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révolue, il sentait à la fois, et le vide de ses connaissances, et le néant de ses examinateurs. A l'existence qui s'ouvrait devant lui l'avait-on seulement préparé ? Il lui fallait comme Faust, retourner sur ses ^.as, recommencer à s'instruire en ayant désormais dans l'âme cette certitude que tout ce qu'il savait et pourrait savoir n'était qu'un ramas de formules vaines. Partout contradiction et désaccord; d'un côté, ses rapports de famille, sa position à ménager dans le monde de la bourgeoisie, ses principes d'éducation, ses vues de carrière et les intérêts pratiques, de l'autre, un profond sentiment d'abandon, l'isolement au sein des relations les plus diverses, l'impossibilité de se fixer dans un attachement et, mêlée à ce fiévreux désir de connaître, à cette indomptable curiosité, la conscience d'une frivolité coupable, d'un superficiel je ne sais quoi, au demeurant fort déshonnôte. Plus tard ce phénomène du double moi le troubla : il en avait avec les années pris son parti, mais on peut dire qu'aux jours de jeunesse et d'orages, la découverte eut ses surprises et même ses épouvantements. Contradiction et désaccord, c'étaient là prédispositions de nature. De même que le bien, le mal aussi régnait en lui et,
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les deux forces coexistant, il arrivait souvent que le mal prenait le dessus. La question terririble, suprême, se posait alors : le mal est-il quelque chose de positif ou n'y faut-il voir qu'un fantôme qui, s'efîaçant, disparaît au dernier règlement des comptes ? Gœthe le croyait ainsi mais on n'est jamais sûr de rien et, dans sa recherche de la vérité, il recourait à Spinoza. Nous savons que Gœthe ne se livra jamais sans réserve : âme qui vive ne le conquit ; au plus fort de la passion, il garde son sang-froid et se recueille. Pas un être qui définitivement le captive, pas un ouvrage dont il regrette de ne pas être l'auteur ; il a des insolations, rien ne lui dure. Herder, Lavater, Jacobi, enthousiasmes d'un moment d'apprentissage, crises bientôt surmontées. Les influences qui le gouvernent sont dans le passé. Homère, Shakespeare, Raphaël, Spinoza, voilà ses vraies attaches. Ces quatre hommes représentent pour lui les éléments générateurs de toute la culture moderne ; les principes de l'atmosphère intellectuelle où nous respirons, où nous pensons, où nous travaillons tous tant que nous sommes. Homère et Shakespeare sont les premiers en date, Spinozane vint queplustard, et d'ailleurs
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leur influence n'a pas besoin d'être expliquée, et nul parmi nous ne le conteste ; pour Spinoza plus en dehors de notre horizon, le cas est différent et nécessite quelque digression.
Porro unum est necessarium : la question religieuse est en somme une grosse affaire. Croyant ou non croyant, chacun la résout à sa manière, mais tout le monde y pense et les plus spectiques eux-mêmes sans en avoir l'air. C'est déjà lier commerce avec la foi que de nier. Sans toucher aux sujets irritants, sans parler ni de Farticle 7, ni des jésuites, ni des rapports de l'église avec l'état, ni de la critique des évangiles, on serait pourtant bien aise de savoir un peu à quoi s'en tenir sur ce qui se passe au-delà des choses de ce monde. Il y à là un point d'interrogation inéluctable ; vous avez beau vous détourner de la voie publique, prendre par la traverse, au bout des plus secrets sentiers, le poteau se dresse, et bon gré mal gré on y regarde pour s'orienter. Ceux qui sont morts reviennent-ils? Où et comment? Et cette nouvelle existence doit-aile être suivie de plusieurs autres, et du passé en avons-nous conscience? Éternel monologue d'Hamlet toujours repris €t que cette aimable M™' de Chevreuse variait
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si galamment quand elle écrivait à M^^^ de Lenclos : « Si on pouvait croire qu'en mourant on va causer avec tous ses amis en l'autre monde, il serait doux de le penser. » Répondre ; non, est très facile, mais ce non, sur quoi l'appuyer? Des raisons, nous en cherchons tous, chacun de nous s'informe où il le peut ; Gœthe s'adressait à Spinoza. Le mysticisme historique de Herder, pas plus que le prosélytisme évangélique de Lavater, ne répondait à ses besoins pratiques. L'exemple de sa vie entière nous enseigne combien peu il tenait compte des catéchismes ; deux convictions seulement l'animaient : il est un dieu, un dieu personnel ayant sa volonté, son plan dans l'histoire de l'humanité, et l'homme individuellement ne périt pas. Ces deux articles de foi sont admis par lui en principe, et pour ainsi dire emmurés au plus profond de son être. Des preuves, il n'a que faire d'en demander ni d'en fournir, mais, en dehors de cela, rien ne l'émeut. 11 écarte les détails, et toute théorie du surnaturel à laquelle ces deux idées ne suffisent point le laisse indifférent. En matière de théorie, ce qui le touche, c'est l'organisation morale du genre humain. Mais là, par exemple, il veut des arguments et vous en
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donne. Cette immense communauté que, grands et petits, nous formons tous, nous savons, nous sentons qu'elle n'est pas un simple eft'et du hasard et ne fonctionne point comme une mécanique, mais qu'une force active, intelligente vit en elle, la gouverne et la dirige vers un but. Ce but nous l'appelons le bien, le bon, le beau, et nous résumons dans le nom de Dieu cette idée suprême d'intelligence, d'impulsion, d'activités universelles. L'histoire vue de haut déroule sous nos yeux l'eftort des peuples pour accomplir cette loi et réaliser le grand dessein. Mais cette loi qui nous dit qu'elle existe ? Ce grand dessein comment le reconnaître? Poser de telles questions est plus facile que de les résoudre ; toujours faut-il déclarer que ceux-là ne sont point des hommes qui peuvent y rester étrangers toute leur vie : Gœthe plus que personne devait les agiter. Quelle philosophie n'a-t-il pas compulsée au cours de sa vaste carrière? Il avait erré longtemps de système en système et de philosophe en philosophe, quand le maître enfin se rencontra.
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Qu'était-ce maintenant que cet homme et que son livre, dont Gœthe a pu dire : a L'Éthique m'a captivé, absorbé ; ce que j'y ai lu, je l'ignore, mais je sais que le livre renferme des secrets qu'il m'a été bien profitable de connaître. » 11 s'appelait Baruch, ou, de son nom traduit en latin, Benedictus Spinoza. Amsterdam, en 1632, l'avait vu naître. Sa famille, ses origines étaient juives et portugaises. Chassée de Portugal par les inhumains traitements dont on poursuivait alors les juifs, toute une population d'expatriés avait un jour abordé la côte hollandaise, et cette colonie, se constituant, se multipliant au sein de la vie nationale des Provinces-Unies, y devint à la longue une sorte d'état dans l'état- Parcourez l'œuvre de Rembrandt, étudiez ses peintures et ses estampes, là se rassemble, grouille et trafique ce monde singulièrement rébarbatif et pittoresque. Vous les voyez dans leurs costumes caractéristiques représenter des personnages de l'Ancien-Testament : les hommes en bonnets de fourrure, en lourds caftans,
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les femmes empaquetées, enturbamiées de riches étoffes, de tissus massifs et chatoyants, affublées d'ornements bizarres. Ces patriarches, ces prophètes, ces apôtres sont des juifs de la colonie portugaise, tous, plus ou moins, rabbins et membres de cette synagogue, d'où l'irrégulier Spinoza, pour ses principes hétérodoxes, s'est fait bannir.
Il s'était mis à Fécole chez un médecin qui lui enseigna le latin et le grec, et dont la fille, pendant ce temps, le charmait et l'ensorcelait; dire qu'il y aura toujours des jeunes cœurs pour s'exposer au danger de ces leçons et de cee lectures en commun ! Encore la légende d'Héloïse et Abeilard, seulement la séduction ni le crime n'intervinrent cette fois. On s'aima, on se le dit, on se quitta ; des regards, des vœux échangés, puis des larmes : une simple élégie, mais douloureuse, et dont le souvenir fut cause que Spinoza ne songea plus jamais au mariage. Il était malheureux autant qu'on peut l'être, toutes les haines de la corporation s'acharnaient contre lui ; une tentative de meurtre. eut même lieu à Amsterdam, il y échappa ; néanmoins ne pas mourir sous le couteau d'un assassin ne suL lisait point : il fallait manger, avoir un gîte.
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Descartes, son maître, lui conseilla de prendre un métier pour vaquer librement à ses études ; il tailla des verres de lunettes, comme plus tard Rousseau copia de la musique. Cependant, à force de remuer la juiverie d'Amsterdam obtenait son bannissement. Il vécut alors à Leyde, à La Haye, très retiré, passant des semaines entières à la maison ; un de ses amis, — il en comptait beaucoup et des plus dévoués, — lui voulut prêter une forte somme, Spinoza s'y refusa. <( Vous avez un frère, lui dit-il, à qui cet argent doit aller de préférence. » Un autre offrit une pension de 500 écus, il se contenta d*en accepter 300; juste le nécessaire pour subsister, ayant fait abandon à sa sœur de ses droits sur l'héritage paternel. Heidelberg le voulait avoir pour professeur de philosophie, on l'assurait d'avance de toute liberté dans son enseignement ; il aima mieux s'en tenir à son existence indépendante de La Haye et continua d'y résider jusqu'à sa mort. Il avait environ quarantecinq ans, quand, à bout de force, miné par le travail et la phthisie, il rendit l'âme. L'œuvre capitale de Spinoza, VÉthiquc, est posthume. L'exposé de la doctrine de Descartes, qu'il publia de son vivant, a moins d'importance. Cette
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vie, que nous venons de résumer d'un trait, si remplie qu'elle fût de tribulations et de misères, réservait néanmoins à Spinoza maint avantage pour ses travaux. Condamné à l'isolement par les circonstances, sans liens de famille, sans attaches du côté de sa nation, il disposait en toute liberté de son génie. Aucune considération ne l'arrêtait ; il avait rompu avec la synagogue, et savait que nulle persécution ne l'atteindrait sur cette noble terre de Hollande, où l'on pouvait alors tout penseï", tout dire et tout imprimer. N'oublions pas que dans sa défection il avait conservé certains dons inaliénables qui particularisent la race juive, cette faculté de saisir dès l'abord le positif, d'examiner, de vérifier, de soupeser et de ne se point payer d'apparences.
Cet homme, ainsi préparé, tourne vers l'observation l'intense effort de son travail, froidement, d'un esprit exempt de préjugés et de passions il contemple en silence le milieu social qui l'enserre, voit son prochain, l'étudié ; et le livre où ces résultats seront consignés, l'auteur l'écrit en se proposant de ne le laisser publier qu'après sa mort. Les hommes devant être considérés comme faisant partie d'un grand tout,
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Spinoza nous donnera la théorie de leurs rapports entre eux : Ethica ordine mathematico demonstrata, autrement dit : la somme infinie de nos sentiments et des motifs qui les engendrent, réduite à l'état d'un certain nombre de simples formules. Aucune trace de personnalité, point d'arguments ni d'anecdotes, rien en dehors de la démonstration mathématique, rien qui vous prêche : Croyez ceci, faites-le, c'est le bien ; évitez cela, c'est le mal. Et la langue dans laquelle c'est écrit n'est même pas une langue ; l'auteur, pour plus d'exactitude, emploie le latin à l'usage des savants de ré[ oque et s'en sert comme d'une mécanique, n'adoptant que les mots et les tournures qui lui offrent le plus de garantie pour la parfaite intelligence du sens : l'impassible rigidité du terme dans la morte rigidité de la syntaxe! Rejetés d'avance en principe tout ressouvenir de lectures, toute phrase dont la construction et l'expression pourraient avoir un agrément quelconque ; et comme si ce n'était point assez pour ce livre de ne voir le jour qu'après la mort de l'auteur, il faudra de plus qu'il soit anonyme. « Le nom de l'auteur imprimé sur le titre d'un volume iiilluence toujours plus ou moins le lecteur. »
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Ainsi prononce Spinoza; or, cela même ne saurait être : « Tout le monde doit ignorer que ce livre est de moi, qu'on le tienna plutôt pour l'émanation spontanée du genre humain. » Étant acquis ce fait que les glaciers se déplacent, comment se meuvent-ils? De même pour riuimanité : le torrent s'épanche et s'écoule, où va le flot? Spinoza n'en veut qu'à ce problème et le résout par l'observation continue, approfondie des symptômes qu'il relève autour de lui et classe méthodiquement; il ne se fie qu'à ce qu'il voit, qu'à ce qu'il entend, l'histoire lui sert de peu, et son expérience poursuivie avec un absolu détachement d'idées personnelles et de préjugés nationaux, l'amène à cette conclusion qu'il n'y a de vrai, de positif que le bien, et que le mal ne saurait avoir de réalité, puisqu'il n'est que la négation du bien, et qu'une négation n'existe pas.
Ce livre, dont l'action générale n'est point à discuter, devait, à un moment donné, exercer une influence toute particulière sur l'esprit de Goethe, qui trouva dans cette solution la plus topique des réponses à ses troubles secrets en quête d'apaisement. N'est-ce pas le problème de sa propre existence que le poète de Faust
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cherche à résoudre avec l'aide du démon? Ces deux âmes dont parle Faust, Goethe les sent en lui, et cette double existence, objet d'une investigation perpétuelle, fait en même temps son épouvante, il se regarde au microscope, s'analyse et s'anatomise ; bizarre composé des éléments les plus disparates, l'aveugle et le voyant marchent en lui côte à côte ; ce qu'il écrit, roule à torrent sur le papier à son insu ; » il lui faut se relire pour s'en rendre compte, et ce n'est aussi qu'en retournant la tête qu'il a conscience des actes qu'il accomplit. Du reste, cette manière d'être appartiendrait peut-être autant à l'espèce qu'à l'individu. L'inspiration est un état plus ou moins pathologique, la rêverie est un îsomnambulisme ; un inspiré, un rêveur ne se connaîtpas, il vit le personnage de son roman ou de son drame, il secoue les préjugés, franchit les obstacles et n'obéit qu'à la passion, tout entier à ses jouissances, à ses vertiges : désordre et génie! Mais le propre de Goethe est d'avoir en soi une puissance d'objectivité, un sens critique qui sait réagir au moment voulu. Il a son démon socratique qui le chevauche, et après l'avoir lancé à fond de train, le rassemble et le ramène. Savoir jouir et savoir à temps renon-
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cer, briller la vie à grandes guides et se gouverner de façon que les résultats soient toujours sauvegardés et que l'expérience tourne à profit, ne renoncer ni au plaisir, ni au devoir, être à soi-même son critique., son médecin, son conseiller intime et son maître des cérémonies, tout cela froidement, sans hypocrisie et sans complaisance ; voilà l'homme. Deux êtres sont en lui : il est l'un ou l'autre, jamais les deux en même temps; jamais les cercles des deux systèmes ne roulent ensemble, le poète compose, le critique approuve ou rejette, l'enthousiasme et l'indifterence se font vis-à-vis ; il se donne et se prodigue avec la confiance aveugle et l'étourderie d'un enfant pour se ressaisir aussitôt et ne nous plus montrer que le philosophe revenu de toutes les expériences de l'existence. Et la métamorphose ne cesse pas : toujours de nouvelles rencontres et de nouvelles affections suivies d'inexorables ruptures quand l'heure de la critique sonnera. Quelle que soit l'expérience, le désappointement est au bout; Gœthe le surmonte, mais il ne vous le pardonne pas.
A cette double nature de Gœthe la philosophie de Spinoza devait convenir. D'ordinaire, quand nous adoptons un philosophe, nous ne
nous contentons pas de lui demander de nous expliquer ce qui concerne reutendement et la raison pure, nous voulons encore qu'il ait à nous servir tout un système du surnaturel, et que ce qu'il ne peut prouver il nous le fasse au moins accroire. Gœthe n'avait point de ces exigences compliquées et ne tenait nullement à recevoir d'une main étrangère les choses qui sont placées au-delà de notre portée. C'était une affinité de plus avec Spinoza, qui, lorsqu'il nous parle de Dieu, n'en raconte que ce que la raison humaine en peut savoir et laisse à la théologie le soin d'expliquer le reste. Le Dieu de Gœthe était aussi celui qu'on ressent et qui ne se prouve pas, etde même que pour Spinoza, la philosophie et la théologie étaient pour lui deux éléments non moins dissemblables que la terre et la mer : tandis que sur l'un vous marchez droit et de pied ferme, vous ne voj^agez sur l'autre qu'eu étant le jouet des flots et des vents. Les gens pour qui le philosophe commence là où justement il n'a plus rien à dire vous parleront, comme Chateaubriand, de l'athéisme de Spinoza. A ce compte, Gœthe aussi était un athée, en ce sens que sa croyance en Ddeu et en l'immortalité n'avaient ni ne vou-
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laient avoir rien de commun avec sa philosophie, étant chose absolument personnelle et qu'il ne discutait point (1). Païen peut-être, athée jamais, ni incroyant ! Son paganisme lui vient de Raphaël et de tout un ensemble d'idées sur l'antiquité et la renaissance, comme son athéisme lui vient de Spinoza.
1. Beethoven avait également cette religion. A lui comme à Goethe, V inexprimable., l'incréé se rjvélait sans qu'il fût besoin d'aucun médium. Il croyait en Dieu, l'aimait, l'adorait de toute la ferveur de sa grande âme solitaire, mais il entendait n'avoir avec son créateur que des rapports directs : le recueillement, l'élévation pure et simple ! Beethoven portait peut-être plus loin que Gœthe l'horreur du formalisme; il était incapable d'exécuter de sa main d'artiste, — même en n'y croyant pas, — une scène quelconque de mythologie chrétienne comme le prologue du premicrFrt?^^^ ou l'apothéose finale du second. La seule production vraiment médiocre de Beethoven est son oratorio du Mont des Oliviers; sa tnessee^i une oraison mentale à grand orchestre. Beethoven n'arrive à la conception de Dieu que par l'humanité, il lui faut comme ce Titan frapper du pied le sol terrestre pour pouvoir s'élancer vers le ciel. Que nous récitent, que nous chantent les Sonates, les symphonies? La lutte de l'àme avec les passions; que glorifien'-elles? Le triomphe de l'esprit sur la matière et rien autre chose. Quant au res'.e, à ce qui se passe en dehors de l'homme, il ne le connaît pas : nescio vos.
J'ai prononcé le mot d'affinité ; les rapports en effet s'établirent peu à peu. Un charme étrange, indéfini, émanait du livre ; à ces lectures d'abord vagues et sans objet déterminé, Goethe instinctivement revenait toujours. Qu'y cherchait-il ? lui-même n'eût point su le dire. C'est l'histoire d'Alighieri dans son commerce avec Virgile ; l'histoire de toutes nos rencontres avec un grand esprit fait pour nous dominer. Vous l'abordez par simple désir de connaître, et chemin faisant vous êtes captivé. Sur combien de nous Gœthe, à son tour, ne devait-il pas agir de la sorte ? Tel livre ouvert sans préméditation ne se borne pas à vous intéresser, il vous attache ; vous y trouvez réponse aux questions qui vous préoccupent, et vous voilà bientôt, l'auteur et vous, deux inséparables. Ainsi Gœthe découvrait dans Spinoza toute une théorie applicable à sa propre personne et d'où sortirait le dénoùment de Faust. Le problème de Faust en effet n'est pas autre que celui dont Gœthe cherchait la solution pour lui-même. Gœthe nous confesse des écarts d'imagination pendant lesquels il avait pu se sentir capable de commettre tous les crimes et « d'avoir tous les vices, excepté l'envie. » Faust est l'incarnation de ces trou-
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bles de son âme et aussi de l'apaisement qui, grâce à l'entremise de Spinoza et de sa doctrine, y devait mettre fin. Si Faust au dénoùment se réconcilie, c'est pour que la parole de Spinoza s'accomplisse et parce que le grand Hébreu a dit que le mal, n'étant que la négation du bien, se détache de nous comme une dépouille â l'heure de la mort et reste sur cette terre de misère, laissant l'âme remonter pure au sein de son créateur.
Mais cette figure de Faust, résultat suprême d'une vie livrée à toutes les tourmentes expérimentales, il fallait la trouver, l'inventer. Goethe en était là de ses ag.tations, et déjà l'idée du suicide le travaillait, lorsqu'il lui advint, à Strasbourg, de s'arrêter devant un théâtre de marionnettes où l'on représentait la vieille histoire populaire du docteur Faust. Ce fut le trait de lumière; la grossière ébauche allait servir de matériel aux visions du poète. Ces rêves, ces pensées, qui bourdonnaient confusément dans la nuit de son être, avaient découvert dé-
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sormais une issue vers la clarté du jour. Son passé, son présent et son avenir prennent à ses yeux la forme et la couleur d'une légende, et de ce spectacle enfantin se dégagent les scènes et les tableaux d'un grand drame, plein de vie et de symbolisme. Il voit les idées qui l'obsédaient le I)lus revêtir un corps et cesser d'être lui-même pour devenir je ne sais quelles anciennes figures de connaissance endormies dans une montagne enchantée et qu'un tremblement de terre éveillerait à l'existence. Double satisfactiondouble triomphe! Il se débarrasse des propres misères de son âme, passe à d'autres ce lourd fardeau des choses répréhensibles, des mauvais instincts qu'il ne pouvait ni dominer, ni secouer y et couronne son drame par un dénoùment conforme à sa croyance inébranlable, à son évangile de profession : l'homme se rachetant par l'action, tableau final et moralité suprême de la comédie ; ce qui prouve bien que cette œuvre, d'une exécution si lente, si laborieuse, si profondément creusée et fouillée dans tous les sens, le Faust de Gœthe, fut conçue tout d'une pièce : la deuxième partie en même temps que la première. La scène des anges honnissant Méphisto» étoufi'ant sous une pluie de rose ce pauvre dia-
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ble, impuissant à maintenir sa proie entre ses griffes, est contenue dans la scène du pacte ; les paroles que prononce le Seigneur dans le prologue donnent à pressentir la rédemption.
Inutile d'ajouter que, si la formation du personnage de Méphistophélès préoccupa Gœthe sa vie durant, la figure de Faust s'imposait encore à bien meilleur titre aux longs égards du maître. Rien, en somme, ne s'explique mieux que cet imperturbable attachement de Gœthe ; lui et Faust ne pouvaient ni ne voulaient se quitter, et c'était dans l'ordre que la publication fût toujours différée, l'œuvre ne devant être achevée qu'à la mort du poète. C'est un tort, quand on parle de Gœthe, de mettre Faust sur la même ligne que ses autres livres. Faust n'est ni un poème, ni un roman, ni un drame, c'est une autobiographie en action, et, qu'on me passe le terme, une sorte de capharnaûm que l'auteur s'est élu Lour domicile; il hante d'autres lieux fréquente d'autres compagnies, mais son vrai gîte est celui-là, il y revient toujours, il y vit au milieu de ses affections, de ses trésors de toute espèce. Faust est le principe élémentaire, il n'est idée, ni création de Gœthe qui n'en porte l'estampille: Werther, c'est Werther, plus Faust;
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Egmont de même, et ainsi de suite ; tout cela sans préoccupation d'artiste, sans rien de vou/w, et par l'unique fait de cette existence en partie double dont nous relevons ici le tableau et tandis que Faust traversera toutes les œuvres du poète, les imprégnant, pour ainsi dire, de son invisible présence, Faust, à son tour, vivra sous les auspices de Gœthe, son frère jumeau, partout présent, partout visible.
A ce drame de la vie humaine et du symbole, il fallait un paysage; Gœthe, pour le découvrir, n'eut pas besoin de faire beaucoup voyager son imagination : promener ses regards alentour suffisait ; il n'avait qu'à consulter ses souvenirs et se fier à ses plus proches impressions. Le pays de Faust et de Marguerite, n'était-ce pas l'atmosphère même qu'il respirait? A cet égard, le décor ne devait subir parla suite aucune modification, et le pittoresque reste aujourd'hui ce qu'il fut dès 1772. Francfort avec ses remparts, ses rues et ses ruelles tortueuses, ses coins et recoins que les métiers remplissaient de leurs bruits et de leurs odeurs, fournissait le local. Au temps de Gœthe, la vieille cité impériale subsistait encore dans tout l'enchevêtrement, le fouillis, l'original et le patriarcal de sa perspec-
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tive ; où s'étendent aujourd'hui des maisons superbes, où se pavanent ces magasins de luxe, ces hôtels privés et ces caravansérails de pacotille, se dressaient alors vers le ciel des habitations bizarrement alignées, des ruches construites en planches que trois ou quatre générations animaient à la fois : l'aïeul, ses fils et ses petits-enfants, travaillant, grouillant cote à côte et se tenant chaud ; d'étroites demeures fourmillant de monde, et des églises ; en haut, pardessus les toits et les cheminées, la clarté, la chaleur du soleil ; en bas, l'ombre et l'humidité en plein midi. Aussi, comme elles s'élançaient en flèches, ces maisons, comme elles pointaient par milliers ! L'espace lui manquant près du sol, cette architecture du moyen-âge, enfermée, comprimée dans un corset de murailles crénelées, imitait les arbres des forêts grimpant toujours sous peine d'étouffer : excelsicrf on ne respirait, on ne vivait qu'à ce prix. Personne mieux que Delacroix n'a rendu cet élancement d'une ville entière, attribué par les mystiques à des aspirations célestes, et qui n'était qu'un mouvement de conservation physique; on montait pour ne pas suffoquer. Chaque estampe de son illustration de Faust nous offre sur ce point
GŒTIIE ET BEETHOVEN
un modèle de caractéristique ; tout y est pousse à l'aigu, au suraigu, jusqu'aux figures, dont il semble que les conditions du milieu ambiant ait réglé la conformation quelque peu entortillée et grimaçante.
On reproche à cette Marguerite d'être laide ; c'est possible qu'elle ne réponde point à l'idéal de la renaissance italienne, mais quelle intensité de vie! Ces airs de visage, ce costume, ces gestes; interrogez Albert Durer, bien plus compétent ici que Raphaël et Léonard, il vous dira que c'est le pittoresque local pris sur le fait, et Gœthe aussi vous le dira (1). Sous cette che-
1. Peut-être ne nous saura-t-on point mauvais gré de citer à ce propos quelques lignes d'un de ces nombreux volumes qui se publient journellement en Allemagne et que nous avons dû naturellement consulter pour mettre cette étude au courant de la science, car il y a, c'est incontestable, toute une science qu'il n'est désormais point permis d'ignorer en parlant de Gœthe. On lit dans les Hotivenirs de Frédéric Forster qu'un soir qu'il visitait, à AVeimar, le vieux poète, il le trouva feuilletant les illustrations lithographiques d'Eugène Delacroix : — « Voulez-vous maintenant, lui dit Gœthe, après un moment de causerie sur le sujet, que nous comparions l'interprétation d'un Français avec celle d'un Allemand et, qui plus est, d'un Allemand de vieille roche? » Là-dessus, il se Ht
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vauchée fantastique de Faust et de Méphistophélès. sous cette course aux gibets, mettez la musique de Berlioz, vous aurez le dernier mot du romantisme. Est-il assez insolemment planté sur sa monture, ce diable ergoteur et sophisti-
apporterle recueil des dessins de Cornélius; nous plac^àmes en regard les unes des autres les diverses scènes représentées par les deux artistes, et Gœthe les ayant bien et dûment examinées : — « Je n'ai point ici de jugement à porter, reprit-il, car peut-être ne pourrais-je me défendre d'un mouvement de partialité pour l'homme éminent et correct qui m'a dédié son œuvre. Une simple remarque cependant ; ne semble-t-il pas que, dans quelques-unes de ces estampes, le Français se déguise en Allemand, tandis qu'à son tour l'Allemand afï'ecte le style et les manières d'un Français ? Voyons la première page où tous les deux ont pris la lâche d'illustrer la scène dans laquelle Faust oflre son bras à Marguerite sortant de l'église. Le Faust de Cornélius me représente beaucoup moins un Allemand, docteur en philosophie, qu'un Parisien du boulevard, tandis qu'au contraire je jurerais avoir rencontré le Faust de l'artiste français devant le Miinster de Strasbourg, au temps où Strasbourg appartenait à l'Allemagne. » Voilà de la critique judicieuse et qui rachèterait bien des péchés de goût que le Gœthe des derniers jours, on peu rabâcheur, un peu philister, se mettait sur la conscience comme quand il bénissait la prose de M. de Salvandy dans Alo7i:so, ou qu'il proclamait chef-d'œuvre le poème de Bouilly servant de texte aux Deux Jouniées.
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queur? Faust éperdu galope au secours de sa victime, et lui, pendant ce temps, disserte ; il épilogue, échange des sarcasmes avec les spectres, les pendus et les sorcières qui bordent la route.
Témérité bizarre des jugements humains I N'ai-je pas entendu de révérends critiques, des critiques dCart^ s'il vous plaît, raconter aux gens bénévoles que Delacroix ne savait pas dessiner, et leur en donner pour preuve cette estampe : <( Voyez ce Méphisto, s'écriaient-ils, quelle dégaine ! il n'est pas même en selle, et, posé de la sorte, un cavalier ne tiendrait pas une minute. » Bien pensé, profonds aristarques 1 Seulement^ que voulez-vous! le diable est le diable, et cette qualité le dispense de pratiquer l'équitation selon les règles de Pluvinel et du comte d'Aure. Deux voyageurs galopent par la campagne ; l'un est un être humain, l'autre un démon ; il fallait d'un coup de crayon marquer la différence, et ce que vous appelez une faute pourrait bien être un trait de génie. — Continuons d'esquisser le paysage : Quelques-unes de ces maisons avaient par derrière des petits jardins enclos de murs ; sur les places étaient des puits et des fontaines, où venait jaser le
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menu peuple des servantes, et par les lourdes portes fortifiées, la multitude, aux jours de soleil et de fête, se répandait à travers champs. Ce tableau, Gœtlie l'avait partout sous les yeux ; il le retrouvait à Francfort, à Strasbourg, à Leipzig, à Weimar même, où, devant la maison qu'il habitait, sur une place étroite et biscornue, dont l'aspect n'a du reste point changé, se voyait le puits obligé avec son rassemblement nocturne de caillettes et de commères.
Tel était le cadre indiqué dès l'origine ; à ce pittoresque populaire de la première heure vint plus tard se joindre tout un nouvel ensemble décoratif : les scènes à la cour de l'empereur dans la seconde partie, Tintermède classique et l'épilogue dans le ciel, qu'on serait d'abord tenté de prendre pour de simples appendices et qui se relient à la vie organique de l'œuvre, en ce sens qu'elles procuraient à Gœthe l'occasion d'exposer, de dramatiser ses idées sur l'art classique et sur la manière dont les maîtres de la renaissance ont compris l'antique et le symbolisme chrétien. Envisagé à ce point de vue tout moderne du spectacle, ce poème de Faust offrirait encore bien de l'inté-
rêt, et la chose est si vraie que c'est à qui désormais fouillera, pillera l'inépuisable répertoire de mise en scène. Peintres et musiciens, tous en veulent. Privilège acquis aux seuls chefs-d'œuvre de nous montrer des aspects sans cesse variés, ils vivent comme la nature, se renouvelant toujours, et le champ qui poussait du blé donnera demain des brassées de fleurs... Le croirait-on? ce Faust, aujourd'hui si répandu sur toutes les scènes et sous toutes les formes, ne parut pour la première fois au théâtre qu'en 1828, et fallait-il encore que ce fût en honneur du quatre-vingtième anniversaire du poète ! Autrement, on n'aurait point osé s'y risquer : le public n'avait jusqu'alors vu que l'idée, et si la pièce s'était jouée, ce n'avait guère été que dans les imaginations. Gœthe cependant prévoyait d'autres destinées : « Vous verrez, disait-il, qu'un Français se rencontrera pour dégager de là toute une grande pièce à spectacle. » Il ne se trompait pas et la chose existe ; cette œuvre qui devait, aux yeux de Gœthe, être à la fois un drame, un opéra, un ballet « une pièce à spectacle », dort à Berlin, enfouie quelque part dans un coffre dont la famille Moyerbeer tient la clé, et, comme ces
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princesses des comtes de fées, attend le moment où ceux qui la tiennent séquestrée lui permettront enfin de voir le jour.
Rousseau, que Gœthe admirait profondément, comme du reste il admirait tous nos grands écrivains du xviii*^ siècle, lui avait inculqué la religion du paysage, à ce point que jusqu'à ses derniers jours il vécut sous la dépendance des saisons, consultant l'état du ciel pour sa propre gouverne, tâtant le vent, interrogeant les nuages, le vol des oiseaux. Ce flair de la nature, si accentué dans Werther et dans les Affinités électives, lui venait de Rousseau, qui. le premier, avait eu l'idée de mettre l'homme en constante et directe communication avec les éléments et de faire sentir aux acteurs de son drame qu'il fait jour quand le soleil luit et nuit quand il se cache, et qu'il existe des saisons dont l'influence s'exerce en même temps sur les champs, les forêts, les eaux et sur le cœur de l'homme, choses généralement trop ignorées des écrivains de l'âge précédent.
Les romans de Rousseau sont pleins de ces descriptions où la nature s'anime, parle et se colore au gré du poète; Werther contient dans cet ordre de style des beautés incomparables, et s'il vous plaît d'être informé à fond, si vous êtes curieux de savoir tout ce que Goethe a retiré de cette longue pratique des écrits du philosophe de Genève, prenez le monologue de Faust dans la chambre de Marguerite, quand, seul et pour la première fois respirant l'atmosphère de la femme aimée, il soulève les rideaux du lit, passe en revue les meubles et goûte une félicité divine à s'imprégner, à se saturer des émanations virginales partout répandues ; puis, quand vous aurez lu. récité ces admirables vers, tournez-vous du côté de Rousseati, regardez Saint-Preux franchir le seuil de la chambre de Julie et recueillez, comparez vos irapressions ; c'est la même scène : < Me voici dans le sanctuaire de tout ce que mon cœur adore. Que ce mystérieux séjour est charmant! 0 Julie, il est plein de toi et la flamme de mes désirs s'y répand sur tous tes vestiges. Oui, tous mes sens sont enivrés à la fois ; je ne sais quel parfum, presque insensible, plus doux que la rose et plus léger que l'iris, s'exhale ici de
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toutes parts; j'y crois entendre le son flatteur de ta voix ; toutes les parties de ton habillement éparses présentent à mon ardente imagination celles de toi-même qu'elles récèlent ; cet heureux fichu contre lequel, une fois au moins, je n'aurai point à murmurer ; ce déshabillé élégant et simple, qui marque si bien le goût de celle qui le porte ; ces mules si mignonnes, qu'un pied souple remplit sans peine, empreintes délicieuses, que je vous baise mille fois... Julie! ma charmante Julie, je te vois, je te sens partout, je te respire avec l'air que tu as rj spire (1). »
A cette préoccupation des influences telluriques se joignait chez Gœthe un esprit de superstition qui se trahissait par toute sorte de manies, et dont une anecdote, transmise à nous jadis par le vieux chancelier de Millier, porte un bien singulier témoignage. On connaît la fameuse entrevue d'Erfurth et [ ar quelle parole mémorable elle débuta; l'empereur ne s'en était point tenu là, et gracieusement, il avait offert à Gœthe et son portrait en miniature et le brevet delà Légion d'honneur. Ce portrait,