LE PÊCHEUR
L'onde gémit, la vague se balance. — Le pécheur suit du bord, Dans un profond silence, iSa ligne où pend la mort.
Soudain, tandis qu'il rêve, S'agitent les roseaux ; Puis une femme élève Son beau corps sur les eaux,
La nymphe parle et chante :
« Pourquoi, pêcheur, pourquoi t( De l'onde gémissante a Tirer mon peuple à toi ?
« Si tu pouvais connaître « Gomme ils y sont bien tous, a Toi-même, pour renaître, « Tu plongerais vers nous.
a La lune au lac se mire, « Le roi du jour s'y plaît ; a Deux fois on les admire, <i Plus beaux dans leur reflet, « L'azur du ciel qui nage, « Tous ces mouvants tableaux, a Et ta flottante image « T'appellent sous les flots. »
(1) Traduit par Emile Deschamps.
L'onde gémit, la vague se balance, Et mouille son pied nu ; Son cœur troublé s'élance Vers un charme inconnu.
La nymphe parle et chante...
Pour lui trop doux attrait I Il cède, il suit la pente, L'eau s'ouvre, il disparaît (i).
Quels que soient les mérites de ces traductions, elles ne peuvent donner qu'une faible idée du texte Efiême. Rien n'a jamais été écrit de plus parfait que le Pêcheur en particulier. La ballade est ciselée comme une fleur dans une pierre précieuse. La construction des strophes, le rythme, les césures, une coupe devers originale qui lui donne le balancement de la vague, Tharmonie et la douceur insinuante des séduisantes paroles qu'adresse au pêcheur « la femme humide », la vérité et la nouveauté des images, la hardiesse des épithètes qui dans un mot évoquent tout un tableau : Tadmiration ne sait où fixer ses préférences.
D'autres ballades sont consacrées à Tamour. Le roi de Thulé est devenu dans toutes les langues le symbole de Tamour « jusqu'à la tombe fidèle », Une touchante et délicieuse peinture de l'amour jeune et frais, timide et modeste, c'est