LIVRE IV
tait arec sa famille, est au sommet d'une haute coUiue , éloignée de l'Alhambra. Nous fûmes les derniers instruits de tant de malheurs. Almanzor, à cette nouyello, se reprochant le aalheur d'Âbenhamet , vole à la prison de la reine , et demande à Tentrelenir. Boahdil , dont on ya chercher Tordre, n'ose re^ser ÂlmanzoT. Mulei^Hassem , Mcraime et moi, nous suivons de près mon frère; nous arrivons à l'instant où l'infortunée Zoraide apprenait à la fois l'arrêt de ses juges et le trépas d'Aben* hamet.
Non , seigneur , je ne tente point de vous dépeindre son état horrible. Étendue sur le marbre , les yeux égarés , les cheveux épars , elle poussait des cris sourds, des sons mal artieuléfl , qui n'avaient plus rien de la voix humaine. Ses mains, ses pieds, tout son corps , étaient agités d'un affreux tremblement. Son visaçe n*avait presque plus aucun de ses traits. Sa fidèle Inès, nojée de pleurs , était assise près d'elle , soutenait sur son sein cette tête décctlorée , la couvrait de baisers, de larmes , et s'efforçait de tenir ses mains , que les con* vulsions lui arrachaient sans cesse.
lïons nous précipitons vers eiie ; à peine elle nous reconnaît. Sans nous répondre, sans repousser nos ambraesemens , elle se laisse
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porter sur uae esti*adc , où, nous pressaal autour d'elle, nous la soutenons dans nos bras. Le vénérable Muleî fait reposer sur ses cheveux blancs le visage de Zoraide : Alman» cor debout, les mains jointes, la contemple dans le silence , demeure immobile et pensif,
Le jour entier s'écoula sans quelle put nous entendre. Sa jeune esclave nous demandait de la laisser en repoSé Mon frère , résolu d'accomplir le généreux dessein qu'il avait médité , nous quitte pour aller chercher dans la fatale cour des lions les restes sanglans des Abencerrages. Il les fait transporter hors de la ville dans un vallon écarté , leur rend les derpiers devoirs , et cache dans un bois touffu la tombe qu'il creuse pour Abenhamet.
Pendant qu'il s'acquitte de ces tristes soins, Mulei-Hassem regagne son palais avec la sago Moraime. Malgré les instances d'Inès, je demeure avec Zoraide, je ne veux plus la quitter un instant. Alors Inès se jette à mes pieds :
O vous, me dit-elle avec un transport dont j'ignorais encore la cause, vous qui semblés prendre un si vif intérêt au sort a&eux de ma maîtresse, vous qui me seconderiez sans doute > si je pouvais sauver ses jours , jure^moi par tout ce qui vous est cher, de ne point trahir U secret que je vais confier à votre foi.
Je la relèye , je la rassure , je lui promets tm étemel silence. Aussitôt elle prend ma main, la joint .à celle de la reine; et les pressant toutes deujc sur son cœur :
£coute£-moi) nous dit- elle; et puissiezvous approuver ce que m*inspire le ciel ! Zortîde n'a plus que deux jours pour trouyer quatre guen'iers qui la défendent. Ses détestables accusateurs sont la terreur de Grenade et les favoris du roi ; nul Maure n*osera les combattre ; les plus vaillans redouteraient la eolère de Boabdil autant que la force de leurs adversaires : Zoraîde périt , si c'est des Gre* nadins que nous attendons son salut.
Je suis Espagnole et chrétienne : je connais les chevaliers de ma nation , je connais surtout ce Gonzalve dont le seul nom fait trembler vos armées , dont les vertus , l'humanité surpassent peut-ôtre la valeur. Que la reine écrive à Gonzalve , qu'elle prenne le ciel ht témoin de la justice de sa cause, et qu'elle la remette en ses mains : vous verrez bientôt arriver Gonzalve , seul ou suivi d'autres héros ; vous le verrez triompher et rendre à ma digne maitrease la vie et l'honneur qu'on veut lui ravit.
'Ainsi parle Taimable InèSr Zoraide à pleine l'écoute : Laissez-moi mourir, répond-elle; je
4$ GONZALVE DE CORDOeE.
•ouhaite^ je demande la mort. C'est bioî qoî causai le trépas du plus . vertueux , dn plos tondre des hommes : Abeûhamet a péri ponf moi ; je désire ,. je yéax le suivre ; je dois.. ^.
Vous devez sauver votre gloire, interrompt la jeune captive; vous devez descendre au cer« eueil pure et honorée comme vous vécûtes. Youlezrvous que votre mémoire reste tacliés du soupçon d'un crime? Voukz-vous que l'ignominie accompagne vos derniers momens , que l'horrible nom d'adultère souille la piene de votre tombe ? Fille d'Ibrahim , vos jours sont à vous ; mais votre honneur est à I>ien , et vous en devez compte aux hommes^ Qu'ils recon-! naissent votre innocence ^ qu'ils la publient, q«'ils la respectent ; alors vous pourrez moorir.
Frappée de ces paroles prononcées d'nn accent élevé , la reine embrasse sa eaptive 6^ s'abandonne à ses conseils- La crainte dv dés^ hcmneur lui rend la force qu'elle avait perdue. Elle examine avec moi le hardi projet d'inès ; tious en pesons les difficultés. La guerre était déclarée : Isabelle et Feidinand s'avançaient pour nous. assiéger. Gonzalve ne pouvait, saof Un péril extrême , tenter de païahre dans no$ murs ; son bras , quelque terrible qu'il fôt, tte suffisait pas coiitre quatre Zé^is. Trois compagnons lui devenaient nécessaires , et b