V. 5424 et suivants
mieux illustrer les idées de Gœthe sur la Parodie chez les Anciens. Mais cette conformité n’est assurément pas fortuite. Si Gæthe a réservé cette bacchanale pour la fin de l'acte, et s'il emploie la forme « aliègre et dansante » du tétramètre trochaïque ?, c’est pour terminer sa pièce à l'imitation du théâtre grec : ce chœur final est, dans sa pensée, une manière de drame satyrique. Ainsi nous est montré, après la leçon de sagesse mesurée et de gravité sereine, le débordement de la vie sensuelle. Le dramatiste grec trouve dans la vie journalière deux aspects contrastés : l'attitude noble, le sentiment mesuré, tel est bien l'idéal poursuivi, et la leçon faite à ces jeunes gens que Platon veut élever parmi les images du beau, comme dans un air salubre; mais il faut aussi que s’épuise par moments la veine de joie grossière et intempérante : certains cultes officiels lui permettent de se dépenser d’un seul coup”: le théâtre, en lui faisant sa place à côté des émotions tragiques, nous en libère, en même temps qu'il nous donne une image complète de la vie. C’est avec cette pensée, croyonsnous, que Gæœthe achève et complète son Hélène par un raccourci de drame satyrique.
Nous avons, en étudiant l’action d'Hélène, cherché dans quelle mesure la pièce, par sa matière et par sa conduite, a figure de tragédie grecque. Le chœur y tient une si grande place qu’on est tenté d'examiner si ce ne sont pas ses chants qui, dans chaque partie, forment les subdivisions, et comme l'ossature de la pièce. Nous en trouvons, en effet, une assez sérieuse apparence. Dans la première partie (Devant le palais
1. Voir plus haut, p. 356, notamment : Vielmehr wird hier das Rohe, Brutale, Niedrige, das an und für sich selbst den Gegensatz des Gôüttlichen macht, durch die Gewalt der Kunst dergestalt emporgehoben, dass wir dasselbe gleichfalls als an dem Erhabenen theilnehmend empfinden und betrachten müssen.
2. ‘O Ôè rpoyaios xopdaxmuwrepos.…. "Eotr yap tpoyepos Évôudc rù TETPAUETOX. (Aristote. Rhét., LI, vu, 2.)
3. Voir, à ce sujet, Boutmy, Le Parthénon et le génie grec, p. 170.
de Ménélas) nous avons, après le prologue-parodos‘, trois épisodes” et trois stasima*; dans la deuxième et dans la troisième parties (Cour intérieure d'un château. — Grottes et bosquets) deux épisodes et deux stasima, mais la deuxième partie, comme la première, a une scène d'introduction, suivie d'un chœur. Nous mettons à part le solo lyrique de Faust (éloge du pays grec, v. 4894 et suivants) et les chœurs qui suivent la disparition d'Hélène : cette féerie philosophique dont nous avons parlé ne ressemble à rien qui se soit jamais vu dans aucun drame. L’éxodos proprement dite peut comprendre l'adieu d'Hélène et ce qui suit, jusqu'au départ de la coryphée.
Gœæthe adopte la division la plus ordinaire du chœur, la dichorie : douze chorétides* forment deux demi-chœurs se
1. Le chœur intervenant déjà par ses réflexions dans l'exposition du sujet que fait Hélène, ces deux divisions ne sont pas très distinctes l’une de l’autre.
2. Voici comment nous pourrions résumer le plan général de la pièce :