LIVRE Yh
Ils se juraient une amour éternelle, Quand le roi maure, en secret informé , Accourt suivi d'une troupe cruelle ; Par ses soldats tout chemin est fermé : Point de pardon , ce roi n*a point aimé.
Vebs le sommet de la roche efirayante Les deux amaus ont déjà pris l'essor.
Le roi les suit j Elzire palpitante Vole au torrent, se place sur le bord : Cœur bien épris n'a jamais craint la morL
ÀBBiTE, arrête, ou je suis ta victime , Dît-eUe au roi ; si tu fais un seul pas , Au même instant je tombe en cet abime Avec l'époux que je tiens dans mes bras: Mourir ensemble est un si doux trépas^
Le roi se trouble, il s'arrête , il balance j Mais un barbare, un soldat furieux, Court vers Elzire.... O ciel! elle s'élance; L'onde edgloutit ces amans malheureux : *
Las ! ils sont morts en s'embrassant tous deux (ijr^
(x) L'aventure qui £iit le sujet de cette romance est un Eût vërkalile, câèbre dans le pays. La roch« d'où les amans se prédpitàrent s'appelle encore la nvA jtE LOS EVAMOBADOS, et se trouve cSï quittant Loza , dans le voiibage d'Archidona.
Conzalve.«'Sk. XO
■Ï10 OONZALVE DE CORDOUE.
Gonzalye écoutait en pleurant cette trifte et touchante histoirvv Mille réflexions qu elle fiiisait naitre oppressaient son sensible corar. Cette différence de culte, qui causa les malheurs de Femand , venait s'offrir à soi! esprit comme un obstacle insurmontable à son amour , à ses desseins. Enseveli dans la rêverie , les jeux> fixés sur la princesse , il la contemplait , il bc parlait point ; mais ses larmes , mais ses regards se faisaient assez entendre. Zuléma , comme lui pensive , détoud*nait doucement la vue , et la reportait aussitôt sur lui. Elle avait cessé de chanter , le héros Técoutait toujours. Embarrassée et satisfaite de Témotion qu elle avait produite , elle cachait d*une de ses mains la rougeur qui couvrait son visage; l'autre, errant sur le téorbe , en tirait au hasard quel* ques sons. Ces sons plaintifs venaient ajoutei à la tendre mélancolie , à la douce ivresse qu'éprouvaient leurs sens : rien alors ne pouvait égaler le charme , l'attrait , les délices de ce mutuel silence , de ce recueillement de l'âme dont le calme laissait à tous deux la liberté de se pénétrer , de jouir de leurs sentimens , de les communiquer sans les dire , dt les concentrer et de les répandre.
'Ainsi se passaient les jours de Gonzalve et de Znléma dans une suite de plaisirs don* tt