‹ Gonzalve de Cordoue; ou, Grenade reconquiseChapitre 70 sur 135 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

PiÉTi dlsabéBe. Elle assemMe ses chcfe. Discours et profjec de la retae. Elle exécute son grand dessein. Travaux des Espagnols. Convalescence de GpDzalve. Ses amouis avec Znléroa. AtHvée de Mulei-Hassem et de trois Abencerrages. Nouvdte que l'un d'eux ap^>orte. Zuiéma est promise au vaiDfq[ueur de Gonzalve. Entieiien de la princesse et du héros : ils se révèlent tous leurs secrets. Zuiéma donne des armes à Gonzalve. U part avec les Abextccrrages. U se découvre. Combat du Léros contre les trois Maures. H e&t rainci^çnv, et va rejoindre l'armée.

Hnioios , quel est ton empire ! Que de vei-tus te doivent les humains ! Oh ! qu'il est hcuretix le mortel qui , pénétré de tes vérités sublimes , trouve sans cesse dans ton sein un asile contre le vice, un refuge contre le malheur! Tftnt que l'inconstante fortune sourit à ses innocens désirs , tant qu*il coule des jours sans nuages , tu sais les emhcllir encore ; tu viens ajouter un nouveau plaisir au bien qu'if fait à ses semblables , tu donnes un charme d« plus aux délices d'une bonne action. Ta sévé-* rite jn^me est un bienfait : tu ne retranches du

I o» GONZALVE Dfi CORDOUE. bonheur que ce qui pourrait le corrompre; hi ne défends de chérir que ce qu'om rougirait d'aimer. Si le sort accable au contraire une ' ftme soumise à tes lois saintes , c*est alors surtout , c'est alors qu'elle troure en toi son plus ferme appui. Sans prescrire Tinsensibilité, que la nature heureusement rend impossible, tu nous apprends à supporter les maux dont tu permets qu*on s'afflige; tu descends dans les cœurs déchirés pour calmer leurs douleurs cuisantes , pour leur présenter un dernier es^ poir ; et tu n'éteins pas ce pur sentiment qui les fait souffrir et qui les fait vivre.

La noble et pieuse Isabelle ne trouve que dans sa religion la force de soiitenir ses peines. Accablée à la fois de la perte d'un gendre, du •désespoir de sa fille , et du malheur de ses armes , elle se réfugie dans le sein de son Dieu : oe Dieu lui commande de penser à son peuple. Cette mère infortunée 'confie la veuve d' Alphonse à Séraphine, à Léocadie, et les fait conduire à Jaën«. he corps du prince malheureux est remis aux Portugais de sa suite , qui partent à l'instant même pour le porter à Bé- Ipm (i). Libre de ces soins, comman'Sant à ses

(i) Superbe monastère fur les borHs du Tage, q^ SQQt les s^jgultures des rois de Portugal.

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Urmes, Isabelle rassemble autour d'elle ioq époux , les principaux cbefs , et leur adresit ce discours r

Comparons jadis de ma gloire, aujourd'hui de mon malheur , vous à qui j'ai dû tant de triomphes, et que la fortune n'a trahis qu'une fois, tous yojez les tristes effets de l'attaque impréyue des infidèles.' Des milliers d'Espagnols sont tombés sous leurs coups; nous n'avons plus de magasins , plus de retraites , plus de machines : Tennemi , fier de âes succès, repose sous 4e superbes tentes e'ie- Tees deyant ses murailles ; et nous yeillons , le glaive à la main , sur la cendre sanglante d'un camp détruit.

Il faut choisir, braves Castillans, ou d'une paix déshonorante qui couvre d'opprobre le nom chrétien , ou d'une héroïque constance qui nous eu rende k jamais l'honneur. £h ï dans quel temps , juste ciel , songerions-nous k cette paix honteuse , quand des trésors dès long-temps amassés m'épargnent la douleur des subsides , quand mon hymen avec Ferdinand double mes forces et mes soldats ? Les Maures touchent à leur ruine ; la discorde est da^s leurs fojers. Un roi cruel et pusillanime chancelle sur le trône qu'il usurpa ; les Abeneerrages ont iihtndonné ce t^ran perfide et

io4 CO^'ZALVE DE CORDOUE.

féroce. La France est mon alliée; le Portu

gai hélas I nons avait confié son espoir ;

l'Afrique tremble à mon nom : mes flottes iouvrent ses mers : enfin Gonzal-ve est près d'Arriver. Quelle époque plus favorable nous offiira jamais l'avenir pour rendre libre l'Espagne , pour la venger de huit siècles d'affronts ? Ami3 , je chéris plus que vous les douceurs d'une paix heureuse ; je sais que le premier des biens est ce repos de la nation si nécessaire aux travaux d'un bon roi : je veux l'assurer h. mes dcscendans. Ils auront plus que moi , je l'espère , les talens , les noUes vertus qui font fleurir les États ; Ils n auront pas comme moi, j'en suis sûre, lès dignes héros qui m'écoutent et qui savent les conquérir.

le ne m'sîveugle point sur nos pertes; je vois toute retendue des malheurs que nous éprouvons. Mais naguère les Musulmans étaient plus à plaindre encore. Leur désespoît les a sauvés. La vue de leurs pavillons a penit décourager notre armée : amis , qu'une grande entreprise les décourage à leur tour. Ils n'ont dressé qu'un faible catnp, je veux bâtir une ville. Je veux que de nouveaux remparts br^ vent les remparts de Grenade , et qu'unt vaste cité tout k coup élevée à leurs jcu%

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leur annonce que désormais cette terre est notre patrie (i).

Elle dit, les chefs étonnés dcmenrent dans le silence ; Ferdinand lui-même surpris n'ose applaudir à ce hardi projet. Isabelle, avec l'éloquence dn courage et de la raison , explique , développe ses grands desseins. Les car rières inépuisables , les immenses forêts don' Grenade est entourée , les fleuves qui serpentent dans la plaine, doivent fournir abondamment de quoi bâtir une cité. Cent milh bras occupés des travaux , • sous la garde de vingt mille guerriers , auront bientôt environné de tours l'enceinte destinée à la ville. Derrière ces tours menaçantes , les Espagnols pourront à loisir achever les demeures des citoyens. Maitres des chemins de l'Andalousie, ils s'empareront avec facilité de Grenade déjà captive ; et les Maures , après leur défaite , voisins d'nne place forte peuplée de soldats vétéians , perdront à jamais l'espérance de secouer le joug des vainqueurs.

Ferdinand , Lara , tous les chefs se rendent à ces puissans motifs. Tous , en admirant Isabelle , veulent que la nouvelle cité porte le nom de l'auguste reine. Cet hommage me sc-

( i) Voyez lePréîisliislorique, quatrième ëpoque.

loô GOJiZJLLYE DE CORDOUE.

rait cher, répond-elle ayec modestie; mais U n'est pas assez mérité : c'est pour la foi qw nous combattons , c'est pour accroître son empire qu* vont s'élever ces remparts : iii s'appelleront LA roi sà^hte. Ce nom garantit leur durée«

Dès le lendemain om est occupé de remplir les yœux d'Isabelle. Elle-même choisit U terrain où , sous ses jeux , on trace les mars. De nombreux courriers voient en Castille, à Valence , en Andalousie : ils doivent enrojer des vivres , des ouvriers et des soldats. Ld roi d'Aragon ,- partout retranché , ne redoute plus de nouvelle attaque. L'armée se prépare aux travaux ; et Lara jouit en secret de voir qu'ans longue entreprise donnera le temps à Gonzalve d'arriver pour être vainqueur.

Ce héros commençait alors à reprendre la vie et les forces. Son visage avait retrouvé les grâces de la jeunesse ; et la pâleur qui lui resrtait devenait un charme de plus pour celle qui n'en ignorait pas la cause. Zuléma toujours avec lui , osait souvent l'interroger sai sa naissance , sur sa patrie , sur les exploit! qu'il avait faits sans doute : le héros se taisait en baissant les jeux. La princesse craignait d'insister : mais ce silence , et le peu de lo* miéres que lui donnait le captif Pedro , f«-

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