‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 71 sur 135 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Baient mêler de quelque crainte le bonheur dont elle se flattait.

Plusieurs jours s'étaient écoulés. Chaque matin l'aimable Zuléma conduisait Gonzalve à Tombrage des mjrtes et des orangers. Elle prêtait son bras au héros dans sa marche encore chancelante; elle l'engageait à s'asseoir an bord d'un limpide ruisseau qui traversait la £orét : elle s'assejrait près de lui. Là , tous les deux, enchantés du bonheur de se voir ensemble^ ils prolongeaient ces doux entretiens si chers ^ si précieux aux amans , où rien de ce qui se dit n'est perdu pour l'un ou pour l 'autre ; où, lorsqu'on s'interrompt soi-mt^me, on n'en est pas moins entendu ; où l'on affecte de parler de tons les objets indifférens , sans cesser pourtant de parler du seul objet qui intéresse. L'a beauté du site , le calme de l'air , le parfum 'des fleurs tombant en festons sur leurs têtes , le murmure de Tonde rapide qui roule à leurs pieds sur un sable d'or, le bourdonnement des abeilles voltigeant sur les iris dont le ri* ▼âge est semé , tout ajoutait de nouveaux charmes à la douce langueur qui les enivrait. Souyent ]eS (ïiscours commencés étaient tout Il coup suivis d'un silence.' Souvent leurs jeux , baissés vers la terre , se rencontraient en se relevant , et se détournaient aussitôt.' Quel-

io9 JONZALVÇ DE CORDOUE.

que fois une iârmc , un soupir échappés à Za*> Icma , faisaieut hasarder à Gonzalye une question qui restait sans répoase ; et Gronzalre n'osait s'en plaindre que par un nouyean soupir. Toujours Zuléma portait son téorbe; et, lorsqu'elle craignait de trop entendre ce dont elle était assez sûre , elle offrait au héros de lui chanter cette antique romance , ai connue chez les Grenadins.

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