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LA VIOLETTE

« Une violette était dans la prairie ; — repliée sur elle-même et ignorée ; — c'était un amour de violette. — Voilà que

(1) Traduit par Emile Deschamps.

200 'ÎŒTHE.

vint une jeune bergère — d'un pas léger, Phumeur joyeuse

— là-bas, là-bas — au bout du pré, et elle chantait.

Ah ! pense la violette, si j'étais seulement — la plus belle fleur de la nature, — ah I seulement un tout petit instant, — jusqu'à ce que la mignonne m'ait cueillie — et m'ait pressée sur son sein, — ah ! seulement, ah ! seulement I — pendant un petit quart d'heure.

Hélas ! mais hélas ! La jeune fille vint, — et ne prît point garde à la violette, — elle écrasa la pauvre violette. — La violette tomba et mourut, et elle se réjouissait encore :

— Et si je meurs, je meurs du moins — par elle, par elle

— à ses pieds du moins. »

Dans les ballades aussi Gœthe déploie une inépuisable variété. Toutes celles que je viens de citer sont de sa jeunesse. Celles de son âge mûr et de sa vieillesse n'ont plus le même charme. Elles ne sont plus le fruit du ce somnambulisme poétique », de cette inspiration souveraine et mystérieuse qui leur donne cette beauté d'un caractère si particulier. Elles sont plus laborieusement travaillées, on y sent davantage l'art de l'écrivain. Mais si elles nous paraissent moins poétiques, c'est lorsque nous les comparons à ces premières productions, et Gœthe n'y est inférieur qu'à lui-même. Soit qu'il veuille, comme dans la Fiancée de Corinthe, faire œuvre de polémique religieuse, soit que, comme dans V Apprenti sorcier j il s'attache surtout à la forme extérieure et fasse un chef-d'œuvre de langue et de versification, soit enfin, comme dans lo, Cloche quimarche^ qu'il ne prétende qu'à donner à des enfants d'aimables leçons dans un langage qui se rapproche du leur, il est toujours un grand poète et un artiste inimitable.

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