‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 1 sur 270 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Boïleau raillait Carel de Sainte-Garde qui, pour héros d’un poème épique, avait choisi Childebrand: Je me suis demandé mainte fois, en travaillant au présent livre, si le choix dont Boileau s'égaie n'était pas, en réalité, très prudent et très sage. Il est difficile, en effet, au cours d’une étude qui comprend une partie assez considérable de l’œuvre de Gœthe, de ne pas éprouver une juste défiance de soi, et de ne pas envier la quiétude de ceux « qui pour héros vont choisir Childebrand ». Il est vrai que notre choix a, néanmoins, ses avantages. Parmi les essais antiquisants dont nous parlons ici, il n'en est aucun qui offre un intérêt purement théorique ou documentaire : ceux mêmes qui sont restés à l'état de fragment sont quelquefois, comme on l’a dit par exemple d'Elpénor, « d’admirables torses »; de là viennent aussi l'hésitation et le scrupule qu’on éprouve par moments à analyser ces œuvres qui sont profondément lyriques et personnelles sous leur forme dramatique. Socrate prenait en pitié ceux qui s’évertuaient à interpréter les beaux mythes : il plaignait leur « habileté grossière ». C’est un sentiment qu'on peut avoir à l'égard de soi-même, en traitant le pré-

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