‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 253 sur 270 · Avec Eckermann, I · texte numérisé non relu

Avec Eckermann, I

3. V. 5369-70. On en rapproche (Düntzer, p. 237) ce passage d’une lettre de G. de Humboldt à Caroline de Wolzogen : « Es gibt eine geistige Individualität, zu der aber nicht jeder gelangt, und diese als eigenthümliche Geistesgestaltung ist ewig

dans cette parole de la coryphée nous retrouvons un écho lointain de certains principes de l'Éthique *. Ces « nobles désirs » nous disputent aux éléments, comme l'amour de Dieu?, en occupant la plus grande partie de notre âme, la rend, par cela même, éternelle. Mais il y'a loin de l’immortalité du type individuel, selon Gœthe, à l'idée d'éternité, selon Spinoza. Rapportée aux principes de l'£thique cette immortalité est pure -contradiction?; mais à notre raison nous devons attribuer l'éternité, parce que tout ce qui est vrai est réel, existe done en Dieu, et, par suite, est éternel. On voit que les idées de Gæœthe n'ont qu'une simple analogre avec la théorie spinoziste‘*. Ce que celle-ci conçoit comme de pures conséquences logiques est ici réalisé par l'imagination et transposé dans un monde de matière et de formes. Les pièces lyriques Zndividu et Tout (Eins und Alles) et Testament (Vermaächtniss) étaient, assurément, d’un Spinozisme plus orthodoxe. — Mais ce qu’il nous faut surtout constater, c'est la façon délibérée dont Gæœthe rompt ici avec la logique de son action et de ses symboles : il a la concience de se mouvoir dans la sphère haute et libre des idées générales, des types

und unvergäünglich. Was sich nicht so zu gestalten vermag, das mag wohl in das ailgemeine Naturleben zurückkehren » (8 mai 1830). On ajoute, naturellement, (Schrôer, p. 278), que Humboldt connaissait notre troisième acte, imprimé en 1827.

1. Quant l’être s'est uni à sa cause immanente, son existence est indépendante de toute détermination externe et n’a de rapport qu'avec son essence propre, qui est celle de Dieu. Or, Dieu a comme caractère Péternité. "Nous sommes donc éternels en tant que nous nous unissons à Dieu, que nous avons la conscience de Dieu. Il s'ensuit que plus l'homme avance dans la vie, plus il diminue dans son âme la part de l’individualité qui est promise à la mort : il remplit son âme d'idées vraies, et par conséquent, d’éternité.

2. Voir, à ce sujet (Ethique, V. xxxix), la proposition : « Celui dont le corps est propre à un grand nombre de fonctions a une âme dont la plus grande partie est éternelle ».

3. Car c’est l'éternité revêtue des catégories de l'imagination. Nous lisons dans le Corollaire de la proposition V, x£ : « La partie éternelle de l'âme, c’est l'entendement, par qui seul nous agissons, et celle qui périt, c’est l’imagination, principe de nos facultés passives ».

“4, Delbos (Le problème moral dans la philos. de Spinoza, p.310) voit, de même, dans la théorie des monades rappelée plus haut : « .… une libre traduction de la doctrine spinoziste selon laquelle chaque homme a une part d'autant plus grande d’éternité consciente qu'il produit dans son âme plus d'idées adéquates ».

‘et des concepts, bien au-dessus des simples lois du poème dramatique.

Ce sont les nymphes de la vigne qui fontentendre le dernier chant, et l’acte se termine par un tableau de bacchanale! qu'on à quelquefois étrangement interprété. Düntzer y voit le symbole de la dissolution du monde antique? : tandis que Galathée, à la fin de la nuit de Walpurgis, nous montrait la suprême perfection de l’art grec, nous aurions ici l’image de la décadence, causée par le culte orgiaque de Dionysos. La plupart des critiques, notamment Schrüer* et Loeper*, ont commenté plus sainement cette bacchanale : ils y voient « la plénitude de la vie antique », ou encore le plus expressif des mythes grecs, qui contient à la fois le symbole du rajeunissement de la nature, et celui de l’immortalité. Il semble qu'on puisse donner à ce morceau une signification plus précise. Il est d’abord à remarquer que le tableau n’est nullement aussi réaliste qu'on à bien voulu le prétendre : Düntzer en exagère singulièrement la « bestialité ». Il est difficile, au contraire, d'imaginer une bacchanale qui soit d’un art plus discret et mesuré” : le chœur nous montre d’abord le labeur acharné de l’homme, tandis que Dionysos se repose, ou folâtre avec les faunes; puis, quand les dieux, et surtout Hélios, ont fait prospérer les travaux, la vigne s’anime, on foule « la sainte abondance des grappes », Dionysos se dépouille du voile des mystères, et la bacchanale se déchaîne : « têtes et panses sont pleines à déborder.. car, pour loger le vin nouveau, on vide rapidement les vieilles outres° ». Ce tableau est traité dans une manière si pure, si éloignée de toute violence qu'aucun exemple ne pourrait, ce semble,

4. On compare, avec raison, la première épigr. vénitienne (bacchanale d’après les sarcophages).

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