‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 5 sur 270 · AVANT-PROPOS. XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XI

plus généralement, du poème antiquisant et de la statuaire. Cette extension des idées de Winckelmanan est proprement l'œuvre de Gœthe, et l'influence des poèmes par lesquels il l'a consacrée est toujours vivante : tout drame antiquisant se soumet encore aujourd'hui — non sans abus, parfois, ni sans erreurs — à ces lois que Gœthe avait reçues des archéologues et dont il a fait l'application au poème dramatique.

Il ÿ a dans cette poétique de Gœthe une part d'erreur très manifeste. S'il est vrai que les chœurs des tragédies grecques soient souvent des « édifices lyriques » d’une ingénieuse symétrie, le poète grec a sur nous un bien précieux avantage : il fait de l'art plastique sans le savoir. Par cela même il ne risque pas d'ôter le sang de ses ouvrages pour les mieux faire ressembler au marbre, ni de leur donner une vie diminuée, décolorée, et pour ainsi dire, schématique. Nos tragiques du xvn° siècle, que n'embarrasse pas encore notre science d’esthètes, ont peut-être une idée plus saine du drame grec, malgré des illusions inévitables. Car il est bien vrai, comme le dit Anatole France, que « chaque génération imagine à nouveau les chefs-d’œuvre antiques, et leur communique de la -sorte une immortalité mouvante ». Les fresques de Puvis de Chavannes sont des interprétations géniales; mais ii est bien certain que les Grecs ne voyaient ni ne rêvaient ainsi la nature : elle n’était pas pour eux ainsi pacifiée, purifiée et abstraite : elle vivait d'une vie plus abondante et plus libre. Cette réserve faite, ou plutôt cette nécessité reconnue, on peut, sans arrière-pensée, s’enchanter de ces sortes de « visions antiques », surtout de celles qu'un Gœthe anime et vivifie de ses sentiments les plus profonds.

Nons ne pouvions songer à donner, pour chacun des ouvrages qui vont être étudiés, une bibliographie complète. Nous nous sommes borné à citer en note ceux dont nous avons tiré profit. Nous remercions particulièrement MM. les Professeurs

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