Ibid
Jusqu'à quel point le mythe est-il aussi, dans l’Zphigénie allemande, ramené à une réalité humaine? Gœthe ne nous présente pas les Furies comme n'étant qu'une hallucination d'Oreste, il ne les détruit pas, comme Euripide, en les réduisant à n'être plus que des fantômes qui hantent un esprit malade : il sait trop ce qu'y perdrait son drame, et, en un certain sens, il dirait lui-même, avec Schiller : « Sans Furies, point d'Oreste ». Mais il se garde pourtant — avec raison — de faire paraître les Furies sur la scène. On sait que dans l'opéra de Glück l'effet saisissant du célèbre chœur vient des impressions suscitées par la musique, non de la présence des Déesses, et Mozart, dans son Don Juan, pour donner une impression de terreur plus profonde, a voulu que le chœur des Furies fût invisible . Gœthe ne garde, comme fait surnaturel, que l’accalmie des douleurs d'Oreste dans le bois sacré de la déesse”. Partout ailleurs ce qui est dit des Furies peut passer pour symbole, et le mal d’Oreste est moins l’effroi qu inspirent des êtres monstrueux, que le remords, la mélancolie, le désespoir de sentir qu'il porte partout avec lui la contagion de la tristesse, l'humiliation qu'il éprouve à comparer la vie de héros, jadis rêvée, avec la misérable destinée qui l’attendait. Selon la parole de Pylade, il remplit contre lui-même l'office des Furies”. Et, dans le récit que le malheureux fait à Iphigénie, la description des « antiques filles de la Nuït » s’efface en quelque sorte devant celle de leurs représentants symboliques, le Doute, le Remords, l’éternelle Contemplation du fait accompli“. Mais ce symbole des Furies est surtout magnifiquement exprimé quand Oreste, guéri par sa sœur, sent que ses tourments l'abandonnent : « Les Euménides, je l’entends, retournent au Tartare, et poussent derrière elles les portes d’airain qui font au loin retentir un bruit de tonnerre” ». Sans doute nous ne