V. 1258 et suiv
forme concrète de l'idée qu’il se fait de la mort, des espérances qu'il met en elle. On pourrait donc ne voir dans les détails du monologue qu'une logique subjective et non objective : la vision de .ses pères évoque chez Oreste Île souvenir de son grand aïeul, et il se rappelle avec tristesse que les tourments du héros sont éternels : « les dieux les ont rivés à sa poitrine avec des chaines d’airain' ». Peut-on dire qu'Oreste ‘ait ici comme une vision du pardon divin, puisqu'on le voit, à la IIT° scène, appeler Iphigénie, Electre et même Pylade au refuge de la mort, et puisque Iphigénie doit implorer la divinité « pour qu'il ne s’agite plus dans les ténèbres du délire? » ? 3
Telle est la solution qui nous avait d'abord paru la vraie, et cette impression vient sans doute de ce que Gœæthe, tout en mettant dans la vision d'Oreste un symptôme de guérison prochaine, a strictement observé la logique de la situation et du personnage. Cependant, la façon dont il est parlé de la faute de l’aïeul, la surprise d'Oreste, ces visages qui se détournent, donnent bien à penser que le poète prête à ces derniers détails de la vision une importance singulière. Et en effet nous retrouvons ici ce qui est, à proprement parler, le dernier mot de sa philosophie*. Tantale reste englouti « dans les profondeurs ténébreuses » parce qu'il est, au sens de la doctrine spinoziste, un être aveuglé qui ne saurait vivre et durer; il est de ceux qui meurent tout entiers, parce que la passion de l’orgueil a corrompu leur intelligence, et les a rendus impuissants à s'élever vers l'éternité. Ici Gœthe est d'accord et avec Saint-Martin qui condamne sans cesse cette volonté mauvaise par laquelle l’homme « s’est abimé dans ses propres ténèbres* », et avec Spinoza, pour qui