‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquise (volume 2)Chapitre 2 sur 14 · SECONDE EPOQUE · texte numérisé non relu

SECONDE EPOQUE

Les califes (P occident rois de Cor doue ,

Depuis le milieu du huitième siècle jusqu'au ouzicmc.

Nous afvons vu rapidement , sous les trois premiers califes Aboubekre y Omar, OtUman, les Arabes , conquérans de la Syrie , de la Perse , de l'Afrique , conserver leurs antiques mœurs , leur simplicité , leur obéissance au successeur du prophète , leur mépris pour le luxe et pour les trésors. Mais quel peuple pouvoit résister a tant de prospérités ? Les vainqueurs tournèrent bientôt leurs propres armf^s contre eux-mêmes j ils oublièrent les vertus qui les avoient rendus invincibles , et décln-

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rerent de leurs mains l'empire qu'ils avoierit fondé.

Ces malheurs commencèrent à l'assassinat d'Otliman. On nomma , pour lui succéder , Ali , l'ami , le compagnon, le fils adoptif du prophète ; Ali , si cher aux Musulmars par ses exploits, par sa douceur , par son épouse Fatime , fille unique de Mahomet. Moavias , gouverneur de Syrie , refusa de reconnoître Ali.

Guidé par les conseils de l'habile Amrou y conquérant de l'Egypte > Moavias se fit proclamer calife à Damas. T PS Arabes se divisèrent : ceux de Médine soutinrent Ali ; ceux de Syrie , Moavias. Les premiers prirent le nom à'' Alides ^ les autres s'appelèrent Otnmiades , du nom d'un aïeul de Muavias qui se nomraoit Ommiah. Telle fut l'origine du schisme fameux qui sépare encore les Turc?

et les Perses.

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Ali vainquit Moavias et ne sut point profiter de sa victoire. Bientôt après il fut assassiné ( i). Son parti s'affoiblit. Ses enfans firent de vains efforts pour le ranimer. Les Ommi?.des , au milieu des orages, des révoltes , des guerres civiles , resferent à Damas possesseurs du califat. C'est sous le règne d'un de ces princes , de Valid 1er , que nous avons vu' les Arabes étendre leurs conquêtes en orient jusqu'au Gange, en occident jusqu'à l'océan atlantique. Les Ominiades cependant furent pour ia plupart des princes foibies ; mais leurs généraux étoient habiles y et les soldats musulmans n'avoient point encore dégénéré de leur antique valeur.

Après avoir occupé le trrne pendant l'espace de quatre-vingt-treize ans , Mervan II (2) , le dernier calife ominiade , fut vaincu par Abdalia , de la race des Abbassides , proches

parens ce Mahomet ainsi que les Oiumiades. Mervan perdit l'empire et la vie. Aboul'Abbas , neveu d'Abdalla 5 fut élu cafife , et commença cette dynastie des Abbassides, si ce" lebres dans l'orient par leur amour pour les sciences, par les noms d'Haroun al Rachild , d'Almamon et des Ba/mécides ( 3 ). Les Abbassides gardèrent le califat pendant cinq siècles.

Ils en furent dépouillés par les Tartares fils de Gengis-Kan j après avoir vu s'établir en Egypte d'autres califes nommés Fatiinites , parce qu'ils prétendoient descendre de Fatime , £lle de Mahomet. L'empire des Arabes fut détruit ; et ces peuples, rentrés dans les Arables, y sontà-peuprès aujourd'hui ce qu'ils étoient avant Mahomet. J'anticipe ainsi sur les événemens, parce que désormais l'Espagne n'aura plus riea à démêler avec l'erient.

Lorsque le cruel Abdalla eut placé son neveu Aboi)l-Abbas sur le trône des califes , il forma l'Iiorrible dessein d'exterminer tous les Omraiades. Ces princes étoient fort nombreux. Chez les Arabes , oij la polygamie est permise , où le grand nombre des enfans est regardé comme une faveur du ciel , il n'est pas rare de compter plusieurs milliers d'individus iippartenant à la même famille.

Abdall.1 , désespérant d'éteindre la race de ses ennemis , que la terreur avoit dis ersés , promit une amnistie générale pour tous les Ommiades qui se nndroient près de lui. Ces infortunés crurent à ses sermens ; ils vinrent cliercher leur pardon aux pieds d'Abdalla. Ce monstre, les voyant rassemblés , lesfit envelopper j>ar des soldats qui les massacrèrent à ses yeux. Après cet affreux carnage , jàbdalla donna ordre qu'on rangeât

leurs corps sanglans l'un près tl'î l'autre , qu'on les couvrît de planclieâ et de tapis de Perse, et sur cette horrible table il fît servir à ses officiers un magnifique festin. On frissonne en lisant ces détails ( a) , mais ils peignent le caractère et les mœurs de ces conquérans.

Un seul Ommiade échappa ; ce prince s'appeloit Abdéraine. Errant , fugitif, il gagna l'Egypte et fut se cacher dans les déserts.

Les Maures d'Espagne, fidèles aux Ommiades , quoique leur gouverneur Joseph eût reconnu les Abbassides^ n'eurent pas plutôt appris qu'il existoit en Afrique un rejeton de cette illustre race , qu'ils lui envoyèrent secrètement des députés pour lui offrir leur couronne. Abdérame prévit les combats qu'il ajroit sans doute

( a ) Marigny , Hiscoirc des Arabes tome 3.

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à livrer ; mais , né avec une ji;ran(le ame qui s'étoit encore élevée à l'école de l'adversité , Abdérame n'hésita point. Il passe la mer , arrive en Espagne , gagne les cœurs de ses nouveaux sujets , rassemble une armée , entre dans Séville , et oaarclie bien-, tôt vers Cordoue, capitale des étals musulmans.

Josepli , au nom des Abbassides , tenta vainement de bii résiste- 5 Joseph est vaincu, Cordoue est conquise , plusieurs antres villes ont la même sort. Abdérame est reconnu non seulement roi des Espagne» , mais il est proclamé calife d'occident j et dès ce moment l'Espagne , démembrée du grand empire des Arabes , forma seule un état puissant.

Abdérame 1er établit à Cordoue le siège de sa nouvelle grandeur. I! n'y ut pas long-temps en paix. Des ri~

voltes suscitées par les Abbassides , des guerres avec les rois de Lécui , des irruptions des Français dans la Catalogne ( 4 ), occupèrent sans cessse Abdérame. Sa valeur , son activité , triooiplierent de tant d'ennemis. II se soutint sur le trône avec gloire , il mérita Je beau surnom de juste , et chérit, cultiva les arts au milieu des troubles et des périls. Ce fut lui qui le premier établit des écoles à Cordoue , oii l'on venoit étudier l'astronomie , les niathénjaliques , la médecine , la grammaire ; lui-même faisoit des vers et passoit pour l'iiomme le plus éloquent de son siècle. Il embellit , fortifia sa capitale , y construisit un palais superbe avec deA jardins délicieux, et commença .la grande mosquée qui fait encore aujourd'hui l'admfiation des voyageurs. Ce monument de magnificence ne fut achevé que sous le ca-

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îjfe Haccham , fils et successeiir ïl'Abdérame. L'on dit que les Espaî^nols n'en ont conservé que la moitié : cependant il a six cens pieds de long sur deux cens cinquante de large. On compte vingt - neuf nefs dans sa longueur et dix-neuf dans sa largeur. Plus de trois cens colonnes d'albâtre, de jaspe , de marbre , le soutiennent. On y entroit autrefois par vingt-quatre portes de bronze couvertes de sculptures d'or j et quatre mille sept cens lampes éclairoient toutes les nuits ce magnifique édifice ( a ).

C'est là que les califes de Cordoue venoient faire la prière au peuple le vendredi , jour consacré à la religion

(a") Cardoniie , Histoire d'Afrique et d'Es< pagne ; Colmcnar, Délices d'Fpagne ; Uuperron, Voyage d'Espagne; Heufi Svinburne, Letirçs sur l'Espagne , etc.

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par les préceptes de Mahomet. C'est là que tous les Musulmans d'Espagne se rendoient en, pèlerinage comme ceux de l'orient se rendent au temple de la Mecque. On y célébroit avec de grandes solemnités la fête du grand et du petit Béiravi , qui répond à la Pàque des Juifs , celle du renouvellement de l'année , celle du Miloud ou de l'anniversaire de la naissance de Mahomet. Chacune de ces fêtes duroit huit jcfurs. Pendant C3 temps, tout travail cessoit, on s'envoyoit des présens , on alloit se visiter, on immoloit des victimes; et les familles réunies , oubliant leurs différends, se juroient une concorde éternelle , se livroient à tous les plaisirs permis par la loi. La nuit, la Tille étoit illuminée , les rues jonchées de fleurs; les promenades, les places publiques, retentissoient du son des cistres , des théorbes ^ d««

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hautbois. Enfin ^ pour mieux célébrer la fête, les riclies prodiguoiert des auIn(^nes , et les bénédictions des pauvres se mêloient aux canti»

<jues de joie.

Abdéranie j élevé dans l'orient , porta le preoner en Espagne le goût de ces fêtes superbes. Réunissant , en sa qualité de calife , l'empiie et le sacerdoce , il en régla les cérémonies , et les fit célébrer avec toute la pompe , toute la magnificence des souverains de Damas. Ennemi du christianisme , et comptant beaucoup de Chrétiens parmi ses sujets y

iie les persécuta point :*mais il priva les villes de leors évêques, les églises de leurs pasteurs ; il encouragea les mariages entre les Maures et les Espagnols, et fit plus de mal à la religion par sa prudente tolérance qu'il n'en eut fait par une cruelle rigueur. Sous son règne } les succès-

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seurs de Pelage ( a ) , toujours retirf's dans les Asturies et déjà divisés entre eux f furent forcés de se soumettre au tribut honteux de cent jeunes lîlles. Abdérame ne leur donna la paix qu'à ce prix. Maître Je l'Espagne entière depuis la Catalogne jusqu'aux deux mers , il mourut après treute ans de ^loirr, laissant la couronne à son fiis IJaccliam, le troisième de ses onzp enfans.

Après la mort d*" Abdérame, l'empire des Maures fut troublé par des révoltes , par des guerres entre le nouveau calife , ses frères , ses oncles ) f5\j d'autres j)rinces du sang royal. Ces guerres étoient inévitables dans un gouvernement detipolique y où même l'ordre de la succession au trône n'étoit réglé par aucune loi. Il suffisoit , pour y prclendrp , d'être

(a) Aurélio et Maurégat.

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de la race royale ; et comme presque toujours les califes laissoient v.n nombre prodigieux d'eufans , chacun de ces princes se forraoit un parti, s'établissoit dans une ville, s'en déclaroit !e souverain , et prenoit les armes contre le calife. De là cette foule de petits états qui s'élevoient, s'anéantissoient , se relevoient à chaque changement de règne ; de là cette quantité de roLs vaincus , déposés , égorgés, qui ren* dent l'histoire des Maures d'Espagne si difficile à mettre en ordre et si monotone pour les lecteurs.

Hâccham , et , après lui , son fils Abdélazis-el- Hakkam se soutinrent dans le califat malgré ces dissentions éternelles. Le premier finit la belle mosquée commencée par Abdérame , et porta ses armes en France, où ses généraux pénétrèrent jusqu'à Narbonne. Le second , moins heu*

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