‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 100 sur 270 · Eumén · texte numérisé non relu

Eumén

4. Eumén., 354 et suiv. Aussi leur fureur s’exerce-t-elle avec le plus d’acharnement sur l’homme qui a versé le sang dont il est issu. Le chœur des Zuménides semble mème, à un certain moment, restreindre ses attributions à celte seule catégorie de coupables : à Oreste qui lui demande pourquoi Clytemnestre n'a pas été poursuivie après son crime, le chœur répond : « Elle n'était pas du

de l’action coupable. Le crime d'Oreste peut être excusé, puisqu'il a été accompli comme une œuvre de justice etsous les menaces de Loxias; celui de Clytemnestre est beaucoup plus odieux, et cependant c'est. Oreste et non sa mère que poursuivent ‘les Furies. — En face de ces divinités inclémentes, Eschyle dresse les dieux nouveaux, qui sont justes et bienfaisants. La loi que Pallas et Loxias viennent accomplir en faveur d'Oreste est celle de Zeus sauveur’, qui à exaucé les prières d'Ixion, le premier homicide?. Désormais une justice d'institution divine empêchera les crimes de se perpétuer sans fin, et les motifs de toute action seront pesés. Ainsi conçu, le drame d'Eschyle ne peut nous représenter les déchirements de l’âme d'Oreste avant et après le meurtre de sa mère. Ces tourments du parricide, c’est dans les Choéphores qu'Eschyle nous les fait entrevoir. Bien qu'Oreste se sente poussé par tous les motifs qui rendent son crime inévitable (les ordres de Loxias, sa douleur filiale, l’indigence qui le presse, l’indignation de voir les vainqueurs de Troie obéir à deux femmes)”, bien qu’il ne veuille agir qu'en s’assurant l'aide des dieux, et qu'il n'arrête ses résolutions qu'après avoir reconnu dans le songe de Clytemnestre un dernier signe de la volonté divine, c'est avec un tout autre aspect que l’action s'offre à lui avant etau moment d’être accomplie. Il faut que Pylade lui rappelle les oracles de Loxias, et plus tard, quand l’acte est consommé, c’est à un besoin de justification que répond sa question : « A-t-elle, ou non, commis le meurtre‘? » S'il montre à tous le voile ensanglanté par Egisthe, c'est que les taches qui le souillent rendent manifeste la justice de sa vengeance, car une voix s'élève en lui qui déjà le trouble et l’accuse : tour à tour il s’applaudit même sang que l’homme qu'elle a tué » (605). Ce n’est pas ici le lieu de chercher à concilier les divers passages des Zuménides relatifs aux attributions des Erinnyes; aussi bien la question ne semble-t-elle pas comporter de solution satisfaisante. — Sur des doutes que nous avons émis à ce sujet, voir Revue des Etudes grecques, t. XII (juillet-décembre 1899), p. 505. 1. V. 754 et suiv.

3. Choéph., 299 et suiv. Ofkeux yap opv, dit-il d'Egisthe. 4. Ibid., 1010.

d'avoir vengé son père, et il gémit à la pensée de la souillure qu'il a contractée ‘. Mais les Erinnyes étant représentées par Eschyle comme des êtres réels en conflit avec des puissances opposées, la lutte qu’un poète moderne eût montrée dans l'âme d'Oreste se trouve, en quelque sorte, projetée hors de lui. Cette lutte ne doit pas être cherchée non plus dans l'Électre de Sophocle : Oreste n’est là qu'un personnage secondaire qui paraît au commencement pour combiner le plan de la vengeance, et à la fin pour l’exécuter. C'est un justicier qui accomplit l’ordre d'Apollon avec un calme impassible; il n'éprouve aucune hésitation, et Pylade n’a pas besoin de raffermir son courage. Après le parricide, il-ne ressent ni trouble ni repentir : il a assez de sang-froid pour tendre un piège à Egisthe, et ce piège, c’est le cadavre de Clytemnestre. Il n'est donc que le docile instrument de l'oracle de Delphes; aussi ne sera-t-il pas poursuivi par les Erinnyes : les derniers vers du drame ne laissent aucun doute à ce sujet*. Euripide, au contraire, nous montre un Oreste plus faible et plus humain. Il frappe Egisthe sans hésitation, mais il recule devant le parricide : tuer sa mère lui semble ‘un acte impossible, et il se refuse à croire que l’oracle d’Apollon le lui ait ordonné : un mauvais génie a sans doute emprunté la voix du dieu *; il se résout enfin à commettre l’action monstrueuse, mais c’est après la lutte la plus cruelle. Électre a conscience d'être seule responsable du crime‘, et le chœur aussi parle du malheur où elle a entraîné son frère malgré lui5. Les détails du meurtre, rappelés dans le Commos, nous peignent l'angoisse et la passivité d'Oreste. Euripide insiste donc sur l'horreur du crime, et nous montre chez Oreste la révolte de la conscience humaine contre une action impie ordonnée par les dieux; les Dioscures prononcent la même condamnation de l’oracle et jugent Oreste comme il se juge

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