‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 16 sur 270 · Otto Jahn, Gœthes Briefe an Leipziger Freunde · texte numérisé non relu

Otto Jahn, Gœthes Briefe an Leipziger Freunde

grand bonheur, dit Gœthe, de puiser à la source même où Winckelmann avait étanché sa première soif de connaissances. » Mais cet « évangile du Beau » selon les Anciens, ces principes de grandeur simple et sereine, c'était l'apport de Winckelmann dans cette mise en commun d'idées esthétiques. Œser avait apporté ses connaissances techniques et ce goût du « significatif » qui le faisait appeler par son illustre ami « le vrai successeur d’Aristide, qui représentait l'âme, et peignait pour l'esprit ». Winckelmann lui avait fait partager ses idées générales, auxquelles Gæthe devait conformer plus tard sa conception du drame. Aussi devions-nous signaler ici ces influences. Les leçons d’Œser ont-elles agi directement sur lui? Il est permis d'en douter : elles se sont plutôt trouvées conformes à son développement intérieur, toujours indépendant, et à l'inclination naturelle de son génie. Mais les idées qu'il devait plus tard approfondir et appliquer trouvèrent un terrain déjà préparé, et se fortifièrent de ces vives impressions de jeunesse.

L'influence de Wieland, pour lequel Œser avait une vive admiration qu'il fit partager à son élève, devait se marquer assez profondément sur la poésie de Gœæthe, dès le retour à Francfort; elle est tout à fait négligeable en ce qui regarde l'antiquité, car Musarion ou la Philosophie des Grâces était d'un assez pauvre hellénisme. Ce poème, de dessein didactique, était moins de nature à familiariser le lecteur avec les mœurs et les idées grecques, qu'à montrer, sous forme allégorique, une phase nouvelle de la philosophie de son auteur. Ce qu'il y avait, dans les œuvres antérieures, de trop grossièrement sensuel, s’adoucit et se tempère; l'esprit de Wieland revient à un état d'équilibre après s’être violemment porté vers deux extrêmes. Quand il blâme l'excès des stoïciens, c'est sa première « manière » qu'il condamne; lorsqu'il repousse la sensualité grossière, c'est un peccavi qu'il prononce, un désaveu de ses Contes comiques. Comme il le disait plus tard, les principes de Musarion sont les siens propres : c’est lui seul qu'ils nous font connaître. Au reste, la connaissance que Gœthe a de l'antiquité grecque ne se

précise guère à cette époque : les anciens sont pour lui «de lointaines montagnes bleues, distinctes dans leur masse et dans leurs contours, mais dont on ne peut discerner les parties et les détails ». Pour les mieux connaître il fit avec E. T. Langer un échange de livres : « Je lui abandonnai, dit-il, des corbeilles entières de poètes et de critiques allemands, et je reçus en échange un certain nombre d'auteurs grecs’! dont la lecture devait me récréer dans ma convalescence, pourtant si longue ? ».

Cette lecture ne devait pas exercer sur lui d'influence immédiate, ni rendre plus proche cet « horizon de ses vœux » que d’autres impressions allaient encore lui voiler pour longtemps. À Francfort, où il revient le 1° septembre 1768, ses idées de Leipzig se confirment et se précisent. Il ne pousse pas plus avant ses études de l'antiquité : les trois maitres qu'il reconnait sont (Œser, Wieland et Shakespeare. Les ouvrages de Lessing redressent ce que sa connaissance du poète anglais avait, jusque-là, détroit et d’imparfait. A Shakespeare il oppose ironiquement Voltaire, qui n’a pu lui faire aucun tort, « car un moindre esprit ne peut rien contre un plus grand * ». On pressent donc déjà le Sfurm und Drang; mais c'est à Herder seul que Gœthe devra de prendre vraiment conscience de ses idées, de les approfondir, de les transformer en convictions et en action. Il suffit de rappeler les célèbres pages des Mémoires où cette influence est analysée : « Ainsi j’eus la bonne fortune de faire d’une manière inattendue la connaissance d’un homme par qui tous mes germes actifs ou latents d’infatuation, de suffisance,, de vanité, d’orgueil et de morgue furent soumis à une rude épreuve. » Gœthe s’habitua bientôt à ces railleries très souvent brutales ou aiguës, car il sentait ce qu'il y avait en elles de salutaire et de profond; il sut s'accoutumer à ces

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