‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 17 sur 270 · W.u. D., Livre X · texte numérisé non relu

W.u. D., Livre X

alternatives d'attraction et de répulsion se succédant en « pulsations » rapides. Et malgré le malaise dont il était troublé, malgré la « discorde » qu’il sentait en lui, il éprouvait pour qui fécondait ainsi son esprit du respect et de l'affection. « Point de jour, dit-il, qui ne fût pour moi plein de fruits et plein d'enseignement. » Tout ce qu'il avait pensé jusque-là, Herder sut « le compléter, l'élargir, le rattacher à des idées plus générales et plus hautes ». C’est ainsi qu'il le fit pénétrer plus profondément, lui et les jeunes gens de son groupe, dans l'intelligence de Shakespeare. Il leur montrait que toute poésie est nature et que des différences d'époque et de milieu peuvent expliquer et justifier les formes d'art les plus différentes. Sophocle et Shakespeare lui apparaissaient comme également grands, l’un dans sa pure simplicité, l’autre dans sa variété multiple, parce que tout, dans leur drame, reflète leur propre génie et celui de leur nation; les Français, au contraire, n'étaient pour lui que des imitateurs, mettant en scène des fantoches, traitant la tragédie à la manière d'une amplification, ayant l'air « de marcher sur des échasses ». De cette opposition entre les deux théâtres, que ces jeunes gens sentaient plutôt d’instinct, Herder montra le fondement et les raisons : dans cette querelle littéraire où s'exaltait leur sentiment national, il les arma d'idées, et, fort de cet appui, leur enthousiasme qu’enflammait la passion de lutter pour un art original, profond, sublime, libre d’entraves et pour ainsi dire illimité, se donna carrière avec celle outrance, cet air de défi que l’on observe toujours à de pareilles époques littéraires. Rien ne ressemble plus à notre groupe romantique de 1830 que celui des amis de Gœthe : Engelmann, Salzmann, Weyland, Lenz, etc. ; ils se réunissaient au sommet de la Cathédrale pour vider leur coupe devant la gloire du soleil couchant; le sublime monu- . ment, où leur apparaissait vivante la pensée d'Erwin von Sleinbach, leur « parlait », comme Notre-Dame de Paris parlait à nos romantiques. On se rappelle les secrets que Gœthe disait tenir de la tour inachevée de l’édifice!.

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