‹ Goethe en AngleterreChapitre 76 sur 93 · ER RARSLAIE DE CE · texte numérisé non relu

ER RARSLAIE DE CE

ie Donsée de Gœthe elle-même a été trop associée en Angleterre à l’influence germanique en général pour qu’elle n’ait pas subi, pendant et depuis la guerre, le discrédit qui s’est attaché à tout ce qui, est allemand. Que lAllemagne ait exercé un réel ascendant sur les milieux dirigeants du Royaume-Uni avant 1914, qu’elle ait multiplié ses plus actifs lieutenants dans le

monde de la finance, des affaires, de la politiqueet de l’Université, c’est là un fait connu de tout le monde, et c’est là aussi le secret d’une influence dont nous avions tout lieu de redouter les effets.

Mais cette Allemagne, animée de la volonté de puissance, dilatée par l’orgueil de son développement matériel, de sa force militaire,

Gœæthe l'aurait méprisée, et il serait absurde de le solidariser avec elle. Souhaitons qu’il ne se soit trouvé personne en Angle- . terre pour déplacer et reporter sur lui une part des responsabilités morales de la guerre. On ne gagne rien à ces confusions.

WATT lieu de condamner en bloc tout le passé, il serait plus réconfortant de rechercher ce qui, dans ce passé, peut nous faire mieux juger le présent et augurer d’un meilleur.avenir. C’est parce qu’elle a préféré au libéralisme de Weimar l'impérialisme de Berlin, c’est parte qu’elle a opté contre Gœthe et pour Bismarck que l’Allemagne est allée à la catastrophe. Et inversement

ÿn 5 ce qui peut, à l'avenir, la défendre Je: mieux contre elle-même, # la protéger de ses instincts de conquête et de revanche, c’est la

pensée deliberté, d’idéalisme et de tolérance que représente son

plus grand génie. Gœæthe est notre allié, non pas notre ennemi. De même, Ghesterton n’a peut-être pas tort de compter, parmi

les erreurs de l'Angleterre, l'accueil qu’elle fit aux idées alle-

mandes sur l'impérieuse injonction de Carlyle. Mais ce n’est pas

une raison pour accabler Carlyle de tousles crimes, comme cer-

tains Anglais l’ont fait pendant la guerre. ILs’est souvent trompé a

sur l’Allemagne, mais ce qui en elle. l'avait attiré avant tout, ne

in Poublions pas, c'était la noblesse de ses héros de la pensée, la grandeur morale d’un Gæthe et d’un Schiller. Lui qui dénonça

si âprement les contrefaçons de lhéroïsme, les charlatans et 1108 faux monnayeurs de l’idée, il se serait détourné des profes- seurs de mensonge et des mauvais pasteurs de 1914. La France,

qu ‘il avait crue sceptique et frivole, l’aurait émerveillé par le

grand acte de foi qu’elle répéta, pendant cinq ans, sur les champs de bataille de son territoire dévasté; et contre ceux qui répandaient sur ses plainés. du Nord l’horreur des ravages systématiques, le prophète déçu aurait pu se dresser, en leur opposant la belle parole: de Gæthe : « Ne rien gâter, ne rien détruire. »

Vu et approuvé : sh Strasbourg, 13 février 1920.

Le Doyen pe La FacuLTÉ Des LETTRES DE L'UNIVERSITÉ DE STRASBOURG,

Car. PFISTER. |

Vu et permis d'imprimer 2 Strasbourg, 16 février 1920.

Le RECTEUR D'ACADÉMIE, © PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'UNIVERSITÉ DE STRASBOURG,

S. CHARLETY.

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