‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquise (volume 2)Chapitre 3 sur 14 · Tome I. D · texte numérisé non relu

Tome I. D

02 PRÉCIS HISTOIIIQU-E

reux , combattit avec des succès divers contre les Espagnols et contre ses sujets révoltés. Il mourut au milieu des troubles. Son fils Abdérame lui succéda.

Abdérame II fut un grand prince ; et cependant son règne est l'époque où les Chrétiens commencèrent à balancer la puissance des Maures.

Ils avoient su profiter de leurs longues divisions. Alphonse le Chaste ^ roi des Asturies , monarque politique et vaillant , avoit augmenté ses états et refusé le tribut des cent jeunes filles. Ramire, successeur d'Alphonse, soutint cette indépendance, vainquit plusieurs fois les Musulmans. La Navarre devint un royaume ; l'Aragon eut ses souverains particuliers , et sut se former un gouvernement où les droits des peuples étoient respectés ( 5 ) } les gouverneurs de la Catalogne, soumis jus-

qu'alors aux rois de France , profitèrent de la foiblesse de Louis le D^';bonnaire pour ee rendre indépendaiis. Tout le nord de l'Espagne enfin se déclara l'ennemi des Maures, elle midi se vit en proie aux irruptions des Normands.

Abdérame se défendit contre tant d'adversaires ^ et mérita par ses talens guerriers le surnom ^Elmoiizaffer ^ qui veut dire le Victorieux , Au milieu des guerres , au milieu des soins du gouvernement , il encouragea les beaux arts , il embellit sa capitale d'une nouvelle mosquée , et fit élever un superbe aqueduc où dans des canaux de plomb les eaux les plus abondantes venoient se répandre par toute la ville. Soigneux d'attirer à sa cour les poëtes , les philosophes, il s'entretenoit souvent avec eu« , cultivoit lui - même les talens qu'il encourageoit dans les

autres. Son ame sensible avoit réuni tous Ips goûts. Il fit venir de l'orient le fameux musicien Ali-Zériab , qui y fixé par ses bienfaits en Espagne , y forma l'école célèbre dont les élevés ont fait depuis les délices de toute l'Asie (6). Enfin , sous le règne d'Abdératne , Cordoue devint le séjour des arts , des sciences et des plaisirs. La férocité musulmane fit j)iace à la galanterie dont le calife donnoit l'exemple. Une seule anecdote suffira pour prouver combien il étoit doux et généreux.

Un jour, une de ses esclaves favorites osa se brouiller avec son maître j se retira dans son appartement, et jura d'en voir murer la porte plutôt que de l'ouvrir au calife. Le cjief des eunuques, épouvanté de ce discours, crut entendre des blasphèmes. Il courut se prosterner devant le prince des croyaijs ; et lui rendit l'horrible

propos de cette esclave rebelle. Abilérame, eu soniijnt , lui commanda de faire élever devant la porte de la favorite une muraille de pièces d'argent, et promit de ne franchir cette barrière que quand l'esclave voudroit bien la démolir pour s'en emparer. L'histoire ajoute que, dès le soir même , le calife entra^^Iibrcment chez la favorite appaisée (a).

Ce prince laissa de ses «ij^férentes femmes quarante - cinq liit< te quarante-une filles. Mohammed j l'ainé de ses fils , lui succéda.

Les règnes de L\iohammed et de ses successeurs Almouzir et Abdallt n'offrent , pendant un espace de soixante années, qu'une suite cantinuelle de troubles , de guerres cniles, de révoltes des principales villes

(a; Cardomic, Histoire d'Afrique et d'Lspagne, tçsne I>

dont les gouverneurs cherchoient à se rendre indépcndans. Alphonse le Grand , roi des Asturies , profita de ces dissensions pour affermir sa puissance. Les Normands, d'un autre côté , vinrent de nouveau ravager l'Andalousie. Tolède , souvent punie et toujours rebelle , eut des rois particuliélFf. Saragosse imita son exemple. L'autorité des califes fut avilie ; leur emptre ébranlé de toutes parts , paroissoit sur le penchant de sa ruine, lorsqu'Abdérame III, neveu d'Abdalla , monta sur le trône de Cordoue , et lui rendit pour quelque temps son éclat et sa majesté.

Ce prince dont le nom chéri des Musulmans serabloit être d'un heureux présage , prit le titre û''Emiral muménim , qui signifie prince des vrais croyans (a). Il commença

( a ) Nous en avons fait le nom ridicule de Miramolin.

son règne par des victoires. Les rebelles ; que ses prédécesseurs n'avoient pu réduire , furent défaits , les factions dissipées , l'ordre et le calme rétablis. Attaqué bientôt par les Chrétiens, Abdérame implora les secours des Maures d'Afrique , et soutint de longues guerres contre les rois de Léon et les comtes de Castille , qui lui enlevèrent la ville de Madrid , peu considérable alors.

Battu souvent , quelquefois vainqueur , mais toujours grand et redouté , il sut réparer ses pertes et profiter de sa fortune. Politique profond , habile capitaine , il entretint les divisions parmi les princes espagnols , porta douze fois ses armes jusques dans le centre de leurs états ; et , créateur d'une marine , il s'empara , sur les côtes d'Afrique j de 5eldjeai«sse et de Geuta.

Malgré les guerres éternelles qui l'occupèrent pendant tout son règne , malgré les dépenses énormes que dévoient lui coûter ses armées , ses flottes ^ les secours qu'il achetoit en Afrique, Abdérams étaloit à sa cour un luxe , une magnificence y dont les détails nous paroitioient des fables s'ils n'étoiejit attestés par tous les liistoriens. L'empereur grec , Constantin IX, fils de Léon , voulant opposer aux califes abbassides de Bagdad un ennemi capable de leur résister , envoya des ambassadeurs à Cordoue pour faire alliance avec Abdérame. Celui-ci , flatté d© voir des Chrétiens venir ds si loin jrapiorer son appui , déploya dans cette occasion toute la pompe asiatique. Il envoya jusqu'à Jaën recevoir les ambassadeurs. Des corps nombreux de cavalerie , magniii-

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quenieiit habillés , les attendoient sur le chemin de Cordoue. Une infanterie plus brillante encore remplissoit les avenues du palais. Les cours étoient couvertes des plus beaux tapis de Perse et d'F.gypte , les murailles tendues d'étoffes d'or.

Le caljfe , sur un trône éclatant , environné de sa famille , de ses visirs , d'une foule de courtisans , les reçut dans une galerie où toutes ses richesses étoient étalées. Le hadjcb , dignité qui chez les Alaures répondoit à celle de nos anciens maires du palais , introduisit les ambassadeurs,.

Eblouis de cet appareil, ils se pros-?

ternerent devant Abdérame ^ et lui remirent la lettre de Constantin ^ écril'e sur du parchemin bleu j renfermée dans uiu- boîte d'or. Le calife signa le traité , combla de présens les envoyés de l'empereur, et les fit accompagner par une suite nota-

fO PE.ECIS HISTORIQUE

breuse jusques dans les murs de Constantinople.

Ce même Abdérame , sans cesse occupé de combats ou de politique y fut amoureux toute sa vie d'une de ses esclaves nommée Zehra (a).

Il fonda pour elle une ville à deux milles de Cordoue , et lui donna le nom de Zehra. Cette ville , détruite à présent , étoit au pied de hautes montagnes d'où couloient plusieurs sources d'eau vive qui venoient serpenter dans les rues , répandre partout la fraîcheur et former au milieu ^es places publiques des fontaines toujours jaillissantes. Les maisons , bâties sur un même modèle , surmontées de plates-formes , étoient accompagnées de jardins remplis de bosquets d'orangers ; et la statue de

(a) Ce nom signifie fliur, ornement

BU MOWDï.

la belle esclave 1^7) se distinguoit sur la principale porte de cette ville de l'amour.

Toutes ces beautés étoient effacées par le palais de la favorite. Abdérame , allié des empereurs grecs , leur avoit demandé les plus habiles de leurs architectes ; et le souverain, de Constantinople , séjour alors des beaux arts, s'étoit empressé de les lui envoyer avec quarante colonnes de granit , les plus belles qu'il avoit pu rassembler. Indépendamment de ces magnifiques colonnes , l'on en comptoit dans ce palais plus de douze cens de marbre d'Espagne ou d'Italie. Les murs du salon nommé du califat étoient couverts d'ornemens d'or. Plusieurs animaux du méxue métal jetoient de l'eau dans un bassin d'albâtre , au-dessus duquel étoit suspendue la fameuse perle que l'empereur Léon avoit

ya FRECIS HISTORIQUE

donnée au calife comme un inestinia^ ble trésor. Les historiens (a) ajoutent que , dans le pavillon oi:i la faA^orite passoit la soirée avec Abdérame , le plafond , revêtu d'or et d'acier, étoit incrusté de j^ierres précieuses , et qu'au milieu de l'éclat des lumières réfléchies par cent lustres de crystal une gerbe de vif argent jaillissoit dans un bassin d'albâtre.

On aurapeine sans doute à croire de tels récits ; on pensera lire des contes orientaux , et l'on m'accusera peut-être d'aller prendre mes mémoires dans les Mille et une Nuits :

mais tous ces faits , tous ces détails y sont attestés par les écrivains arabes ) rapportés par INI. Cardonne qui les a lus, comparés avec soin , confirmés par M. Swinburne, Anglois peu cré-

( a ) Novarii , Historla Omiadarum , etc. Mogrebi, Hisror. Hispair.

dul«

dule et bon observateur. J'avoue quo ces monuinens , que ce faste ^ que cette pompe ne ressemblent à rien de ce que nous connoissons ; et je sais que la plus part des homines , mesurant toujours leur foi sur leurs connoissances acquises , croient à, fort peu de cliose : mais les détails que nous trouvons dans des auteurs authentiques (a), sur le luxe, la magnificence des souverains de l'Asie , sont au moins aussi étonnans ; et , j'ose le demander , si par un tremblement de terre les pyramides d'Egypte eussent été détruites , croirions-nous les historiens qui nous en donnent les justes dimensions?

Les écrivains d'où j'ai tiré ces détails rapportent aussi les sommes que coûtèrent à élever ce palais et cttte

( a ) Bcrnicr , Thomas ahoé, marc Paul , Duhulde, etc.

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