‹ Goethe et le TasseChapitre 4 sur 15 · LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE · texte numérisé non relu

LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

vant la légende, Tasse aurait soupiré et qui l'aurait même payé de retour, d'où l'internement du poète à l'hôpital Sainte-Anne, sur l'ordre du duc irrité, jamais Torquato ne lui adressa le moindre sonnet d'amour. Au surplus, cette princesse, sans cesse maladive, ne parut presque pas dans les fêtes qui se donnaient au château ducal. C'était du reste une personne d'esprit pratique, et que la poésie n'intéressait guère, comme on s en convaincra dans un instant.

Ainsi doit tomber aujourd'hui la supposition erronée d'un amour malheureux dont cette princesse aurait été victime. On se demande d'ailleurs comment une croyance aussi mal fondée put prendre naissance.

Voici une princesse d'une des cours les plus magnifiques d'Italie, dans le magnifique xvi« siècle. Elle naît, elle vit, elle meurt sans être mariée : Léonore d'Esté. Les historiens en parlent à peine; les chroniqueurs se bornent à enregistrer le jour de sa mort et le lieu de sa sépulture. Les récits, les poésies,

p. DE BoucHAUD. — Gœthe et Le Tasse. 9

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mal qui la tint sans cesse à l'écart de la cour de Ferrare. Forte de caractère, elle donna des preuves d'énergie en prenant en mains les rênes du gouvernement ducal, quand son frère Alphonse, de 1574 à 1575, se rendit en Autriche auprès de l'archiduc dont il avait épousé la sœur, Barbara, sa seconde femme. Pendant ce séjour il obtint d'être élevé à la dignité de duc de l'Empire. Léonore, en l'absence de son frère et aidée de son oncle, don François d'Esté, s'acquitta de sa tâche de régente à la satisfaction de tous. Eu égard aux coutumes du temps et aux mœurs d'une cour affolée de plaisirs, elle fut sans doute la plus vertueuse des princesses d'Esté, au xvi^ siècle, et Tasse a fort bien pu la peindre sous les traits de Sophronie, tout en ne se portraiturant nullement sous ceux d'Olinde.

Du reste, à force de s'abstenir des plaisirs mondains et de la vie de la cour, en raison de sa mauvaise santé et de sa maladie de cœur, Léonore finit par ne plus éprouver de

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