‹ Goethe et le drame antiqueChapitre 87 sur 270 · Voir aussi les vers · texte numérisé non relu

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Es sendet mich mein Herr mit viel Geschenken An seinen Sohn voraus.

2. Weggewaschen hab'ich von mir Der Rachegôüttinnen Flecken hinterlassende Berührung, v. 692-4.

140 VERS L'ART ANTIQUISANT.

tout connaître ». Cette révélation doit éveiller chez Antiope un double sentiment : d’abord l'espoir de retrouver ce fils qu'elle pleurait, puis le désir de la vengeance, précis, cette fois, et d'autant plus violent et implacable. Sa première pensée sera d'employer Polymétis à la recherche de son enfant : lui seul peut retrouver sa trace, et c’est à ce prix qu'elle lui pardonnera. Le chargera-t-elle aussi de révéler à Elpénor les crimes de son père? On ne saurait l’admettre, car elle ne peut — si violemment agitée qu'on la suppose — oublier le serment qu’elle a fait prêter. Il faut cependant qu'Elpénor soit instruit du premier crime de Lykus : il le sera donc d'une manière indirecte, Antiope pouvant, par exemple, laisser échapper son secret. Et l'on voit ici clairement pourquoi Gœthe laisse ignorer à Polymétis la substitution d'enfants. Le secret de la pièce se révèle ainsi par degrés. Du moment où Lykus est reconnu pour le meurtrier du mari d’Antiope, Elpénor croit avoir prononcé contre luimême le serment de vengeance qu'il a prêté. Gœthe avait ici la matière d’une scène très pathétique : les angoisses d'Œdipe après son récit de la mort de Laïus peuvent nous en donner une idée. Le jeune homme, désespéré, ne doit voir à sa. situalion tragique aucune autre issue que la mort. C’est alors que se fera la seconde révélation, et qu'interviendra le personnage qui sait la substitution et peut seul mettre fin à la tragique méprise. Ce personnage est Évadné!, qui n'aurait sans cela qu'un rôle de confidente et de conseillère?. A la vérité, nous manquons de preuves certaines (en est-il, sur ce point?); mais nous avons des présomptions et des indices : la mélancolie d'Évadné, l'expérience triste et désenchantée qu'elle semble avoir de la vie, son aversion pour Lykus, le silence qu'elle gardait à certaines questions de la reine, silence volontaire, obstiné, et conseillé par la pru-

1. Notre hypothèse est celle de G.Kettner (Preuss. Jahrb., vol. LXVII, p- 149-172). Schlæsser nous semble l’avoir insuffisamment réfutée. C’est à ses objections qu'il est fait allusion plus bas.

2. Cf. vers 255 et suiv., et v. 267. Le conseil sera d'importance, il faut le reconnaître.

dence, ainsi qu'elle-même le laisse entendre. On demande pourquoi, connaissant le terrible secret, elle ne l’a pas plus tôt révélé : c'est que de ce secret dépendait l'existence de la mère et du fils; le faire connaître, c'était, suivant les paroles de Polymétis, déchaîner un monstre capable de les déchirer ; on pouvait craindre de nouvelles cruautés de Lykus, et mieux valait qu'Antiope ignorât qu'Elpénor est son fils, si elle devait ignorer en même temps le fratricide : car il était difficile qu'elle apprit l'un sans soupçonner l'autre, les deux crimes de Lykus ayant eu la même fin. Aussi la fidèle servante ne parlera-t-eile qu'au jour où son silence, loin de sauvegarder la vie d'Elpénor, la mettrait, au contraire, en péril ; pour qu'il échappe aux effets de son serment, il devra nécessairement apprendre qu'il n’est pas fils de Lykus. Ceci ne peut donc donner lieu à aucune objection sérieuse. En ce qui regarde certaines paroles d'Évadné, tendant à faire croire qu'elle ignore la substitution d'enfants, il est facile de voir qu'elles sont dictées par les circonstances. Si elle parle d'Elpénor comme « proche parent » d'Antiope, c’est qu’en public elle ne peut s'exprimer autrement, et que ce détail explique aux jeunes suivantes l'affection maternelle que leur maîtresse a prodiguée dès l'abord à l'enfant. J'ai peine à croire qu’en elle-méme Évadné donne pour raison aux sentiments d'Antiope ce fait qu'Elpénor est fils de Lykus! Il est plus juste d'admettre qu’il y a dans l'expression de ses idées une sorte de #ransposition. La situation la contraint souvent d'exprimer sa pensée de manière à ne pas éveiller les soupçons. C’est ainsi, selon nous, que doit être interprété certain passage qui pourrait, autrement, nous donner quelques scrupules. « Si c'était son propre fils, dit-elle, comme le jour présent la récompenserait de ses soiñs maternels! » Ne concluons pas de ces paroles qu'Évadné ignore comme les autres le secret de la substitution : c’est une réflexion qu'elle fait pour elle-même; elle pense tout haut, mais sait qu’on l'écoute. Sa pensée pourrait donc se traduire : « S% elle savait qu'Elpénor est son fils, comme cette journée la paierait de ses peines! »

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J'ai montré par des exemples combien la restitution d'Elpénor est hasardeuse. La substitution d'enfants nous reste notamment très obscure. A-t-elle eu lieu sur l’ordre . de Lykus ou à son insu? Dans le premier cas il faut admettre que le fils de Lykus est mort sans qu'Antiope ni même Polymétis en aient rien su, ce qui n'est pas fort vraisemblable ‘; dans le second cas, la substitution d'enfants est une entreprise bien audacieuse : quel est donc le personnage qui a pris sur lui de la faire? Il est bien difficile de choisir entre ces deux hypothèses. La première est, psychologiquement, plus intéressante, mais elle ne va pas sans difficultés; la seconde est bien romanesque. Qu'est-il done advenu de ce fils de Lykus qui — nous le savons? — ne figurait pas dans la pièce? Son père, apprenant sa mort, se résignait-il ou tenait-il tête au parti d'Antiope*? L'une et Fautre hypothèse exigeaient des expédients de métier que Gœthe dut trouver rebutants.

C’est là, sans aucun doute, la raison pour laquelle le drame est demeuré à l’état de fragment. Ce qu’on a dit de l’influence exercée sur £lpénor par Ja liaison avec Mme de Stein pe manque assurément pas de vérité; Schiller, à qui Gœthe avait envoyé le fragment sans nommer l’auteur, trouvait que « si la pièce n'était pas d'une main de femme, le sentiment y était aussi féminin qu'il pouvait l'être chez un homme ». Aussi, quand prit fin sa liaison avec Mme de Stein, le poète put se trouver, en quelque sorte, étranger à son œuvre; mais ce qui l'en éloigna surtout, ce furent les difficultés intrin-

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