LIVRE QUATRIÈME
ZmiaiA continue S(»i récit La reine comparait devant le peuple. lies quatre Zégris l'accusent. Elle est condamnée k périr dans les flammes, si nul guerrier ne prend sa défense. Etat horrible de Zoraîdo. Son entretien ayec Inès. Elle écrit à Gonzalre. R^wnse de Lara. Magnanimité d*Alroanzor. Piété , tendresse de la reine. Elle va au supplice. Elle attend ses défenseurs. Arrivée de quatre Turcs. Combat des Turcs et des Zégris, La reine est )uf« ûfiée. Elle refuse de retourner avec Boabdil ; elle quitte Grenade. Les Espagnols approchent de la ville. Muîei-Bassem va tenter de fléchir les Aben* cerrages. Réponse de cette tribu. L' Afrique envoie des secours aux Grenadins. Portrait d'Alamar. n aime et veut épouser Zuléma. Fuite de cette piincesse. Elle est prise par les Africains et délivrée par Gonzalve. Fin du récit de Zuléma.
v^n'sLLZ est à plaindre Tinfortunée qui, victime d'un devoir cruel , immola le doux lentiment, espoir et soutien de sa vie! Après un sacrifice si douloureux , elle avait pensé que le temps viendrait secourir sa Aûblesse , soulager peut-être ses maux. Vaine illusion ! le temps s est arrêté pour elle à Tépoque de son
4o OONZAtVE DEÇOROQUfi.
malheuiv Si , dans le tumulte du monde ,'elle Ta oherchcr un moment k distraire ses longues peines, tout ce qu'elle voit les augmente; deux époux heureux font couler ses larmes; ana mère avec ses enfans oppresse son cœui de ^anglots^ Si , dans le silence de la retraite, elle veut tenter de nouveaux efforts pour arracher le trait qui la blesse, elle accroît inutilement, .«^le déplure sa plaie profonde; la dangereuse feoUtude la livre toute entière à ses souvenirs. Elle n*a d'asile que dans sa vertu : cette vertu m4me est son ennemie^ c'est elle qui lui fait aimet l'objet chéri quelle regrette; c'est elle qui murmure encore d'avoir pu manquer à ses premiers sermens.
Telles étaient les tristes réflexions dont s*occupait Zoraîde au moment même où les Zégris osaient l'accuser près de Boabdil. Ignorant les affreux malheurs qui bientôt allaient l'accabler, solitaire sur le balcon d'oùl'on découvrait le Généralif , elle pensait qu'Abenhamet avait eu le soin de prendrç la£iite;el)o en remerciait le ciel ; et , ne pouvant détacher ta vue de ce rosier toujours tén^oin de leurs entretiens innocens, elle lui adressait ces paroles i
A4MiE«, rosîeri }%^ diannaat»
Entendre et ùàie le serinent D'aimer chaque jour davantage \
Qu'elles étaient belles tes fleurs Quand sa main les avait cueilHcs !
Maintenant leurs tristes couleurs A mes yeux paraissent ternies.
A t'appouted de daûres eaux
Nous trouvions tous deux mille charmes ;
Aujourd'hui tes ûêles rameaux
I^e sont baignés que de mes larmes.
RosiEB , rosier, tu vas pënr!
Plus que toi mon àme est flétrie :
Mab je soufire , et ne puis mourir ; Rosier, que je te porte envie !
Comme elle achevait ces mots , elle entend au loin du tumulte , et voit accourir son esclave Inès, Inès jeune captive espagnole, attachée dès long-temps à ZoraîJe , la confidente de ses peines , la plus tendre amie qu'elle eût à sa cour.
On s'égorge dans l'Alhambra, lui dit Inès^ d'une voix troublée ; les Abencerrages en aiv mef attaquent, brûlent le palais. J'ai voulu me précipiter jusqu'aux lieux où le combat se livre; mais des gardes inexorables assiègent votre appartement f nul ne peut entrer ni
4s GONZ A LYE DE CORDQTJE:
sortir. Quels nouyeaux malheurs nous mena^ cent? Ah! du moins, ma chère maîtresse, c'est puprès de vous que je périrai.
Elle dit, et le bruit augmente. On entend 1« choc des guerriers, les cris des Abencerrages, les hurlemens de leurs ennemis. La reino, pâle f glacée , tombe demi-morte dans les bras d'Inès ; elle a perdu la parole et les forces ; elle ne peut que pleurer et frémir. La nuit s'écoule dans ces horreurs ; et 'dès que les rajons du jour semblent avoir ramené le calme, des satellites de Boabdîl paraissent devant Zoraîde. Leur chef porte l'ordre du roi qu'elle se rende au moment même deyant le peuple assemblé.
Interdite, épouvantée, elle inter|*oge cet envoyé ; le dur ministre 'garde le silence. La reine obéit aussitôt : elle s'enveloppe d'un voile, s'appuie sur sa chère Inès^ et, conduit* par les soldats , marche vers la place d'an pas tremblant.
Elle arrive à travers le peuple attendri par son seul aspect ;' elle s'avance en cherchant ' le roi , qu'elle découvre au milieu des Zégris , lève son voile, et, d'une voix timide, demande à son barbare époux de quel crime DQ veut la punir.
lu vts rapprendre T'r^pôn'd BbabcTîI arec