie et de lourdeur dans l'expression. LÉ e Comme Paracelse, Dips ychus est l histoire d’une âme « double », divisée par l'éternel combat du doute et de la croyance, Hjillée entre le désir de rêver et la nécessité d’agir. Le personnage de

Méphistophélès est absent de Paracelse, mais le héros le Dore

en lui, la voix du tentateur monte toujours du fond de Ja cons— :: cience. Dans le poème de Clough, cette voix résonne au dehors,

Dipsychus sent toujours à côté de lui la présence de « l'Esprit » ne

Il l’écoute, il interpelle, il promène par le monde son impé-

rieux fantôme, il le reconnaît et l’appelle Méphistophélès. IL n’y a pas à se tromper sur ses origines. Cet « Esprit » vient du Faust. Il n’a pas le relief de Méphisto, il à une autre significa-

“tion, mais il joue le même rôle.

Clough connaissait les œuvres de Gœthe. Ttèue à Oxford, il était excellent linguiste et savait bien l’allemand. En 1839, il

avait lu les Essais de Carlyle, Werther, les Tables votives de

Schiller et de Gœthe. Dans ses lettres à sa sœur, il parle de leurs communes lectures allemandes, de Schiller, de Jean Paul, et son ami F. T. Palgrave lui offre en 4849 les Œuvres complètes de Gæthe. Pour celui qu’il “appelle « le grand Gœthe ». Clough partageait l'admiration de ses amis Carlyle, Emerson et Matthew Arnold, et il est tout naturel qu’il ait été frappé par Faust.

Son Dipsychus fut écrit pendant un court séjour à Venise Clough s'était déjà écarté de l’église officielle et il avait fui Oxford où les polémiques de Newman passionnaient les esprits. Il dirigeait alors cet University Hall de Londres dont H. C. Robin son fut l’un des fondateurs. M. E. Guyot a dégagé la pensée philosophique de Dipsychus, et il serait inopportun de refaire son analyse. Si Dipsychus représente, comme le dit Clough dans son épilogue, « la conscience tendre », avide de pureté, de clarté et de rêve, effrayée par la complexité, la totalité du réel et par les multiples compromis qu’'impose la vie, l'Esprit au contraire exprime la « force du monde » et la nécessité d’agir. « Pour Dipsychus, il est sans doute l'Esprit du mal, mais pour nous et pour Clough lui-même, il est quelque chose de plus. Il perçoit la vie à sa source, dans sa grandeur, dans sa richesse, dans sa puissance. Par rapport à la conscience, il est le tentateur, l'ennemi de la pensée, laquelle: veut rester libre de séparer, d'éliminer, de créer un monde à son tour, mais par rapport au monde concret, organique, il est

la volonté créatrice, le « cosmocrator ». Il englobe le bon et le

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