‹ Goethe et BeethovenChapitre 4 sur 7 · Voyez la Revue du 15 mars · texte numérisé non relu

Voyez la Revue du 15 mars

2. Fatist, eine Tragodie von Gœthe y mit Einleitung und erlduter7iden'<Anmerkungen, von G. von Lœper; Berlin, 1879, Erster Theil, p. XLiv.

intéresser diversement chaque génération. Sur riliade, sur la Divine Comédie^ sur Hamlek qui se vantera jamais d'avoir dit le dernier mot? C'est le tonneau des Danaïdes ; nul ne remplit? on le sait, et d'autant plus on y retourne. Les récents écrits des deux Vischer (Kuno et Fré-» déric), des Julian Schmidt, les Leçons d'Herman Grimm, cette édition de M. de Lœper, quel renouveau pour la discussion, surtout si vous y ajoutez ces traductions sans nombre en portugais, en flamand, en hébreu (1), ces éditions successives toujours accompagnées de notes et d'arguments explicatifs, ces reproductions par. le théâtre, par les conférences, en un mot, tout cet ensemble de gloses, de recherches, d'élucubrations tant en prose qu'en vers, formant une littérature à part !

Qui nomme Gœthe, dit Faust : c'est l'œuvretype dont un reflet colore les autres créations plus ou moins pâlissantes, et qui, pareille à Moïse, traînant après soi le peuple juif dans la

1. Par le docteur Letteris (1864) et très réussie au dire des hébraïsans. Voir Lœper, p. xLiii de son Introduction.

LA GENÈSE D'^UN CHEF-d'œUVHE 49

M«r-Rouge, leur fera traverser à toutes Tocéan de Toubli. Faust et Méphistephélès ont désormais pour nous un sens pratique ; ces figures émancipées et de Fauteur qui les créa et dm pays qui les vit naître, se mêlent au mouvement cosmopolite et trouvent réplique à toutes les questions de notre siècle. C'est que les types façonnés de main d'homme ne se naturalisent qu'à ce prix ; il leur faut à la fois répondre aux conditions de l'idéal et satisfaire aux besoins du ménage, avoir l'universel et le particulier être hors de nous et chez nous. La fiction doit pouvoir supporter l'épreuve de la vie commune ; on se la représente intervenant dans nos affaires, s'immisçant dans nos controverses. Parmi ces êtres nés de l'imagination, Faust est le dernier en date ; aucun ne nous touche de plus près, et cependant que d'années écoulées depuis qu'il fut conçu et mis à terme ! Goethe, en composant son chef-d'œuvre, ignorait nos mœurs contemporaines, et les générations qui furent les premières à l'applaudir s'en doutaient encore moins ; rien de cela n'empêche que le personnage vive en pleine activité dans notre monde d'aujourd'hui ; serait-il né d'hier, qu'il ne s'y comporterait pas plus à l'aise. Nous

voyons aujourd'hui dans Faust bien des choses gue les générations d'il y a cinquante ans n'y ont point vues, et qui pourrait prédire ce que les générations à venir y découvriront à leur tour et quels nouveaux commentaires ne suscitera pas ce personnage lorsqu'après cinq ou six cents ans il sera parlé de lui comme nous parlons des héros d'Homère, lesquels vivent depuis trois mille ans ? Et comme il sera de tous les siècles, Faust est déjà de toutes les langues ; on le traduit et le retraduit à chaque heure : versions anglaises et françaises, italiennes et Scandinaves; on le met en peinture, en musique ; quelques-uns de ses proverbes sortent des entrailles même de l'humanité : « Elle n'est pas la première 1 « s'écrie Méphistophélès en ricanant de la chute de Marguerite, et le drame est plein de pareils mots, des scènes entières sont écrites ainsi dans le marbre ; la scène de la prison par exemple : du Shakespeare en style lapidaire. « Il semble queFaitô^ soit du domaine universel, et qu'il ait cessé d'appartenir à TAllemagne pour devenir l'héritage du genre humain (1). > Rien de plus vrai que cette asser-

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