‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 4 sur 270 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

L'œuvre antiquisante de Gœthe, même dans le seul domaine dramatique, est d’une très grande variété. On n'a pu nier son importance, mais la critique est quelquefois dure à son endroit : elle reconnaît que cette poétique inspirée de l’art grec à marqué de son empreinte certains des plus beaux poèmes de Gœthe, mais elle estime que ceux-ci ne doivent à cette influence que ce qu’ils ont de caduc et d’artificiel. C’est raisonner évidemment comme si la forme de ces ouvrages était tout à fait indépendante des idées ou de l’état sentimental qu'ils expriment, comme si leur matière était arbitrairement versée par le poète dans le moule qui se trouve justement avoir sa préférence. Nous verrons, au contraire, qu'entre la matière morale et la forme antiquisante de ces ouvrages, il y a toujours la plus intime harmonie. Nous ne pensons donc pas qu'il soit raisonnable, ni même possible, d'admirer l’une en déplorant l’autre. Mais nous reconnaissons volontiers que l’exemple n’est pas sans danger, car il y a dans l'harmonie dont nous parlons quelque chose de si personnel à Gœthe qu’elle est difficilement réalisable par d’autres écrivains. Si les essais que nous allons étudier ont une influence durable, elle est plutôt dans l’idée du drame grec qu'elle contiennent, et dont elles vont faire, en quelque sorte, un lieu commun de la littérature. Gœthe poursuit l'œuvre de Winckelmann, et, par la théorie et par l'exemple, il l'étend aux ouvrages littéraires. Nos tragiques ont eu, certes, une claire intelligence et un profond sentiment du drame grec, mais ce qu'il voient surtout en lui, c'est sa matière psychologique et vivante, ce sont certaines conditions, spécialement propres à la tragédie, et qui donnent à l'action, aux passions et aux caractères leur maximum de relief. Il leur arrive, sans doute, de produire une impression plastique, et leurs acteurs ne négligeront pas ce genre d’ «effets », mais le poète ne s'attache pas consciemment, et par tous les moyens appropriés, à faire sentir le rapport étroit, la continuité du drame ou,

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